Six clichés qui vous empêchent de vous mettre au logiciel libre
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Encore mal connus, les logiciels libres continuent de faire peur aux utilisateurs. Doutes sur la fiabilité, nécessité de compétences techniques, habitude des autres systèmes… Autant de freins à leur généralisation. Pourtant, ces logiciels que chacun est libre d’utiliser, modifier ou partager pourraient amener de nombreux bienfaits, s’ils étaient utilisés de manière globale.

L’association Coagul fait la promotion du logiciel libre en Côte-d’Or. Laurent Deschaumes, membre actif depuis plus de 15 ans balaie les clichés sur les logiciels libres.

LES LOGICIELS LIBRES, POUR MOI, SIMPLE UTILISATEUR, ÇA NE SERT À RIEN

Utiliser des logiciels libres, c’est être indépendant par rapport à un format de données propriétaires. Par exemple, la suite Windows Office produisait des fichiers en .doc, puis en .docx, etc. Les formats propriétaires peuvent évoluer. Et c’est aussi valable pour la photo, la vidéo… Avec le logiciel libre, on est sûr que la donnée est pérenne dans le temps.

Imaginons une entreprise qui numérise tous ses documents dans un format propriétaire. Des milliers de documents sont stockés. Le jour où l’outil change, quid de la pérennité ? Avec le logiciel libre, on s’engage sur de la donnée libre et pérenne… et ça fait la différence !

Alors bien sûr, cela pose la question de la compatibilité. Généralement, ça prend un peu de temps à un logiciel libre pour s’adapter aux formats de son équivalent propriétaire. Il faut simplement que l’utilité soit démontrée, et le développeur ou la communauté fait évoluer le logiciel

FAIRE DES LOGICIELS GRATUITS, ÇA NE RAPPORTE PAS D’ARGENT, DONC ÇA NE PEUT PAS MARCHER

Le modèle économique des logiciels libres existe. Imaginez que vous êtes un patron qui a besoin d’un logiciel. Solution numéro un, je vous fait votre logiciel pour 30 000 euros. Le code vous appartient, il n’y a que vous qui pouvez l’utiliser. Par contre, si vous voulez le changer, l’améliorer, il faut repasser à la caisse. Solution numéro deux, je vous le fais à moitié prix, 15 000 euros, mais, par contre, on le donne ensuite à la communauté. Si votre voisin se dit : «Ce logiciel m’intéresse, mais je voudrais une extension», je lui fais et vous pouvez aussi en profiter.

En plus, pour beaucoup de développeurs, créer un logiciel libre, c’est une carte de visite. C’est une vraie culture dans des grandes entreprises comme Google.

POUR UTILISER DES LOGICIELS LIBRES, IL FAUT OBLIGATOIREMENT AVOIR LINUX

Pas du tout. En gros, un logiciel libre, c’est du code. On passe ce code informatique dans une moulinette, appelée compilateur, qui le rend compatible avec n’importe quel système opératoire, Windows, Linux ou Mac. Et voilà.

POUR SAVOIR UTILISER DES LOGICIELS LIBRES, IL FAUT DES GRANDES COMPÉTENCES TECHNIQUES

Pas du tout. Il y a des logiciels libres pour tous niveaux. Parfois il faut tout faire, parfois il n’y a rien à faire. Le navigateur Mozilla Firefox ou LibreOffice sont des logiciels libres. C’est un problème de business. Un vendeur d’ordinateurs, s’il vous fournit un PC avec Windows, il touche des royalties. Il n’en touche pas avec Linux. Donc il a tout intérêt à vous vendre des logiciels propriétaires.

LES LOGICIELS LIBRES, C’EST UNE MODE. TOUT LE MONDE S’Y MET.

Les particuliers, pas vraiment. Le problème principal des logiciels libres, c’est les jeunes. Windows et consorts ont finement joué la partie. Ils ont donné un accès facile aux animations graphiques, les jeux vidéo, qui ne fonctionnent que sur leurs machines. Les développeurs du logiciel libre savent comment cela marche, mais ils n’ont pas le droit de les utiliser. On habitue les enfants à jouer et ensuite ils ne peuvent plus se passer de Windows. Ils proposent aussi la suite Office à prix cassé pour les étudiants, dans le but de les accoutumer aussi.

En plus, il y a entente entre les constructeurs d’ordinateurs et les fabricants de systèmes. Au boulot, je n’ai pas le choix, je bosse avec Windows XP, qui est la version la plus aboutie de Microsoft pour moi. Mais en mars, c’est fini, on ne pourra plus l’utiliser. Pour faire tourner des systèmes plus avancés, comme Vista ou 7, cela demande des machines plus performantes, qu’il faut donc racheter, et cher.

L’administration, par contre, commence vraiment à s’y mettre. Il y a une prise de conscience, avec le scandale de la NSA et le mouvement Open data. La gendarmerie, par exemple, utilise Linux à 95%. Les autres administrations utilisent aussi de plus en plus de logiciels libres, comme LibreOffice, mais hésitent encore à changer de système pour Linux.

UTILISER DES LOGICIELS LIBRES, ÇA NE FERAIT PAS ÉCONOMISER TANT D’ARGENT QUE CELA

Si l’utilisation de logiciels libres se généralisait, ce serait une source d’économie phénoménale ! Les contrats sont pharaoniques. En cette période de restrictions budgétaires, ce devrait être le premier objectif du gouvernement. 95% de l’utilisation que l’on fait des ordinateurs, c’est pour des choses basiques, comme naviguer sur internet ou faire du traitement de texte. Ce serait très simple de les remplacer.

Il reste, c’est vrai, à côté de cela, des logiciels «métiers», réservés à une utilisation très particulière comme la cimenterie ou faire tourner des machines bien précises. On ne pourrait pas les remplacer.

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