Emmanuel Macron s'empare de la victoire politique des négociations de l'UE sur l'emploi


En l'espace de 30 heures cette semaine, le président français Emmanuel Macron est passé d'un scandale contre une UE dysfonctionnelle paralysée par des nominations à des postes de direction à une décision de saluer un accord décisif comme le début de «l'acte II» du projet européen.

Son exaltation à l'issue de trois jours de pourparlers difficiles avec Angela Merkel et d'autres dirigeants à Bruxelles était un signe de la façon dont le président français était peut-être devenu le seul vainqueur.

comprend la française Christine Lagarde à la présidence de la Banque centrale européenne; l’un des alliés politiques les plus proches de M. Macron, la Belgique, en tant que président du Conseil européen; et l’un de ses candidats préférés, l’Allemande Ursula von der Leyen, à la présidence de la Commission européenne.

Pour M. Macron, c’était «une nouvelle équipe, profondément renouvelée, de nouveaux visages, une nouvelle énergie, au service d’un nouvel ordre du jour défini au cours des dernières semaines».

Le président français est arrivé dimanche à Bruxelles avec un agenda bien défini. Il visait à assurer la nomination de francophiles qui partageaient ses ambitions en matière de réforme de l’UE; placer au moins deux femmes aux postes les plus élevés; et affaiblir la domination du parti populaire européen de centre-droit à Bruxelles. Il a triomphé sur les trois points.

Le résultat fut un succès rare mais retentissant pour M. Macron sur la scène européenne, après de sérieuses déceptions dans ses efforts pour atteindre ses objectifs politiques.

Que ce soit pour doter la zone euro d’un important budget contracyclique ou pour mettre en place un système commun d’asile et d’immigration, l’énergie politique de M. Macron a souvent généré peu d’élan. Parfois, ses prises de position l'ont également isolé: la France a été écartée cette année lorsqu'elle s'est opposée au début des négociations commerciales avec les États-Unis, et la position belliciste de M. Macron sur le Brexit a perturbé d'autres capitales.

Mais l’accord de mardi avait un imprimatur français clair: c’est surtout M. Macron, et non Mme Merkel, qui a poussé l’idée de Mme von der Leyen à la présidence de la commission, aidant ainsi à débloquer les noms plus nombreux.

"Cela ressemble à une victoire pour Emmanuel Macron", a déclaré Maxime Sbaihi, directeur général de GenerationLibre, un groupe de réflexion opposant les performances du président français à celles de Mme Merkel, qui "semble avoir perdu du pouvoir".

La chancelière allemande fait face aux critiques de ses partenaires de la coalition social-démocrate à Berlin, accusant l’écart sur le centre-gauche du contrat de travail, bien que la présidence de la commission ait été assurée pour un allemand pour la première fois en 50 ans.

Mme Merkel a également échoué dans ses tentatives précédentes pour obtenir le soutien de Manfred Weber, le principal candidat du PPE aux élections européennes, en tant que président potentiel de la commission.

Les diplomates ont déclaré que le succès de M. Macron était le fruit de négociations habiles et que les objectifs d’autres pays concordaient parfaitement avec les siens.

Les discussions entre M. Macron et Mme Merkel lundi à la fin du mois ont abouti à un compromis entre Mme von der Leyen à la commission et Mme Lagarde à la BCE. Cette décision a changé la dynamique d'une négociation où, auparavant, il n'était pas clair si la présidence de la BCE ferait partie intégrante du paquet.

Pascale Joannin, directrice générale de la Fondation Robert Schuman, a déclaré: «Ce fut un coup de génie de proposer Lagarde.

«C’est la première fois que l’Europe a une femme à la tête de ces deux importantes institutions et elle envoie une nouvelle image moderne de l’Europe.»

Parmi les facteurs favorables à M. Macron, il convient de citer la décision du Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, le plus puissant dirigeant socialiste d’Europe, de donner la priorité à l’obtention du poste de haut représentant de la politique étrangère pour Josep Borrell. Cela a ouvert la porte au groupe libéral de M. Macron pour réclamer la présidence du Conseil européen à M. Michel.

S'adressant aux journalistes après la signature de l'accord mardi, M. Macron a souligné l'un de ses aspects les moins connus. «C’est une équipe de direction qui parle tous français», a-t-il déclaré. «Nous avons toujours eu un président de commission qui parle français. C’est bien que cela continue.