Les inconvénients de la mission de la banque centrale

Les inconvénients de la mission de la banque centrale
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Les banques centrales pensent de plus en plus que leur rôle est de faire face aux conséquences du changement climatique. Ce genre de mission pourrait ne servir qu'à intégrer davantage les banques centrales dans la vie politique et à les rendre moins fiables pour les investisseurs.

La semaine dernière, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a évoqué la possibilité que la Banque centrale européenne accorde aux obligations «vertes» un meilleur traitement que les autres actifs, plaçant ainsi sa puissance de crédit dans la lutte contre le réchauffement climatique. Les cotes environnementales pourraient être prises en compte aux côtés des cotes de crédit pour évaluer la garantie contre laquelle elle prête.

Jusqu'à récemment, le traitement préférentiel accordé à des secteurs particuliers de l'économie aurait été l'affaire des seuls politiciens.

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Les banques centrales doivent-elles s’impliquer pour tenter de stopper le changement climatique? Rejoignez la conversation ci-dessous.

Si une banque centrale se mêle de politique, elle devrait s'attendre à ce que les politiciens se mêlent de son indépendance. Et les politiciens et les groupes de réflexion de gauche et de droite sont prêts à intervenir. Les assauts de Donald Trump sur la Réserve fédérale américaine sont les plus forts, mais à gauche, l’idée d’imprimer de l’argent pour financer des projets gouvernementaux est de plus en plus populaire, et porte diverses appellations «QE populaire», «QE vert» ou «Green New Deal».

Le changement a commencé lorsque les banques centrales ont été amenées à travailler plus étroitement avec les gouvernements pendant la crise financière et ses conséquences. Depuis lors, la BCE a été intimement impliquée dans la plus grande crise politique survenue en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, définissant éventuellement de nouvelles règles pour pouvoir intervenir et sauver l'euro. Sous la présidence de Mario Draghi, la BCE a également fixé des conditions pour que les banques disposent d’argent bon marché afin d’essayer d’injecter des fonds dans l’économie réelle. prendre la relève de M. Draghi plus tard cette année.

Les banques centrales – à l'exclusion notamment de la Réserve fédérale américaine – affirment qu'elles ont le mandat d'agir en matière d'environnement. Les huit banques centrales formées en 2017, auxquelles se sont associées une douzaine d'autres l'année dernière, affirment que les dommages causés par le changement climatique sont une source de risque financier et qu'elles sont donc en mesure de remédier à la situation. Cet argument fonctionne pour les dommages physiques causés par des inondations supplémentaires, des ouragans et ainsi de suite, une zone où les.

Mais la plus grande source de risque financier à court terme lié au changement climatique serait de nouvelles lois conçues pour réduire les émissions de carbone. Cela pourrait laisser des centaines de milliards de dollars d'actifs «échoués» dans le pétrole, le gaz et le charbon sans valeur, avec des répercussions sur l'ensemble du système financier.

François Villeroy de Galhau, gouverneur de la banque centrale française, a suggéré à la BCE de mieux traiter les obligations «vertes» par rapport aux autres actifs.

Photo:

Eric Piermont / Agence France-Presse / Getty Images

Ces tensions seraient le résultat de décisions politiques, décisions qui doivent encore être prises. —Le Royaume-Uni a adopté la semaine dernière une loi exigeant des émissions nettes de carbone zéro d'ici 2050 — mais a tardé à agir lorsqu'il s'agit d'augmenter les taxes ou de supprimer les emplois liés aux énergies fossiles.

Les banques centrales ne devraient pas chercher à anticiper une action politique qui pourrait ne jamais venir, aussi souhaitable soit-elle. Les banques centrales sont dispensées du contrôle politique quotidien en raison d'un fragile consensus selon lequel elles devraient être libres de définir la politique monétaire de manière technocratique. Les décisions politiques concernant les secteurs à privilégier ne sont pas leur travail et menacent cette indépendance, même si le soutien passe par la voie obscure du traitement favorable des garanties vertes.

«Votre banque centrale orthodoxe typique vous dira que la politique monétaire doit être large et rester neutre, sans interruption», déclare Pascal Blanqué, directeur des investissements chez

.

"Cela fait partie du changement de régime à venir, une convergence entre la politique fiscale et monétaire."

Jusqu'à présent, la BCE s'est opposée à l'utilisation de la politique monétaire directement pour soutenir la finance verte, dans le cadre de son assouplissement quantitatif. Le Japon est plus enclin à utiliser le QE pour influencer des politiques spécifiques, proposant d’acheter des fonds négociés en bourse comprenant des actions basées en partie sur la garde d’enfants et le développement de carrière en entreprise, questions qui sont par nature politiques.

"Il y a une raison pour laquelle les banques centrales ne sont pas impliquées dans cette affaire [de climat]: c'est la politique, c'est une question fiscale", a déclaré Frederik Ducrozet, stratège macro global et observateur de la BCE chez Pictet Wealth Management. "J'ai du mal à comprendre que c'est le travail de la banque centrale."

Pire encore, la politisation est surtout gaspillée. Au mieux, le système financier est marginal pour prévenir le réchauffement climatique: il faut que le gouvernement agisse. S'il reste rentable et légal d'extraire et de brûler du pétrole, du gaz ou du charbon, quelqu'un extraira et vendra du pétrole, du gaz ou du charbon, même si les banques centrales rendent l'attrait moins intéressant pour leurs banques et leurs assureurs nationaux.

Les investisseurs devraient réfléchir à l'impact du changement climatique et à la probabilité de nouvelles règles et taxes sur les émissions de carbone, qui pourraient affecter leurs portefeuilles. Ils devraient également s'inquiéter du fait que les banques centrales deviennent plus politiques et que les politiciens pourraient reprendre le contrôle.

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