La taxe sur le carbone en France était un désastre, mais il pourrait y avoir un moyen moins politiquement difficile

La taxe sur le carbone en France était un désastre, mais il pourrait y avoir un moyen moins politiquement difficile
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Si votre pays ne peut pas comprendre cela, quel espoir y a-t-il pour le mien?

Je me demandais sans cesse lorsque j'ai rencontré Notre Affaire à Tous, l'une des quatre organisations qui poursuivent le gouvernement français pour ne pas avoir respecté les engagements pris dans le cadre de l'accord de Paris sur le climat.

En France, contrairement aux États-Unis, les politiciens veulent en réalité mener la crise existentielle. Leurs électeurs savent que le changement climatique est réel et ils en sont réellement alarmés: 83% pensent que le changement climatique est une «menace majeure» pour leur pays, selon le Centre de recherche Pew. Aux États-Unis, la part n’est que de 59%.

Ici, les marches climatiques sont fréquentes et bien fréquentées. Ici, le Parti Vert est récemment devenu le troisième plus grand contingent du pays au Parlement européen. Inutile de dire que l'accord de Paris sur le climat a été négocié.

Et encore.

Lorsque le gouvernement français a récemment tenté d'étendre sa taxe sur le carbone – l'outil que les économistes jugent le plus efficace pour freiner l'utilisation de technologies à forte intensité de carbone et relancer l'innovation verte -, il a échoué de manière spectaculaire.

L'automne dernier, peu de temps avant l'entrée en vigueur d'une augmentation de la taxe sur l'essence, des manifestations et des émeutes ont éclaté. Les manifestants ont revêtu les gilets réfléchissants que tous les automobilistes français doivent garder dans leur voiture, ce qui leur a valu le nom de gilets jaunes. Les gilets jaunes considèrent l’augmentation de la taxe sur les carburants comme insensible, régressive, élitiste.

"Macron est préoccupé par la fin du monde", dit un slogan, faisant référence au président français Emmanuel Macron. "Nous sommes préoccupés par la fin du mois."

Macron a finalement capitulé, non seulement en suspendant l'impôt, mais en offrant d'autres avantages, tels que des pensions plus généreuses.

C’est ainsi que les plans climatologiques plus ambitieux du pays ont été mis en veilleuse. Entre-temps, bon nombre de ses autres actions pour le climat se sont révélées relativement peu importantes.

Le gouvernement a par exemple interdit le forage et la fracturation dans les territoires français d'ici 2040. Cela semble impressionnant, jusqu’à ce que vous réalisiez que 99% des hydrocarbures du pays sont déjà importés.

Le gouvernement a proposé un plan visant à rendre le pays neutre en carbone d'ici 2050. Mais cela aussi fausse le calcul de la «neutralité carbone» et éloigne certaines des mesures les plus impopulaires sur le plan politique.

D’où ce procès climatique, appelé l’affaire du siècle – le cas du siècle.

Annoncé en décembre, le procès accuse le gouvernement de violer l'accord sur le climat, ainsi que d'autres lois nationales et internationales exigeant plus d'action.

«En France, nous sommes connus pour cela, pour parler et avoir de nombreuses discussions et ne pas avancer d’une manière ou d’une autre», a déclaré Paul Mougeolle, coordinateur de projet et juriste à Notre Affaire à Tous. "Bien sûr, c’est difficile, et nous n’avons pas le temps, mais c’est pourquoi nous essayons de poursuivre l’État et les entreprises en justice pour les forcer à opérer des changements plus rapidement."

Mais pour vous donner une idée de la toxicité politique de ces actions climatiques plus ambitieuses, notez que même Notre Affaire à Tous n’a pas approuvé une taxe sur le carbone.

Mougeolle a déclaré que le moment choisi pour l'action en justice, quelques jours à peine après que Macron ait renoncé à la taxe sur l'essence, était une coïncidence; L’organisation de Mougeolle émet elle aussi des réserves quant à l’impact de cette taxe sur la distribution, du moins dans sa forme actuelle.

Compte tenu de tout cela, il est facile de s’émanciper du fait que les États-Unis, qui ont une empreinte carbone beaucoup plus grande et une population beaucoup moins préoccupée par le climat, puissent progresser. Mais la meilleure réponse est d'étudier où la France s'est trompée et de s'y adapter.

Par exemple, la taxe sur le carbone de la France est mal conçue.

Le gouvernement a choisi d'utiliser la majeure partie des recettes fiscales pour réduire le déficit budgétaire. Au lieu de cela, il aurait dû rembourser l'argent au public, plus généreusement à ceux qui sont le moins en mesure d'absorber la taxe (les pauvres) ou de réduire leurs émissions de carbone (celles des banlieues et des zones rurales).

En outre, il faut tenir compte du contexte politique plus large et du cadre politique.

Macron, rappelons-le, a appuyé les réductions d'impôts pour les riches et les réductions de filet de sécurité. Dans un pays aussi obsédé par l’égalité que la France, cette combinaison de changements de politique allait inévitablement se transformer en un récit de colère que l’ancien président de la banque d’investissement dédaigne à l’homme du commun.

C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles les vestes jaunes ont persisté longtemps après le dépôt de la taxe sur l'essence par le gouvernement. Le mouvement ne s'est jamais limité aux taxes sur le carbone; c’est plutôt un cri primal, avec un programme nébuleux basé sur le populisme, la nostalgie nationaliste et la frustration face à la stagnation des revenus.

C’est impossible: certaines des mesures nécessaires pour lutter contre le changement climatique seront douloureuses, en particulier à court terme. Mais il existe des moyens de réduire cette douleur, économiquement et politiquement, en particulier par rapport à la douleur économique et politique qui ne peut que venir.

L’adresse électronique de Catherine Rampell est crampell@washpost.com. Suivez-la sur Twitter, @Crampell.

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