L’apprentissage en quête d’un nouveau CAP

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“Votre qualification professionnelle, validée par ce diplôme et vos professeurs, voila votre passeport pour le bonheur”. Par ces mots, Gerard Morice, président du de , a tenu à féliciter ses meilleurs élèves lundi 4 novembre dernier.

En présence du président de région, , l’établissement organisait en effet une véritable petite cérémonie en l’honneur de ses “majors de promotion 2013”. 39 élèves brillants dans leur discipline professionnelle, ayant ainsi obtenu leur diplôme grâce à l’apprentissage.

Une voie de passionnés offrant souvent des débouchés certains, pourtant dans la tourmente depuis plusieurs années. Vieillissant, le CFA La Noue souffre, tandis que la région Bourgogne poursuit ses multiples efforts financiers pour venir en aide à la filière de l’alternative…

Diplôme, poignée de main et petits fours

Dans le vaste monde de l’éducation, il y a les férus de manuels, et les manuels tout court. Deux options, équivalentes, permettant notamment à ceux qui n’auraient pas trouvé dans les livres une vocation qui se trouve cachée au creux de leurs mains. Fini le temps où l’on stigmatisait la voie de l’apprentissage comme celle du garage. Si on y forme effectivement des mécaniciens, les CFA de la région Bourgogne en font d’excellents.

Et c’est ce qu’a voulu prouver l’équipe dirigeante du CFA La Noue lundi 4 novembre, en organisant une remise de diplômes “à l’américaine” pour ses meilleures recrues. Familles invitées, petits fours, défilé sur scène avec félicitations personnelles et poignée de main au président de région. L’émotion et la fierté étaient au rendez-vous pour ces jeunes comme pour l’artisan-tuteur qui les a accueillis et formés pendant environ deux ans dans son entreprise.

Hôtellerie-restauration, maintenance des véhicules automobiles, carrosserie-peinture, pâtisserie, boucherie, vente, commerce, fleuristerie, coiffure et bien d’autres. Le panel entier des formations proposées par le CFA La Noue de Longvic était représenté au travers de ces apprentis diplômés. Une ambiance prospère qui laisserait presque penser que l’apprentissage a de belles années devant lui, si quelques inquiétudes ne transpiraient pas dans les discours des élus présents…

70% des diplômés de l’apprentissage trouvent un emploi

Car c’est bien par un chiffre inquiétant que François Patriat, président du conseil régional de Bourgogne a introduit son discours : “le nombre d’apprentis baisse tendanciellement depuis deux ans”. Un déclin national après que le nombre d’apprentis a triplé en 40 ans, mais surtout une donnée alarmante dans une région qui compte 35 centres de formation (CFA), dont 17 rien qu’en Côte-d’Or. L’offre vise à satisfaire les 10% des jeunes bourguignons de 15 à 19 ans ayant choisi l’apprentissage.

Alors le président de région – dont la formation professionnelle est une des compétences régaliennes – est là pour le rappeler : “Il n’y a pas une seule voie de la réussite, celle de rentrer pour un élève en sixième et de sortir en polytechnique. La voie de l’apprentissage est une voie où les jeunes peuvent réussir, à leur rythme”. En effet, huit sur dix ne décrochent pas pendant leur cursus, et 70% des diplômés de l’apprentissage trouvent un emploi à terme.

Un apprenti au CFA La Noue | Photo Jonas Jacquel

Un apprenti au CFA La Noue | Photo Jonas Jacquel

Pour Fadila Khattabi, employée au CFA, mais surtout vice-présidente du conseil régional déléguée à la formation professionnelle et à l’apprentissage, la filière “garantit la main d’œuvre dont auront besoin les entreprises de demain”. Et d’ajouter : “L’apprentissage c’est un mariage à trois : le jeune et sa motivation, l’entreprise dont le tuteur a un rôle essentiel dans l’accompagnement du jeune, et bien sûr un centre de formation avec toutes les équipes pédagogiques”.

Un mariage à trois certes, mais surtout un rappel de l’importance de l’établissement dans cette aventure, bien malmené…

“La Noue, une structure déficitaire pour laquelle on a l’impression que rien ne se passe”

Car malgré la réussite de ses élèves, le CFA La Noue est dans la tourmente économique, souffrant de la baisse d’apprentis, mais également de la “conjoncture globale”, comme l’admet François Patriat.

Lors de la dernière session du conseil régional en octobre 2013, l’opposition raillait le fait que La Noue était à la fois le plus grand mais surtout “le plus vide” des CFA de la région. Une pique dont la justification vient des doutes de l’opposition quant à la bonne utilisation des crédits régionaux donnés au CFA.

Malgré le million d’euros investis chaque année en sa faveur, la conseillère régionale UMP Marie-Claude Jarrot déplore en effet “l’état de vétusté de l’établissement qui implique des conditions de travail délicates pour nos apprentis et nos enseignants”, et surtout le manque de “stratégie” pour faire évoluer la situation. Point de vue appuyé par celui de son homologue Catherine Vandriesse, s’étonnant elle “d’une structure déficitaire pour laquelle on a l’impression que rien ne se passe”.

Les premiers cris d’alerte de l’établissement datent de 2011, quand la CCI de Côte-d’Or et l’UMIH 21 ont versé un gros chèque de soutien de 50.000 € à l’établissement, sans quoi “il pourrait fermer si nous n’intervenons pas”, déclarait l’UMIH à l’époque. Seulement, quelques mois plus tard s’en suivaient déjà des menaces de licenciements économiques parmi les personnels. Le tout dans des bâtiments pour le moins vieillissants…

Vers une refonte globale du site

Alors quelles solutions envisager pour La Noue ? Selon les principaux intéressés au sein de l’établissement, il faudrait une réforme profonde de la taxe d’apprentissage, et permettre à celle-ci d’atteindre au moins 25% du budget annuel de 7,8 millions d’euros du CFA. Un point que soutient François Patriat, en faveur de cette réforme bientôt débattue au Sénat.

Mais plus encore, le CFA La Noue doit s’adapter et trouver à son tour sa nouvelle voie. Se moderniser d’abord, pour “accueillir un nouveau public”. Pour ce faire, la région bourgogne a voté lors de sa dernière session d’octobre une enveloppe de 300.000 € supplémentaires pour rénover deux bâtiments du CFA et développer un pôle d’excellence de formation.

Enfin, La Noue doit au plus finir au plus vite de “dessiner un nouveau projet d’établissement pour les années à venir”, évoqué depuis 2011 déjà, mais toujours pas dévoilée. Une mise aux normes matérielle, mais surtout dans l’offre de formations, plus en phase avec les attentes des jeunes.

D’ici là, quelques passerelles croisées seront prochainement mises en place avec l’université de Bourgogne. Pour proposer par exemple aux majors de promo de La Noue de suivre sur le campus une formation à la gestion d’entreprise.

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