Le complexe de la cruche (rencards, petite robe noire et stilettos)

Ah, les fêtes de fin d’année… J’ai failli faire une chronique sur le champagne. Finalement, face à tant d’originalité, j’ai solennellement décidé de ne pas prendre le risque. Je me suis abstenue. Enfin, je vais quand même rester sur le thème de Noël en vous parlant de dindes. Car oui, mesdames, on vous prend pour des dindes. De gros dindons, farcis, écervelés, abrutis à grand coup d’opérations marketing douteuses.

À l’heure où la question du genre dans la société est sur pas mal de lèvres, je me suis penchée sur la place de la femme dans le monde du vin. Sa place en tant que consommatrice, j’entends. Comment la filière viticole attire-t-elle le sexe féminin ? Quels sont les clichés les plus largement répandus et utilisés pour susciter l’intérêt des femmes ? Ladies and gentlemen, voici sous vos yeux la crème de la crème des ratés viniques sexistes.

Sois bonne et tais-toi

Côté vins, la palme d’or s’envole outre-Atlantique. Colio, Onthario, 400 000 caisses de pinard par an et beaucoup, beaucoup d’humour. Ils ont développé la marque “Girls’ night out wine”.

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Le concept ? On vous aide gentiment à choisir le vin adéquat en vous parlant chiffons et recettes de cuisine. Merci, c’est beaucoup plus clair tout à coup. Exit le vin. Ici, on achète des robes… liquides. On commence par la petite robe noire, représentante des nectars blancs : classe, discrète, indémodable. La robe rose pour les vins rosés : légère, estivale, aérienne. Enfin, la robe rouge, pour les vins éponymes : incandescente, sexy, scandaleuse.

Illustration avec ce Pinot Gris, né en 2009 et pris dans une tourmente marketo-merguez dont il n’est pas responsable :

“Cette robe va avec tout ! Une paire d’escarpins s’accordera merveilleusement bien à la tenue. L’accessoiriser, pourquoi pas, de lunettes de soleil Jackie O. et d’un simple collier de perles”.
Toujours pas d’explications concernant le vin. Ah, si ! On me dit dans l’oreillette qu’une fiche technique est proposée, mais uniquement aux “copains sommeliers”. Zut !
Heureusement, on peut toujours se consoler dans la cuisine. Je continue : “OMG, ce Pinot Gris serait fantastique avec les pâtes que tu achètes chez le traiteur italien, avec les filles du travail. Ou avec cette salade Grecque, parfaite pour faire un régime”.

On nage en plein cliché. Ou dans la saison 3 de Dora l’exploratrice, j’hésite : “Bonjour Manon, tu as 4 ans et demi et c’est Babouche qui te parle. Et si je t’aidais à retrouver ton sac à dos ?”. Pas mal. Cher domaine Colio, encore une fois, merci. En traduisant ces quelques lignes, je me suis sentie intelligente. Vraiment.

Source : http://www.girlsnightoutwines.com

Les femmes lisent des livres (d’amour)

Le prix littéraire revient à Laurie Matheson et Nicole Seeman pour le fabuleux “Guide pour les femmes qui veulent trouver l’homme le vin idéal”.

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“Vous êtes une jeune femme, bien sous tous rapports. Vous cherchez le vin idéal. Racé, élégant, généreux, riche, puissant, vif, nerveux, classique, exubérant, souple, complexe, brillant, rond, fin, subtil, beau, bon, mûr, jeune, nature, franc (rayer éventuellement quelque mentions, inutiles ou contradictoires).

Pour:

  • L’accompagner dans les dîners en ville
  • Partager des nuits d’ivresse
  • Étancher sa soif de plaisir
  • Découvrir son château
  • Le marier avec des plats délicieux
  • Bien vieillir ensemble”

Une œuvre créée pour les femmes définitivement hétérosexuelles. Les autres (hommes, lesbiennes, pas intéressés, etc..) pardon, mais il ne vous reste plus qu’à passer votre chemin. Un guide aussi créé pour celles qui sont “bien sous tous rapports”. Oui, on peut être une femme bien et s’intéresser au vin. Ça me rassure. Par contre, il ne faut pas être célibataire. Ça non. Sinon, c’est la honte sur votre famille pendant trois générations, au moins.

Les auteures nous proposent ici d’apprendre le vin, comme on apprend à séduire un homme. Si tant est que cela soit possible, ou soumis à une initiation particulière. Ce coup-ci, le sexe masculin est totalement instrumentalisé. Les hommes servent de base à l’apprentissage. Une stimulation comme une autre, pour notre petit cerveau de femelle.

Le livre s’articule donc autour de 15 chapitres, tous plus lourds de sous-entendus les uns que les autres. On y parle de premier rendez-vous, de communication, ou encore, question essentielle, de “quels toys choisir pour jouer avec lui ?”. Oui, on parle toujours de vin. Mais, pas directement. Pour nous faire piger, il faut d’abord nous parler d’amour, de mecs, de sexe… De trucs intéressants, n’est-ce pas ? De toute façon, les mots excédant deux syllabes, je ne sais pas vous, mais moi, ça me fatigue.

La WWS : tu prendras une paire de Manolo avec ton Merlot ?

Non, ceci n’est pas une faute de frappe. Je ne vais pas vous parler de la WWF, les femmes n’aiment pas sauver les pandas en buvant du vin. Encore moins lorsqu’elles sont chaussées d’escarpins. WWS, c’est l’acronyme de la Wine Women and Shoes association. En français : vin, femmes et chaussures. La devise ? “Changez de chaussures, changez de vie !”

2013-12-chroniques-jus-octobre-sexisme-4 copyL’association américaine, présidée et fondée par Elaine Honing, une business women de la Napa Valley, organise des événements en tout genre, réservés exclusivement aux cruches femmes, autour des chaussures et du vin. Vous cherchez le rapport ? Moi aussi.

Peut être que le rapport se trouve chez ces mystérieux “shoe guys”, littéralement “hommes chaussure”, chargés de faire découvrir aux participantes les dernières nouveautés et de les conseiller sur le vin. Honnêtement, qui peut résister à un homme capable de faire rimer Louboutin avec Chenin ?

Source : http://www.winewomenandshoes.com

Orange mécanique

Le vin n’est jamais directement mis en avant lorsque l’on souhaite s’adresser aux femmes. On utilise des moyens détournés pour l’initier : les chaussures, les vêtements, l’amour. On ne parle du produit que trop rarement. Comme si le sexe féminin était incapable de comprendre par lui même, lorsqu’il se trouve dans un environnement hostile. C’est à dire, qui ne lui rappelle pas sa condition de femme, son genre féminin. “Si l’étiquette n’est pas rose, elles ne vont pas acheter”. Rien de dramatique, certes. Mais ces quelques anecdotes ne sont-elles pas le reflet d’une femme stigmatisée, infantilisée à outrance, dans la société d’aujourd’hui ? La démocratisation du vin chez les femmes doit-elle nécessairement passer par de la vulgarisation, ridicule et inadaptée la plupart du temps ?

2013-12-chroniques-jus-octobre-sexisme-5 copyJ’en profite aussi pour soulever un point important. Les hommes ne sont pas les seuls responsables face à la situation actuelle. Loin de là. Ces quelques exemples le montrent bien. La plupart du temps, les pires évènements sont organisés par des femmes, pour des femmes. Un réflexe communautariste, comme une manière de se protéger ? Peut-être. L’asservissement de la femme par la femme ? Peut-être aussi. En tout cas, voilà ce qui devrait vraiment saouler les français.

Mais, heureusement ! Tout n’est pas que rose ou noir. Il y a aussi de l’orange ! Orange, comme cette bouteille de Veuve Clicquot. Une Grande Dame, pour un brut, millésimé 2004. Une merveille de circonstance, puisqu’il fallait bien finir cette chronique sur une note effervescente. À partager entre filles (non, je déconne).

Infos : http://www.veuve-clicquot.com

Bonnes fêtes à toute l’humanité,

Les commentaires sont clos.

  1. Proverbe bourguignon : – Le vin de Bourgogne fait beaucoup de bien aux femmes, surtout quand ce sont les hommes qui le boivent.

    Franck CLARENCON le mardi 17 décembre 2013 à 17h28

  2. j’ai commenté la parution d’Émeline sur mon mur que dire de plus ,si peut être bravo …

    Lefebvre Pierre le mercredi 18 décembre 2013 à 8h08

  3. Bravo Manon ! Tout est dit… ou presque.

    Michel Smith le mercredi 18 décembre 2013 à 8h16

  4. j’ai tout adoré peut être mon côté cruche où alors est ce du à ton intelligente et pertinente écriture.J’aime cette insolence qui te caractéeis

    allain le mercredi 18 décembre 2013 à 14h50

  5. j’ai tout adoré,peut être mon côté cruche où alors est ce du à ton intelligente et pertinente écriture.J’aime cette insolence qui te caractérise puisse les vins que tu nous vantes avoir autant de
    caractère. Merci Manon

    allain le mercredi 18 décembre 2013 à 14h53

  6. Toujours cette belle plume, féministe comme on l’aime… Orange mécanique en toute logique…

    Caveau du Sommelier by Oz... le jeudi 19 décembre 2013 à 21h03