Quand les rues sortent de l’anonymat…

Photo Jérémie Lorand

Photo Jérémie Lorand

Sur la table de la salle des fêtes de la commune de Chatellenot, à quelques kilomètres de Pouilly-en-Auxois, Pierrette a déjà classé l’ensemble des panneaux par secteur géographique. Afin de faciliter le travail. Chacun prend sa pile et se déploie dans les rues, encore endormies. Très vite, les bruits de perceuses résonnent.

Car après avoir résisté à l’administration durant de nombreuses années, les trois villages qui composent la commune doivent arborer, avant la fin de la journée, des plaques de rue flambant neuves. Une première pour ce bourg de 150 âmes. Samedi 2 novembre 2013, les conseillers municipaux et quelques habitants volontaires s’étaient donc donné le mot pour “baptiser” leur rue.

Un retour aux sources

En France, ni le code de la voirie routière ni le code général des collectivités territoriales n’imposent aux communes de procéder à la dénomination des rues, à l’exception de la ville de Paris. La 30 211ème commune du pays n’avait donc jamais procédé à ce genre d’installation même si, dans l’esprit de la plupart des locaux, chacune des artères a bien son petit nom spécifique, souvent hérité du patois local ou d’une personnalité emblématique du lieu.

Avant de se déployer dans le village, l'heure est à la répartition des tâches | Photo Jérémie Lorand

Avant de se déployer dans le village, l’heure est à la répartition des tâches | Photo Jérémie Lorand

La Poste, en bon samaritain, met même à disposition des élus un générateur de noms, classés par thème : alimentation, transport, géologie, climats,… Au conseil municipal de la commune, la question ne se sera pas posée longtemps. Une seule voie n’avait historiquement aucun nom. Une ruelle de quelques dizaines de mètres qui avait la particularité d’abriter les deux bars du village. Les façades portent encore les stigmates de cette époque révolue où le village comptait des menuisiers, un charron, un maréchal-ferrant,… C’est donc assez logiquement que la dénomination de “rue de la soif” s’est imposée…

Pour les autres, il a fallu consulter le cadastre et quelques ouvrages anciens. “Les noms datent de Napoléon, si ça ne va pas faut lui demander de changer”, sourit le maire, Michel Fèvre. Avec André, il s’est attelé à la fixation des panneaux sur les poteaux. Et le premier n’est autre qu’une des rues principales du village de : la rue Bonnot.

Un moyen de se repérer

Une chance pour eux, tous les poteaux ont déjà été posés, une semaine auparavant par Serge, un autre conseiller municipal, en charge du suivi du dossier des dénominations des rues. D’ailleurs, de l’autre côté du village, il fait face à un problème inattendu : un croisement en “patte d’oie” sème le doute dans l’appellation d’une rue. Feuille d’impôt à la main un riverain sort de sa maison : “J’habite bien rue de Cercey, mais mon garage est rue Bonnot”. “Ce n’est pas grave s’il faut faire des ajustements, nous changerons les plaques d’endroit”, tranche Serge.

Il a piloté l’ensemble du projet et doit faire avec quelques déconvenues : sur six panneaux “Rue Bonnot” justement, deux comportent une faute. Il manque un “n”… Retour au constructeur donc. En une journée, l’équipe doit couvrir l’ensemble des trois villages. À l’heure du GPS, il sera plus facile de se repérer que ce soit pour le touriste, le livreur occasionnel ou même le facteur remplaçant.

Sur conseil de la factrice, Georges et Joël ont opté pour une technique différente... | Photo Jérémie Lorand

Sur conseil de la factrice, Georges et Joël ont opté pour une technique différente… | Photo Jérémie Lorand

Car la factrice habituelle connaît déjà tout le monde dans le village. Sa voiture jaune s’arrête devant “Chez le Raymond”, pour remettre le courrier et discuter. Soudain, il s’interrompt : “Hé, on n’est pas à un poil de cul près”, lance-t-il à l’attention de Jean-Pascal. Du haut de son escabeau, Jean-Pascal sort son niveau à bulle pour caler au mieux la plaque sur sa façade, fraichement rénovée.

Des origines perdues

En 2010 déjà, la population de la commune s’était mobilisée pour repeindre portes, volets et barrières selon les techniques traditionnelles. Avec l’association “Terres et couleurs”, ils avaient effectué leur propre mélange d’ocre, souvent dans les tons rouges pour redonner un coup de jeune aux villages. Le tout sous l’œil des caméras de France 3 qui venait tourner un épisode de l’émission “Des racines et des ailes”.

Un ton similaire a été choisi pour la cinquantaine de plaques nécessaires. “Un peu plus de 45 euros l’unité”, note le maire, comme pour faire les comptes. À deux pas du château, il installe un panneau “Grande rue”. Chacun des villages de la commune avait sa propre grande rue, il était donc impensable de le laisser comme ça. “À Mouillon, nous avons trouvé un autre nom, rue des Crots”, explique-t-il. En patois bourguignon, le mot signifierait “trou”. À Dionne, sur la colline, la rue prend le nom de “Vinotte”.

Photo Jérémie Lorand

Photo Jérémie Lorand

L’origine des noms a souvent disparu au fil des transmissions. Ainsi, Nicole se retrouve rue des chiens, sans en connaître réellement la signification. L’origine même du nom du hameau de Mouillon reste trouble. Certains considèrent que le nom fait référence à une zone marécageuse d’autre préfère y voir là un héritage de l’ancienne Mollionem qui signifie domaine de Mollius. Quoi qu’il en soit, la première mention du village remonte à 1376.

Du côté de la rue Fontenotte, un nouveau problème se pose : celle-ci devrait avoir logiquement sa place sur le lavoir, mais le chêneau et la gouttière viennent gêner la lecture de la fin du mot. Finalement, quitte à troubler les habitudes des automobilistes, la plaque sera installée de l’autre côté de la rue… D’ici quelques jours, tous les habitants vont recevoir un numéro dans leur boite aux lettres. Il devra figurer bien visiblement sur un poteau ou la façade de leur maison.

Les commentaires sont clos.

  1. Et le fait d’apposer une plaque vissée sur une église inscrite à la liste comp. des monuments historiques ne vous pose aucun problème?
    Encore une dégradation du patrimoine de nos si beaux villages…

    Lefebvre le lundi 27 octobre 2014 à 11h40