Santé mentale : l’IRM peut-elle déceler les pensées suicidaires ?

Santé mentale : l’IRM peut-elle déceler les pensées suicidaires ?
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Le suicide est en passe de devenir la 12e cause de mortalité au niveau mondial d’ici à 2030, alors qu’une personne passe à l’acte toutes les 40 secondes. Face à ce problème de santé publique, les chercheurs essaient de trouver des solutions permettant de repérer les individus à risque et de réduire le nombre de suicides. La revue « Psychological Medicine » a à ce titre publié une étude américaine révélant l’existence de circuits cérébraux particuliers chez certains individus souffrant de troubles de l’humeur. L’IRM serait-elle capable de prédire un passage à l’acte ?

L’IRM capable de repérer des différences de circuits cérébraux

Les scientifiques des universités de l’Illinois et de l’Utah Health ont construit un algorithme permettant, grâce à l’analyse de leur IRM, de détecter les individus potentiellement capables de mettre fin à leurs jours. Les chercheurs ont en effet mis en lumière des connexions spécifiques entre les circuits cérébraux des personnes atteintes de troubles de l’humeur. Ces différences au niveau du cerveau pourraient être liées à un comportement suicidaire. Les repérer peut amener à une meilleure prévention du suicide.

L’auteur de l’étude, Jonathan Stange, espère que les recherches en cours permettront de trouver un moyen d’améliorer les connexions dans le circuit cérébral des personnes touchées, afin de diminuer le risque de passage à l’acte. Pour confirmer leurs conclusions, l’équipe de chercheurs doit effectuer de nouveaux essais sur un échantillon plus grand.

Comment ont été menées les expérimentations ?

Les défauts constatés dans certaines connexions neuronales sont basés sur l’analyse des IRM fonctionnelles de 212 jeunes adultes ayant accepté de participer à l’étude. 4 groupes ont été constitués : les individus en bonne santé, ceux présentant des troubles de l’humeur et étant déjà passé à l’acte, ceux sujets à des troubles de l’humeur et ayant déjà eu des envies et pensées suicidaires, et enfin ceux avec troubles de l’humeur mais n’ayant jamais pensé au suicide. L’examen des IRM a révélé une connectivité plus faible dans les circuits neuronaux liés à l’impulsivité et au contrôle cognitif chez les personnes ayant déjà fait une tentative de suicide.

Les insuffisances du diagnostic classique

Les chercheurs pointent du doigt le fait que 50 % des individus décédés à la suite d’un suicide ont consulté un médecin dans le mois précédant leur acte. Et pour cause, il n’existe aujourd’hui aucun outil permettent de discerner les personnes ayant un risque important de comportement suicidaire. Les médecins peuvent uniquement se baser sur leur propre jugement et les dires de leurs patients. Un des auteurs de l’étude rappelle que l’auto-évaluation et le jugement du médecin ne sont pas suffisants.

La prévention du suicide : un enjeu majeur

La prévention du suicide est un véritable enjeu de santé publique. En France, près de 11 000 personnes décèdent chaque année suite à un suicide, tandis qu’environ 200 000 tentatives entraînent des soins particuliers. L’OMS identifiait en 2015 le suicide comme la deuxième cause de mortalité chez la tranche d’âge 15-29 ans. Dans les pays riches, le rapport entre suicide et troubles mentaux est clairement établi. Plusieurs accidents de la vie peuvent entraîner un passage à l’acte impulsif : deuil, séparation, maladie, pathologie chronique ou encore maltraitance.

Assurer une meilleure prise en charge des patients à risque permettrait d’éviter le pire. C’est cet objectif que visent les auteurs de l’étude avec le déploiement de leurs tests à plus grande échelle.

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