Quand même le dernier voyage pollue…

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Écolos jusqu’au tombeau ? Même s’ils le voulaient, les plus verts d’entre nous ne pourraient pas passer la dernière porte sans délivrer de CO2… tant qu’ils résident en France. Car le droit national garde un mauvais souvenir des épisodes de peste et autres épidémies. Il veille à appliquer certaines règles : un cercueil pour tous et une inhumation / crémation en bonne et due forme.

Ce premier novembre, jour de la Toussaint, alors que les chrysanthèmes fleurissent les cimetières, est l’occasion de se pencher sur une interrogation altruiste. Comment rejoindre le plus proprement possible ceux qui mangent déjà les pissenlits par la racine ?

Va te faire enterrer ailleurs…

Pas convaincu par l’inhumation, ses corps ayant du mal à se décomposer et la possible pollution des nappes phréatiques qui en découle ? Réfractaire à l’incinération qui dégage 0,15 tonnes de CO2 ? Il reste peu (voire pas) de solutions en France où la législation est stricte. Pas de troisième voie comme au Royaume-Uni et aux Etats-Unis où il est possible d’être “inhumé” en pleine mer.  Pas de voie écolo non plus comme en Suède ou en Allemagne où il est désormais possible de choisir la “promession“, une nouvelle technique de funérailles écologiques inventée en 1999 en Suède. Le principe ? Le corps est plongé dans un bain d’azote liquide, refroidi à une température de moins 196°C, il est ensuite disposé sur une table vibrante pour être détruit en fines particules dont la famille dispose ensuite.

D’autres techniques encore mal connues en France sont prisées autour de nous : la résomation (dégradation du corps dans une eau, sous pression, à 170 °C) se pratique aux Etats-Unis, l’aquamation en Australie (le corps est plongé dans une eau riche en hydroxydes à 93°C) et la cryogénisation (conservation à très basse température avec espoir de régénérer les cellules). Ces techniques ont l’intérêt de ne pas encombrer des cimetières surchargés. En effet, l’accroissement de la population, et en France les nombreux décès des générations du baby-boom, font se poser la question à tout un chacun. Simplement, ils ne sont pas (encore) autorisés. Doivent-ils d’ailleurs le devenir ?

Funérailles en carton

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Un inventeur saône-et-loirien a proposé une alternative réalisable dans les conditions strictes de la loi française dès 2009. Il produit des cercueils en cartons. Georges Braissant, 66 ans a fabriqué 2 000 boîtes en 2013, vendues pour la plupart en Allemagne et en Suisse – quelques-unes seulement en France. Né dans une famille de fossoyeurs et de vendeurs de cercueils en bois, son grand combat aujourd’hui, c’est la promotion d’un cercueil écolo et made in France : en effet, le carton est constitué de chiffons et de papier recyclé, les colles sont en amidon et la peinture est aqueuse. Son incinération est plus rapide que celle d’un cercueil en bois d’environ 45 minutes – mais nécessite des filtres spéciaux dans les crématoriums et semble mieux adaptés aux fours électriques utilisés en Suisse (en France, ils marchent au gaz).

Le gros problème de reste d’imposer son cercueil de cellulose pourtant agréé sur un marché largement dominé par les grosses enseignes, et le lobby du bois qui ne veulent pas un instant en entendre parler. a du mal à vendre ses cercueils aux revendeurs. En effet, les pompes funèbres appartenant au géant européen OGF – qui possède aujourd’hui une large majorité du segment – préfèrent de loin vendre leurs propres objets. Le risque ? Des entorses à la concurrences dans ce secteur, dénoncées par l’association française d’information funéraire (AFIF). Contacté au téléphone par nos soins, il regrette : “Il existe un quasi monopole qui fait la pluie et le beau-temps sur le service funéraire. Il est temps que la France se pose des questions”.

Peut-être est-il venu le temps de déterrer le tabou financier autour du marché de la mort ?

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