Emmanuel Macron tente de reconquérir la France lors d'une tournée à l'hôtel de ville


FNos heures débat public à la mairie, et les membres du public commencent à bouger. Un homme bâille. Quelques autres mettent des manteaux et sortent doucement. Mais Emmanuel Macron est juste en train de frapper. Perché sur une chaise en plastique dans la salle municipale, les manches de chemise retroussées, le président français poursuit son travail pendant deux heures, prenant des notes et répondant aux questions. Une minute, c’est l’allocation logement, la suivante, le remboursement des soins psychiatriques ou le retard pris dans l’extension d’une ligne de métro. Ce n'est que vers minuit que M. Macron épuise enfin les questions (et le public), accède aux demandes de selfies et s'en va dans la nuit.

Battu dans les urnes et confronté à des manifestations hebdomadaires dans la rue, M. Macron tente un retour comme il le sait le mieux: avec la force de l'argumentation, la raison et des sigles implacables. L’arrêt de cette semaine à Evry-Courcouronnes, une ville située à 30 km au sud de Paris, faisait partie de son «grand débat national», dans le but de permettre aux citoyens de déposer des griefs et de faire part de leurs idées. Il a également permis au président de sortir son spectacle de mairie de la France rurale, habitat naturel de la gilets jaunes les manifestants, et dans les quartiers multi-ethniques de la ville, ou banlieues. «Nous pouvons faire mieux», a déclaré M. Macron aux participants, reconnaissant qu'il avait des «convictions», mais «pas toutes les solutions». Le gouvernement avait augmenté le DSU (budget de la solidarité urbaine et de la cohésion sociale), a-t-il affirmé, même si cela avait réduit le DPV (budget des villes).

La compréhension des détails politiques de M. Macron déroute parfois autant qu’elle clarifie. Mais ses réunions de marathon sont plus une thérapie de groupe nationale que des conférences publiques. Un par un, les 300 maires et agents communautaires locaux réunis dans cette annexe de l'hôtel de ville, en bas de la rue, depuis un restaurant de kebabs turcs levèrent la main et prirent le micro. Un maire de centre-droit a demandé de l'aide pour sauver 800 emplois en usine. Un maire communiste a déclaré le banlieue veut "la justice, pas la charité". Un organisateur de club de football veut que les volontaires soient valorisés correctement. "Je suis sûr que vous allez m'écouter, car je m'appelle Brigitte", s'est risqué un autre maire, qui partage le même nom avec l'épouse du président. Pendant tout ce temps et sans notes d'information, M. Macron a écouté la litanie de plaintes et a répondu à chacune d'elles.

Trois mois après le gilets jaunes Un mouvement est apparu et, alors que les manifestations hebdomadaires se poursuivaient, M. Macron parie que le débat national est un moyen de transformer le chaos en une opportunité. En prenant au sérieux les griefs de la base, tout en dénonçant la violence, il espère gagner l'opinion publique qui a soutenu le mouvement et marginaliser le noyau dur. Le président a troqué les lustres et les dorures du palais présidentiel contre des gymnases municipaux très chargés. Il a abandonné son ton de super-je-sais-tout-pour le dialogue et le débat. Le but “est de montrer que la France n'est pas seulement le gilets jaunes», Déclare Amélie de Montchalin, députée du parti La République en Marche de M. Macron.

Les détracteurs du président la considèrent comme un gadget. Jean-Luc Mélenchon, à l'extrême gauche, parle de «mascarade». Groupes Facebook gérés par gilets jaunes appelez cela «blabla», accusant M. Macron de faire campagne aux dépens des contribuables. Pourtant, les Français semblent désireux d’avoir leur mot à dire. Plus de 4 000 débats en mairie ont été organisés. Les maires ont ouvert des «cahiers de griefs». Un questionnaire en ligne a rassemblé 700 000 contributions sur la fiscalité, les services publics, l'environnement et la démocratie. Le taux d’approbation de M. Macron en février a augmenté de six points, atteignant 34%, d’après Ifop, ce qui est encore très décevant, mais une amélioration par rapport à son record de 23% enregistré en décembre.

Le problème suivant est de savoir quoi faire avec cet effondrement de participation citoyenne lorsque le débat s'achèvera le 15 mars. À Évry-Courcouronnes, M. Macron a promis que le débat national "ne se terminerait pas de manière classique". Une idée est d'organiser un référendum, avec des questions sur des questions telles que le nombre de députés à l'Assemblée nationale ou la durée du mandat. Cela pourrait en partie répondre à la gilets jaunes demande d'une démocratie plus directe. Cependant, M. Macron a également exclu de revenir sur ses principaux choix politiques, notamment l'abolition de l'impôt sur la fortune. Il se peut que la demande centrale qui émerge de la consultation soit une contradiction bien connue: plus de services publics et des taxes moins élevées.

À Evry-Courcouronnes, les habitants sceptiques au début semblaient globalement satisfaits. Manuel, en survêtement et entraîneur, a déclaré qu'il n'était "pas intéressé" par la politique. Mais lorsqu'il a appelé M. Macron depuis le balcon de son immeuble, le président l'a invité à venir lui poser une question sur la discrimination raciale. Ensuite, il a jugé le président «plutôt bon». Guy Bellanger, qui dirige un club de sport, a déclaré qu'il souhaitait simplement «se faire entendre». Ghislaine Bazir, directrice d’un lycée, suggère que "les gens n’osent pas" dire qu’ils approuvent M. Macron, à cause de la "stigmatisation" de le faire.

Le président a montré qu'en six heures de discussions non-stop, il peut gagner la plus grande partie d'une pièce. S'il veut prouver le contraire à tous ceux qui considèrent l'affaire comme une charade, il doit maintenant conquérir l'opinion publique dans son ensemble et transformer les propositions contradictoires en politiques cohérentes.