Les Climats de Bourgogne à l’Unesco, oui. Mais après ?

Chateau du clos de Vougeot, en Côte-d'Or | Photo Jonas Jacquel

Chateau du clos de Vougeot, en Côte-d'Or | Photo Jonas Jacquel

Pour ne pas perdre de son prestige, le label Patrimoine mondial de l’ s’obtient au forceps, après des années de tractation et de lobbying. Les climats des vignobles de Bourgogne sont engagés dans ce combat depuis plus de quatre ans et devraient être consacrés en juillet 2015.

De l’aveu de tous, ceci permettra de valoriser le territoire notamment d’un point de vue économique et touristique. Du moins sur le papier. Alors, le retour sur investissement est-il vraiment perceptible ?

Des impacts hétérogènes

Dominant la boucle du Doubs du haut de son éperon rocheux, la citadelle de Besançon a fière allure. À mesure que le soleil se lève, elle dévoile un peu plus ses 600 mètres de remparts construits sous l’impulsion du Maréchal de Vauban. Depuis juillet 2008, la “valeur universelle exceptionnelle” de la citadelle ainsi que des deux enceintes urbaines a été reconnue par l’Unesco. Une distinction obtenue avec douze autres villes, adhérentes à l’association “Réseau des sites majeurs de Vauban”, créée à l’initiative de Jean-Louis Fousseret, maire de Besançon justement.

“La reconnaissance Unesco renforcera la notoriété de ce territoire et mettra en lumière ses nombreux atouts, en termes de cadre de vie et de dynamiques économique et sociale”, assurait alors le maire PS. “Le label Unesco favorise d’une part le développement d’un tourisme durable et, d’autre part, l’implantation de nouveaux acteurs économiques”.

Cinq ans après, l’association comment à avoir le recul nécessaire pour juger des conséquences de la classification : “L’impact est assez hétérogène”, concède Marieke Steenbergen, responsable de la mission réseau Vauban. “En moyenne, sur les douze sites, nous enregistrons des hausses de fréquentation allant de 10 à 20%. La plus forte progression est enregistrée sur la clientèle étrangère ou les groupes scolaires. Mais des sites comme Saint-Martin-de-Ré, déjà très touristique, ont enregistré une progression moindre”.

Un plafond necessaire

La citadelle de Besançon a même mené une enquête en ce sens. Sur les huit premiers mois de l’année 2013 (de janvier à août), elle a accueilli près de 271 000 visiteurs contre 278 000 en 2012. La faute à un printemps difficile. La part des visiteurs franc-comtois a progressé de 7,6% Durant les deux mois d’été représentant plus de la moitié des touristes. En revanche, la part des étrangers a considérablement diminué passant de 15% à 13,8%. Le symbole de la ville reste cependant le monument le plus visité de la région Franche-Comté.

Pourtant, lors de sa classification en juillet 2008, l’effet fut immédiat avec un bond de 7% de sa fréquentation par rapport à l’été 2007. Un sursaut qu’a aussi observé la ville d’Albi. Sur invitation de l’association pour l’inscription des climats, Jean-Pierre Hourcade, directeur général des services de la ville, est venu témoigner de son expérience devant les mécènes de la candidature. “La fréquentation connait un effet plafond ce qui nous convient bien, car nous voulons garder une certaine authenticité”, explique-t-il.

Entre 2009 et 2012, la fréquentation de la Cathédrale Sainte-Cécile a augmenté de 23% pour atteindre 706 000 visiteurs et celui du camping de 97% ! “L’effet sur l’activité économique est incontestable”, poursuit-il. “65% des habitants sont fiers de ce classement et 31% trouvent que leur sentiment d’appartenance a été renforcé grâce à ce label”, se félicite-t-il.

Bertrand Moineau, associé fondateur du cabinet Louvre Alliance d’ajouter : “Le processus de labellisation est presque plus important que le label. La vraie question est d’être patrimoine mondial de l’Unesco et non pas d’avoir ce label”. De Dijon à la Beaune, la pédagogie autour de la candidature a déjà été saluée.

Quel impact pour Dijon ?

“Avec la classification, nous sommes obligés de donner un sens aux aménagements urbains engagés par la ville”, ajoute Jean-Pierre Hourcade. “Nous avons aussi dû rapidement réagir pour respecter l’identité des lieux. À peine la ville classée, nous avons vu par exemple fleurir les chevalets de restaurants sur les trottoirs”. Rendue publique en pleine période estivale, la décision de l’Unesco a reçu un très bon écho médiatique, unique pour cette petite ville de 50 000 habitants.

Et la ville de Dijon compte bien surfer sur cette future classification pour retravailler son image et plus globalement améliorer sa notoriété. “Nous allons pouvoir affirmer Dijon, encore un peu plus, comme une destination culturelle”, assure , adjoint au maire en charge du tourisme. À ça, l’élu n’oublie pas d’ajouter la Cité de la gastronomie, qui ouvrira ses portes en 2015. “Les entreprises ne choisissent pas le secteur d’implantation au hasard. Apporter la preuve que nous sommes une ville culturelle aura donc des conséquences pour le secteur économique”, poursuit-il.

À Albi, la classification permet ainsi de peser dans les débats et plus particulièrement face à la géante de la région : Toulouse. “Nous voulons montrer que nous sommes un acteur incontournable si Toulouse veut devenir une métropole à dimension européenne”.

La ville de Dijon va se doter d’une marque de territoire pour accompagner cette classification

Alors que la région compte déjà deux sites à l’Unesco et que nos voisins francs-comtois en ont aussi trois, l’adjoint au maire de Dijon explique qu’il va falloir entamer une vraie réflexion pour adapter ce label à la communication de la ville. Dans les services, la notion de marketing territorial est en cours d’étude. Sur le modèle d’OnlyLyon, Dijon devrait donc se doter de sa propre marque. Didier Martin a même déjà une idée de nom, au service d’une image culturelle, économique, territoriale.

“Nous ne sommes en concurrence avec aucun autre site de l’Unesco”, ajoute-t-il. “Nous postulons au titre du patrimoine culturel, mais à nous de montrer que la Bourgogne, au-delà de la bouteille de vin est un assemblage plus complexe et plus subtil, une association de culture, de savoir-faire, dans un lieu de vie et un bassin économique”.

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