Au centre de toutes les attentions

Cher journal,

Tu me connais, je passe beaucoup (trop ?) de temps sur les réseaux sociaux. Or, s’il est un des sujets qui a été particulièrement polémique ces derniers mois, et en particulier pendant la campagne des municipales à Dijon, a été la question du centre-ville. À coups de photos prises à des moments stratégiques, tantôt un jour de pluie, pour le montrer vide, tantôt un jour de manifestation ou de soldes, pour le présenter plein à craquer. Ce qui est somme toute paradoxal pour un espace ouvert. Mais alors, quelle est la vérité vraie, et mérite-t-elle vraiment cette tautologie ?

Le centre-ville, c’est d’abord une formidable alchimie de nombreuses problématiques toutes plus ou moins compatibles les unes avec les autres. On peut souligner pêle-mêle la nécessaire adaptation aux touristes qui visitent la ville, la pertinence des services proposés aux habitants, les transports et les stationnements à disposition, l’animation pour attirer un nouveau public, la volonté de tranquillité des riverains, et ainsi de suite. Plusieurs de ces problématiques sont subjectives, en particulier la dernière. Ce qui les rend d’autant difficiles à appréhender.

L’erreur, ce serait de croire que tous ces paramètres puissent être simultanément intégrés dans des solutions globales parfaites. Comme le dit l’expression populaire :”à courir plusieurs lièvres à la fois, le risque est grand de tous les rater.” Alors forcément, à Dijon comme ailleurs, il est nécessaire de mettre en perspective les situations sur ces différents points avec les choix politiques de la municipalité d’une part, et avec le contexte global d’autre part.

Le contexte global, c’est de considérer que les habitudes de déplacement, de consommation, de tourisme, de loisirs… des visiteurs du centre-ville ont changé et changent encore, dans leurs habitudes et dans leurs comportements. Alors nécessairement le centre-ville doit évoluer pour s’adapter. Et les changements font rarement l’unanimité.

Personne ne pourra le nier, même pas ce cher Alain, le centre-ville de Dijon a énormément évolué ces dernières années, notamment avec la piétonnisation successive de la rue des Godrans puis de la rue de la Liberté. Flâner dans ces artères est naturellement devenu plus agréable et SE pour bon nombre de Dijonnais qui auparavant ne traversaient ces rues qu’à l’intérieur des bus de ville. Mais cela a bouleversé certains équilibres. Je pense par exemple à l’espace situé devant les galeries Lafayette, jusqu’au coin du miroir, et ce malgré la présence à l’une de ses extrémités d’une oeuvre d’art fortement décriée. Je pense également à la vide place de théâtre, comme l’a souligné Pierre Roussel précédemment dans ces pages.

Si je prends plaisir à parcourir tes lignes sur les terrasses qui se sont vraiment développées, de nombreux chantiers restent à ouvrir. En dehors du grand théâtre, il n’existe aucun lieu de spectacle digne de ce nom, ni même de café-théâtre. Pourtant la place ne manque pas, je pense, par exemple à l’ancien cinéma A.B.C., qui reste portes closes plus de trois ans après sa fermeture. Un autre cinéma, appartenant à la même société, est également fermé de longue date place de la République. Et malheureusement la mairie n’a aucun pouvoir sur ces espaces pourtant placés à des endroits stratégiques. La situation est analogue au centre dauphine, très vieillissant, mais pour lequel aucun projet n’est possible dans l’accord des copropriétaires, visiblement peu décidés à investir le moindre euro pour cet espace au cœur de la ville.

Enfin, selon un bon nombre de commerçants, un des principaux problèmes du centre-ville est la Toison d’Or, en particulier depuis son agrandissement de l’an passé. Une sorte de “guerre des centres” a été brandie comme élément de victimisation des petits commerçants, contre le méchant ogre du nord de la ville. Mais la réalité est que ces deux espaces doivent rester complémentaires pour permettre à la ville de résoudre les problématiques énoncées précédemment. Tout cela sera possible si chaque acteur assume ses responsabilités.

Bien à toi.

Sylvain Nocquard

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