Agriculteurs de Côte-d’Or : La menace bretonne

Photo Jonas Jacquel

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“Les délices du quartier des saveurs, c’est le savoir-faire des agriculteurs”. Banderoles et badges à l’appui, les agriculteurs de Côte-d’Or se sont immiscés dans une visite officielle des élus et parlementaires de la région à la foire internationale et gastronomique de Dijon, lundi 4 novembre 2013. L’objectif : faire entendre publiquement leur mécontentement et leurs inquiétudes.

En ligne de mire cette fois, non pas seulement l’ poids-lourds comme en Bretagne, mais la mise en place de la future Politique agricole commune (PAC) pour la période 2014-2020, dont les aides versées aux agriculteurs français baisseront de 12%.

Réforme de la PAC, nouvelle “dégradation” de la situation agricole

C’est face au préfet de région et la plupart des élus de Bourgogne que Fabrice Faivre, président du syndicat agricole FDSEA 21, a pu détailler publiquement les inquiétudes de sa corporation ; le micro allègrement tendu par Pierre Guez, directeur de Dijon Céréales et animateur de la visite officielle en tant que président du pôle de compétitivité Vitagora.

Et c’est dans une véritable diatribe contre l’actuel gouvernement socialiste que s’est lancé le représentant des agriculteurs : “Je savais que ce gouvernement méprisait et haïssait les patrons et chef d’entreprises, je ne savais pas qu’il méprisait aussi les salariés d’exploitations agricoles !”, a-t-il lâché avant de détailler l’impact direct de la réforme de la PAC sur le territoire cote-d’orien.

Photo Jonas Jacquel

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Car en prévoyant une dotation globale de -12% entre 2014 et 2020 pour les agriculteurs des pays membres, l’Union européenne impacte directement le portefeuille de professionnels dont le maintien de l’activité tient parfois essentiellement du versement de cette aide.

Entre 2008 et 2012 déjà, de premiers remaniements de celle-ci – dont le montant très important est souvent critiqué -, les agriculteurs de Côte-d’Or ont déjà perdu 20 millions d’euros sur leur enveloppe globale. Mais “Malgré cette situation précaire, ” le projet Le Foll [du nom du ministre de l’Agriculture] va encore couter a la Côte-d’Or 8 à 10 millions d’euros”, dénonce toujours l’exploitant.

La PAC, une aide vitale à l’entendre, “puisqu’avec cette perte et à la vue des résultats prévisionnels pour l’année 2012-2013, une grande majorité d’agriculteurs producteurs de céréales et éleveurs auront un résultat négatif ou au mieux un résultat nul”. D’autant qu’en situation géographique “intermédiaire” au vu des ressources du département, les agriculteurs de Côte-d’Or se retrouveraient désormais “avec des marges de manœuvre nulles.”

Des tracteurs sur les voies de tramway

Pourtant, la situation économique du secteur n’est pas si mauvaise. De l’aveu des professionnels eux-mêmes, les prix de vente sont “à peu près normaux”. “Ce qui ne va pas, c’est l’explosion des charges “, poursuit Fabrice Faivre.

Surtout quand il s’agit d’en appliquer de nouvelles, comme l’écotaxe poids-lourds. Directement concernés par la mise en œuvre potentielle de cette taxe sur les transports de marchandises via le réseau routier, les agriculteurs de toute la France font actuellement entendre violemment leur mécontentement. Notamment en Bretagne, où certains ont détruit par le feu plusieurs portiques radars.

Laurent Granduillaume, député de Côte-d'Or, Pascal Mailhos, préfet de région et François Patriat, président du conseil régional, à l'écoute des agriculteurs | Photo Jonas Jacquel

Laurent Granduillaume, député de Côte-d’Or, Pascal Mailhos, préfet de région et François Patriat, président du conseil régional, à l’écoute des agriculteurs | Photo Jonas Jacquel

Un recours extrême que n’exclut pas la FDSEA 21 si les choses ne venaient pas à changer. Car l’écotaxe aurait aussi son impact sur le budget des agriculteurs côte-d’oriens : “Cette invention farfelue peut couter jusqu’à 1€ de la tonne”, explique Fabrice Faivre, s’en prenant directement aux écologistes “qui militent pour la récession de notre pays”. “Pour un producteur qui produit 1200 tonnes de céréales, ça fera 1200 € en moins par an”.

“S’il faut faire comme en Bretagne, on fera pareil !”, menace-t-il face aux élus. “Je pense que 200 tracteurs sur les voies de tram pendant quelques jours feraient déplacer les médias nationaux”.

Mais reprenant gentiment le micro, le président de Dijon Céréales et de Vitagora [spécialisé en recherche de nouveaux produits agronomiques] Pierre Guez propose une solution toute trouvée : “L’euro par tonne que vous auriez dû donner à l’écotaxe, je propose que tous les agriculteurs le versent à Vitagora, pour développer la compétitivité et de nouveaux produits !”.

La trentaine d’agriculteurs présents dans la foule d’élus applaudit mollement. Épinglé à leur veste, tous portent une fleur de chrysanthème, symbolisant l’état de mort de leur profession.

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