Le ministre français de l'environnement quitte ses critiques


PARIS (Reuters) – Le ministre français de l’Environnement a démissionné mardi à la suite de la publication par un site Internet d’enquêteurs de rapports faisant état de dépenses élevées pour des dîners privés de homard et de rénovations coûteuses de sa résidence ministérielle.

FILE PHOTO: François de Rugy, ministre français de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, assiste aux questions de la séance du gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris (France), le 18 septembre 2018. REUTERS / Charles Platiau / File Photo

Dans une publication sur sa page Facebook, François de Rugy a déclaré qu'il avait remis sa démission au Premier ministre Edouard Philippe parce que "l'effort requis pour combattre les accusations" compromettait sa capacité à faire son travail.

De Rugy a nié tous les actes répréhensibles, mais les rapports l’ont empêché de poursuivre une série de réformes clés, notamment la restructuration de l’entreprise publique EDF.

Le scandale a également renforcé les critiques contre le gouvernement du président Emmanuel Macron, considéré comme élitiste, alors qu’il se bat pour mettre fin à des mois de manifestations «gilets jaunes», qui ont entaché le traditionnel défilé du 14 juillet.

Le bureau de Macron a annoncé mardi dans une déclaration que la ministre des Transports, Elisabeth Borne, remplacerait M. de Rugy.

De Rugy a déclaré qu'il avait déposé une plainte pénale contre le site Internet d'investigation Mediapart pour ses reportages.

"Depuis le début de la semaine dernière, Mediapart m'a attaqué sur la base de photos volées, de rumeurs, de demi-vérités et de choses qui n'ont rien à voir avec mon travail", a-t-il écrit.

"Compte tenu des mensonges de Mediapart, j’ai déposé ce matin une plainte pénale pour diffamation."

Edwy Plenel, cofondateur de Mediapart, a défendu le reportage publié sur le site internet en déclarant: "Nous faisons notre travail dans l’intérêt du service public".

L'Elysée a déclaré que Macron avait accepté la démission de De Rugy, un ancien président du Parlement qui se classe au deuxième rang des rangs de son gouvernement centriste.

"C'est une décision personnelle, que le président respecte, afin qu'il puisse se concentrer pleinement sur sa défense", a déclaré une source.

«MINISTÈRE DE L’IMPOSSIBLE»

Mediapart a annoncé la semaine dernière que de Rugy avait organisé des dîners somptueux à sa résidence officielle alors qu'il était président du Parlement en 2017-18. Selon le site Web, les événements étaient principalement destinés à des amis et en partie organisés par son épouse, journaliste.

Mediapart a publié des photos d'un événement montrant des assiettes de homard et des vins chers ainsi que du champagne de la cave à vin du Parlement français, le contribuable couvrant la note.

Dans son article sur Facebook, de Rugy a déclaré que ces allégations, ainsi que d'autres, portées par Mediapart étaient fausses et qu'elles s'apparentaient à un "lynchage des médias".

Mediapart a également annoncé mardi que de Rugy avait utilisé son compte de dépenses parlementaires pour payer une partie de ses contributions à son parti écologiste Europe Écologie-Les Verts en 2013 et 2014. Il n'a pas commenté immédiatement cette affirmation.

De Rugy, 45 ans, a été nommé en septembre 2018 pour succéder à Nicolas Hulot, un défenseur de l'environnement qui avait lui-même démissionné parce qu'il ne pensait pas que Macron était suffisamment engagé dans son programme d'écologie.

Dans le cadre plus pragmatique de Rugy, le gouvernement tarda à réduire la dépendance de la France à l’énergie nucléaire et abandonna les projets de nouvelles taxes sur le carbone imposées au trafic de véhicules.

DOSSIER DE PHOTOS: François de Rugy, ministre français de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, s'exprimant lors de la séance du gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris (France), le 12 septembre 2018. REUTERS / Gonzalo Fuentes / File Photo

Alors que le Parti vert gagne du terrain lors des élections au Parlement européen en mai et que le gouvernement français est critiqué pour sa lenteur dans la lutte contre la pollution, Macron a besoin de quelqu'un avec de fortes compétences vertes pour remplacer de Rugy.

Le ministère de l’Environnement est l’un des postes les plus sensibles de la France car de puissants groupes de pression des secteurs nucléaire, automobile et agricole limitent sa capacité à introduire des réformes.

De Rugy a été le 14ème ministre français de l'Environnement au cours des 20 dernières années, soulignant les défis à relever. Robert Poujade, l'un de ses prédécesseurs, l'a un jour qualifié de «ministère de l'impossible».

Reportages complémentaires de Michel Rose, Elizabeth Pineau et Simon Carraud à Paris; Écrit par Luke Baker et Geert De Clercq; Édité par Gareth Jones et Matthew Lewis