Le parti du président français Emmanuel Macron se débat


THE APPLAUSE dans le petit auditorium était poli, plutôt qu'enthousiaste. Un sympathique sénateur au premier rang a tenté de susciter la ferveur électorale, applaudissant rythmiquement la vedette invitée. Mais Nathalie Loiseau, la principale candidate d’Emmanuel Macron aux élections au Parlement européen, est un technocrate qui dit que elle n'est «pas faite pour les grands spectacles scintillants». Et effectivement, sur scène dans une ville du nord-ouest de Paris, elle ne l’est pas. Malgré des semaines de campagne incessante à travers le pays, le parti de M. Macron semble caler.

L’élection en France a une importance au-delà des frontières du pays. C'est en quelque sorte un test pour savoir si le centre démocratique libéral peut résister aux forces du nationalisme et du populisme. Deux partis sont au coude à coude dans les sondages et largement devant leurs rivaux: La République en Marche de M. Macron et le Rassemblement national de Marine Le Pen (anciennement le Front national). Le vote est devenu une répétition du deuxième tour de l'élection présidentielle de 2017.

Les deux côtés ont joué les enjeux. Le président français a retroussé ses manches cette semaine et a commencé à faire campagne, appelant le vote comme un moment «existentiel». L'Europe, a-t-il déclaré, doit choisir entre l'unité et la désintégration. Avec Steve Bannon, ancien stratège de Donald Trump, installé dans une suite d’hôtel dans la même rue que le Palais de l’Élysée, M. Macron a également mis en garde contre une ingérence étrangère dans la campagne française.

Pour sa part, Mme Le Pen a tenté de faire de l'élection un référendum sur l'impopulaire M. Macron. Six mois après le début de la gilets jaunes protestation (guêpes jaunes), les notations du président ont retrouvé leur niveau d'avant le début du mouvement. Mais à environ 30%, ils restent faibles. M. Macron continue de cristalliser la colère dans un pays fracturé. «Votez contre Macron», explique l’un des tracts de campagne bleus et jaunes de Mme Le Pen.

Mme Le Pen est une vieille main à ce match. Son parti est arrivé en tête des précédentes élections européennes de 2014 avec 25% des suffrages, en partie parce qu'il joue bien la tendance à la contestation à mi-parcours. Cette fois, elle sillonne la France pour visiter le genre de petites villes et villages – Chassors, Rocquigny, Villeblevin – où les gilets jaunes carrefours giratoires occupés, les emplois sont rares et le sentiment anti-établissement est profond. Le dirigeant d'extrême droite (qui a été élevé dans un hôtel particulier près de Paris) a promis de "donner du pouvoir au peuple". Et elle a choisi Jordan Bardella, un jeune homme de 23 ans, en tête de liste. Ayant grandi dans la banlieue fortement immigrée de Seine-Saint-Denis, en dehors de Paris, M. Bardella s'inspire de son passé pour insister sur le fait que s'opposer à l'immigration n'est pas un préjudice, mais la conclusion de l'expérience personnelle.

Aux côtés de Mme Loiseau, ancienne directrice de l'élite Ecole Nationale d'Administration, Mme Le Pen et ses troupes offrent des spectacles comiques lors de leurs rassemblements, dérisant à chaque tour M. Macron, le "mondialiste". Mme Le Pen a également présenté sa nouvelle approche de l'Europe. Autrefois eurosceptique, au point de préconiser la sortie de la France de l'euro, Mme Le Pen privilégie désormais une "Europe des nations" aux échos étrangement gaullistes. La raison de la pirouette? Selon elle, ses nouveaux amis au gouvernement, notamment l’Italien Matteo Salvini, avec qui elle a fait campagne récemment à Milan, peuvent désormais changer l’Europe de l'intérieur.

À certains égards, il est remarquable que M. Macron soit même sur ses talons. En 2014, le président socialiste en exercice, François Hollande, s'est classé troisième avec 14% des suffrages. Cette fois-ci, l’élection suscite peu d’enthousiasme et le taux de participation risque d’être faible. «L’abstention est la vraie menace», déclare Stéphane Séjourné, directeur de campagne de Mme Loiseau. Face à l'apathie, M. Macron est intervenu pour tenter de mobiliser son électorat. S'il venait en deuxième position, cela n'affecterait pas sa majorité parlementaire, ni en principe sa capacité à gouverner. Mais ce serait un revers symbolique. Et cette campagne est un rappel que son parti, comme le mécontentement dans le pays, se concentre essentiellement sur lui. Comme le dit un partisan du rallye de Cergy: «La campagne ne concerne pas vraiment Loiseau; tout est à propos de Macron. "