La télémédecine sauvera les Nivernais (et les autres)

Photo Marion Chevassus

Désenclaver les zones désertiques, lutter contre la fatalité et sauver des vies in extremis : en un an et demi, le nouveau service de télémédecine de l’hôpital de Nevers coordonné à celui de Dijon a changé la face de la maladie. C’est en tout cas ce qu’affirmait le chef du service des urgences de l’établissement nivernais, le Docteur Kannass lors d’une réunion de présentation de la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC) via la télémédecine au CHU du Bocage, ce mardi 29 octobre 2013.

Avant, dans la Nièvre, on mourait d’un AVC, mais ça, c’était avant

Alors que les zones rurales tendent à se désertifier, des essais sont menés un peu partout en Bourgogne pour tenter de répondre aux besoins urgents de médecins dans les communes les plus reculées. La télémédecine pourrait être une solution (salvatrice) parmi d’autres. C’est en tous cas un outil irremplaçable à Nevers, où le centre hospitalier souffle enfin. “L’AVC est passé de “fatalité” chez nous à “urgence”, en à peine un an et demi”, témoigne le chef du service des urgences de Nevers. Désormais relié à l’Hôpital général de Dijon, il profite de la précieuse expertise des neurologues dijonnais par téléconférence. (Écouter l’extrait ci-dessous)

A cause des distances et de la difficulté de mobilisation des médecins opérationnels, dans la Nièvre, avant, l’AVC, on en mourait.

La neurologue étudie le scanner du cerveau du patient auxerrois qui lui a été envoyé. Photo Marion Chevassus

Chrono en main

Le temps. C’est le nerf de la guerre quand il s’agit de soigner un accident vasculaire. “Après 1 heure 30 de délai entre l’accident et les soins, explique Marie Hervieu, neurologue, nous sauvons un patient sur quatre. Après 3 heures, le taux descend à 1 pour 9, après 4h30, c’est plutôt 1 pour 14.” Les services d’urgentistes doivent être réactifs, et un neurologue doit être prêt à effectuer et analyser un scanner avant de préconiser la fibrinolyse ou la thrombolyse – soit l’utilisation d’un anticoagulant par perfusion (durée 1h30) qui permettra de désagréger le caillot de sang formé à proximité du cerveau. Mais voilà, pour cela, il faut absolument un neurologue. (Écouter l’extrait ci-dessous)

Or le neurologue n’est pas mobilisable 7/7 et H24 à Nevers.

Un patient frappé par un AVC à Auxerre est traité via un médecin urgentiste par la neurologue dijonnaise (reconstitution). Photo Marion Chevassus

Nièvre, les nouveaux champions de la thrombolyse

Un centre hospitalier comme celui de Nevers symbolise bien l’enjeu des nouvelles technologies en médecine. Situé à au moins 1 heure et demie de l’hôpital le plus proche, il est, dans le cas de l’AVC très peu en mesure d’apporter un secours aux habitants. On aurait voulu écrire que l’hélicoptère sauvait la mise des patients en danger, mais même pas, le docteur Kannass précise que la barrière climatique que constitue le Morvan les empêche de circuler correctement. Alors que la Nièvre enregistre le plus de thrombolyses en France par an, 25.

Écouter le témoignage du docteur Kannass :

Restait la résignation. Or depuis que la coopération a été mise en place, les services nivernais se sont réveillés d’une profonde impuissance en la matière et ont organisé le branle-bas de combat. L’installation de deux sous-centres est prévue à Cosne-sur-Loire et à Decize où se concentre le plus important de la population du département après Nevers. Au moindre problème, le réflexe devra être de composer le 15 – valable pour toute la France – une équipe de pompiers locaux sera dépêchée sur place pour récupérer le souffrant, l’amenant ainsi au centre le plus proche.

Photo Marion Chevassus

Là, il sera pris en charge dans les plus brefs délais, grâce à l’œil aiguisé d’un médecin de Dijon – classé 8ème français sur les soins post-AVC (de même pour le département de l’Yonne, la Saône et Loire sera elle, rattachée au CHU de Châlon-sur-Saône).

De son côté, Élisabeth Deponge, présidente de France AVC, lutte contre cette même résignation en disposant des informations un peu partout. Exemple : “Comment reconnaître un AVC ?” Son truc, c’est la prévention. En alertant tout le monde, en insistant sur l’hygiène de vie avant et après un accident. “Il faut que tout le monde se prenne en main, ne pas rester là sans rien faire”. Alors on lui demande si des lobbies citoyens s’activent au niveau de l’Europe pour détourner les lobbies de la malbouffe et du tabac.

“Je vous ferais une réponse de Jésuite…”. Non. A chacun sa responsabilité.

Auxerre. Un patient reçoit des soins par webcam. Photo Marion Chevassus

La Bourgogne enregistre 4 500 AVC par an. L’AVC est la première cause de handicap moteur en France, deuxième cause de handicap cognitif et troisième cause de mortalité. Il est classé au rang des pandémies par l’OMS. Il survient le plus souvent dès 50 ans. Il est lié à une mauvaise hygiène de vie. On peut le repérer grâce à l’acronyme américain FAST pour face-arm-speech-time, c’est-à-dire paralysie brutale d’un bras, visage bloqué, dialogue perturbé et course contre la montre pour appeler des secours. Plus de clés sur le site de France AVC

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