Macron a un problème d'emploi – POLITICO

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PARIS – La réponse d'Emmanuel Macron à a été spécifique et décisive. Depuis le début de l'année, le président français a consacré 17 milliards d'euros de dépenses supplémentaires – des avantages et des réductions d'impôt pour les personnes qui ont du mal à joindre les deux bouts.

Il a annoncé un gel de trois ans des fermetures d'écoles et d'hôpitaux, de nouvelles procédures pour la tenue de référendums locaux et introduit une mesure de représentation proportionnelle lors des prochaines élections nationales. Mais il a relativement peu parlé des défis économiques les plus importants de la France:.

Au cours de sa campagne électorale, Macron a suggéré de ne pas briguer un second mandat s'il ne réduisait pas le chômage à 7%. Quand il est entré en fonction, il était de 9,1%. C'est maintenant 8,8%. En comparaison, l’Allemagne se situe à 3,1% et le Royaume-Uni à 3,9% pour tous ses problèmes.

À ce rythme, la France l'aura lorsque la campagne électorale de 2022 sera lancée et qu'il est donc peu probable qu'il soit réélu.

Le défi de la France n’est pas unique. Comme d’autres pays développés, elle est aux prises avec les conséquences de la concurrence mondiale et des changements techniques qui, tout en contribuant à la croissance mondiale, ont creusé de bons emplois chez nous.

Selon la législation française archaïque sur le travail, certains travailleurs plus pauvres peuvent gagner plus d’argent en alternant des contrats à court terme (souvent deux semaines) avec de fréquentes périodes de chômage.

Ce qui distingue la France, ce sont les réglementations complexes qui étouffent ses marchés du travail. Si Macron veut apporter des réponses durables aux citoyens frustrés et laissés pour compte, il doit d'abord libérer son pays de ces entraves.

La France est l’un des pays d’Europe où il est le plus difficile pour un employeur de fermer une usine pour en ouvrir une autre. Macron avait promis au cours de la campagne et promulgué rapidement après son élection une série d'ordonnances du travail conçues pour modifier ces conditions. Une vague d'optimisme a balayé le secteur des entreprises et les attentes de changement ont suscité une reprise modeste de l'investissement.

Mais il a laissé son travail à moitié terminé et le spectre d’une intervention gouvernementale continue de peser sur le marché du travail.

Deux mesures clés pourraient faire une grande différence.

Président français Emmanuel Macron | Michel Euler / AFP via Getty Images

La première consisterait à libérer la négociation collective individuelle de la préséance déroutante des accords sectoriels (contrats de branche), qui sont négociés entre un ou plusieurs des principaux syndicats nationaux et les principales associations d’employeurs.

Celles-ci couvrent tout, des salaires standard aux heures et aux licenciements. En moyenne, seuls 8% des employés du secteur privé appartiennent à ces syndicats et les petites et moyennes entreprises qui sont au cœur du tissu économique français n’ont guère leur mot à dire dans les négociations.

En France, la tradition veut que le ministre du Travail applique automatiquement le résultat des négociations à toutes les entreprises du secteur – mais il n’ya aucune obligation légale de le faire.

L’Allemagne donne un exemple de comportement différent: dans ce cas, l’extension des accords sectoriels à des contrats individuels est une exception plutôt que la règle. Faire la même chose en France ne nécessiterait pas de nouvelle législation; ce serait une simple décision politique.

La deuxième chose que Macron pourrait faire serait de modifier la réglementation en matière d’indemnisation du chômage.

Selon la législation archaïque française en matière de travail, certains travailleurs plus pauvres peuvent gagner plus en alternant des contrats à court terme (souvent deux semaines) avec de fréquentes périodes de chômage, ce qu’ils auraient pu gagner s’ils avaient été employés de la même manière.

Certains syndicats ont fait valoir que les réductions de coûts devraient être compensées par des augmentations des paiements versés par les employeurs.

L'administration a estimé que 600 000 travailleurs se trouvaient dans cette situation. Si ces dispositions étaient modifiées, nombre de ces travailleurs seraient rapidement exclus du chômage.

Cette mesure pourrait être plus difficile à mettre en œuvre. L'élimination de ces inefficiences rendrait inévitablement les paiements publics moins généreux. Certains syndicats ont fait valoir que les réductions de coûts devraient être compensées par une augmentation des paiements versés par les employeurs, en particulier par ceux dont les travailleurs effectuent le plus souvent une rotation dans le cadre de contrats à court terme. Alors que Macron a déclaré qu'il était déterminé à changer le système, les employeurs qui seraient touchés bloquent la réforme.

Aucune de ces deux mesures ne protégerait la France des conséquences possibles des guerres tarifaires ou du Brexit du président américain Donald Trump. Mais elles permettraient au pays de tirer pleinement parti de toute reprise mondiale et, à moyen terme, de s'affranchir de l’une des réglementations du travail les moins favorables aux entreprises en Europe. Le plein emploi, sans lequel l'harmonie et la justice sociale resteront une aspiration lointaine, deviendrait possible.

George de Menil est professeur à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

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