Je suis venu te dire que je m’en vais

Cher journal,

Te souviens-tu de la première lettre que j’ai rédigée dans tes colonnes ? C’était il y a presque un an déjà. À l’époque, j’osais une comparaison entre le mandat de président de deux François, de gauche : celui de 81, et celui de 2012. Je m’étonnais à l’époque que, constatant qu’alors toutes les institutions démocratiques du pays étaient “tenues” par le PS, l’occasion de changer la société, tel que prévu par la déclaration de principes du parti socialiste, ce changement n’avait pas eu lieu. Malgré le mémorable slogan de campagne de notre François actuel. Un an plus tard, la situation a-t-elle changé?

J’ai entendu un certain Gérard, membre du PS, déclarer que le gouvernement actuel n’était pas socialiste. Bon, d’accord. Mais qu’est-il exactement alors? Le choix nous est offert de tomber dans la caricature, ce dont certains ne se privent pas : soit on aime les entreprises, et ce qu’elles apportent pour l’économie, et donc on est forcément de droite, méchants libéraux capitalistes, soit on exècre les patrons, à l’image de Gérard, qui sont tous des profiteurs et des exploiteurs des salariés, et qui ne payent pas d’impôts en France, et à ce moment-là on est de gauche. Et pour aller jusqu’au bout de ces absurdes clichés clivants, si on refuse ce système on est aux extrêmes.

Moi je crois, cher journal, que la réalité est toute autre. La réalité, c’est qu’une fois au pouvoir, nos dirigeants ne font pas grand-chose. Tout juste une mesure ou deux pour flatter leur électorat. Je pense au mariage pour tous dans le cas de François, ou au bouclier fiscal dans le cas de Nicolas. Mais les changements de fond, ceux qui feront entrer la France dans le monde d’aujourd’hui, face aux réalités des citoyens, face à la réalité économique et écologique du monde et de nos sociétés, sont inexistants. Pourquoi? La réponse toute faite consiste à dire que les Français seront de toute façon opposés à ces évolutions, car ils ne sont jamais contents de toute façon. Je crois que le problème fondamental, c’est la question des moyens que l’on donne aux citoyens pour comprendre les enjeux d’aujourd’hui, et les solutions possibles qui peuvent lui être apportées. Et en cela, tu contribues à apporter un début d’alternative. N’y vois pas une volonté de flatterie facile cher journal, mais plutôt une reconnaissance de ton engagement.

Et d’engagement, il en est question encore ici. Encore oui, car il y a quelques semaines déjà je t’écrivais une lettre à ce sujet. En un an de lettres rédigées à tes côtés, beaucoup de choses ont évolué : à Dijon d’abord, notamment autour des municipales et de la mairie dans son ensemble, mais aussi en France avec le changement de gouvernement et la montée de la haine électorale. Mais aussi différentes évolutions dans ma vie personnelle. Aujourd’hui s’ouvre une nouvelle page pour moi, sous forme de concrétisation de mon engagement. Comme je le précisais dans cette chronique précédente, il est facile de dénoncer des choses en étant confortablement installé au chaud derrière son écran d’ordinateur. C’est pour être cohérent avec mes propos et mes valeurs que je me suis présenté la semaine dernière à la présidence des jeunes du parti auquel j’adhère depuis sa création, et pour lequel j’ai eu l’opportunité d’être élu.

Et c’est pour cela que nos chemins vont se séparer. La moralisation de la vie politique, que nous voulons pour la France et pour l’Europe, commence par soi-même. Et je refuse qu’une quelconque ambiguïté soit portée concernant ton indépendance et mon engagement. J’étais hier simple militant, et je proposais des pistes de discussions et de réflexions, je suis aujourd’hui représentant d’un mouvement et j’agirai en tant que tel. Alors je te quitte ici, mais nos chemins continueront de se croiser par communiqués de presse interposés. Et je continuerai par d’autres biais de proposer ces réflexions sur internet.

Bien à toi.

Sylvain Nocquard

Les commentaires sont clos.

  1. Cher Vinci, cette séparation des pouvoirs est toute à ton honneur et beaucoup devraient prendre exemple. Félicitations pour ton nouvel engagement, aussi.
    Par contre, qualifier le mariage pour tous de changement superficiel, c’est un peu fort de café, je trouve.

    Les bisous!

    Aguebard le mardi 28 octobre 2014 à 9h55

  2. Bon vent à toi mais zut on perd un chroniqueur aux réflexions calmes et intelligentes…

    mijo le mercredi 29 octobre 2014 à 8h10

  3. Quel billet subtil pour annoncer ton départ! :)

    CamilleG le mardi 4 novembre 2014 à 12h44