Nationale 6, sur la route du passé

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Pendant les années 1960, le long de la Nationale 6, le lieu-dit du Bel-Air faisait figure d’emblématique aire de repos sur la mythique “route des vacances”. Stations-services, garages et restaurants à l’américaine constituaient, à 300 kilomètres de Paris, le seul point éclairé de nuit entre Arnay-le-Duc (21) et Chagny (71).

Déserté avec l’arrivée de l’autoroute en 1970 et à l’abandon depuis, la communauté d’agglomération beaunoise – et son député-maire UMP en première ligne – souhaitent lui redonner vie et la remettre sous le feu des projecteurs.

Samedi 1er juin 2013, quelques coups de pinceau sur les façades et la présence d’une centaine de véhicules anciens constituaient le point de départ d’un grand projet de reclassement de la route historique. L’objectif : tabler sur l’atout nostalgie d’un itinéraire symbole des Trente glorieuses pour recréer toute l’économie d’un tourisme à la sauce “vintage”…

La façade du Garage du Bel Air, restaurée par les établissements Pétot | Crédit photo Jonas Jacquel

La façade du , restaurée par les établissements Pétot | Photo Jonas Jacquel

Comme un air de cinéma

Situé sur la commune de la Rochepot en Côte-d’Or, Bel-Air est sans doute l’étape la plus emblématique de la Nationale 6. La zone, entièrement artificielle et bâtie durant les années cinquante se situe en haut d’une colline, au bout d’une interminable ligne droite en montée. A l’époque, arriver à Bel-Air signifiait qu’on avait franchi le Morvan. L’occasion de laisser respirer voitures et camions tout en “cassant la croûte”.

Dans les années 60 sont donc sortis de terre plusieurs stations-services, un restaurant routier classique, deux garages dont le “Garage du Bel-Air” à l’imposante façade, ainsi que le restaurant qui deviendra le fameux “Relairoute de la Rochepot“. Fameux car passé à la postérité grâce au film Le Cercle Rouge de Jean-Pierre Melville, où Alain Delon, en fuite pour Paris, s’arrête le temps d’un repas.

Bien sûr aujourd’hui, après quarante années de désertion, le lieu a perdu de sa superbe. L’autoroute reliant Paris à Lyon a ouvert en avril 1970, laissant à l’abandon toute une économie de la route au profit des péages et d’une logique d’hypervitesse. Le long de la Nationale 6, déclassée depuis en D 906 en Côte-d’Or, les villes et villages ne se sont jamais remis de cet afflux permanent de clients de passage qui faisaient vivre tous les professionnels du coin en remplissant hôtels, restaurants et garages.

Françaises et Américaines au rendez-vous

Il y a quelques semaines encore, l’ambiance à Bel-Air était post-apocalyptique. La zone était entièrement à l’abandon, les façades lessivées de leurs couleurs originelles. Pas un chat, pas une voiture. Ou si, quelques épaves. Le Relairoute, autrefois ouvert 24h/24, a fermé en 1972. Depuis, la végétation reprend ses droits. Le diner’s à la française est muré, et le lierre planté contre la façade à l’époque a gagné beaucoup de terrain…

Mais c’était sans compter sur les passionnés et nostalgiques de cette mythique route des vacances, dont le maire de Alain Suguenot est l’un des plus fervents défenseurs. Voilà deux ans qu’il annonçait sa volonté de faire revivre cette route. Alors samedi 1er juin 2013, il a donné rendez-vous à tous les amateurs à Bel-Air pour inaugurer la pose de la “première borne” de la restauration de la Nationale 6 historique. En quinze jours, les lieux ont été nettoyés et la façade du “Garage du Bel-Air” restaurée à l’identique.

Tous les amateurs de voitures ont bien entendu répondu présents à ce barbecue géant. L’occasion d’admirer quelques modèles d’Abarth importés par le collectionneur du château de Savigny-les-Beaune, des dizaines de vieilles Françaises des Trente glorieuses, mais aussi des Américaines, donnant le temps d’une journée un air de Route 66 à l’ancienne Nationale 6.

Une centaine de passionnés ont fait le déplacement en véhicule de collection | Photo Jonas Jacquel

Une centaine de passionnés ont fait le déplacement en véhicule de collection | Photo Jonas Jacquel

Encore beaucoup de projets sous le capot

Mais si le projet est d’abord de “faire de l’ensemble de ce lieu un lieu tout à fait symbolique de la fin des années cinquante “, comme nous l’expliquait samedi 1er juin Alain Suguenot, l’idée n’est pas d’en faire “un lieu nostalgique, mais un lieu dirigé vers l’avenir”.

Dans ce sens, au cours des prochains mois, la Communauté d’agglomération du pays beaunois espère conclure plusieurs partenariats avec des investisseurs privés afin d’ouvrir entre autres : un hall d’exposition de véhicules prototypes du designer Franco Sbarro, un pôle d’excellence pour la restauration mécanique de véhicules anciens, et ainsi “réunir tous les passionnés sur un lieu dédié”, comme l’explique Gérard Roy, chargé de mission Nationale 6 pour la Communauté d’agglomération. Lui voit d’ailleurs le projet comme un véritable parcours touristique, encourageant les automobilistes à “quitter l’autoroute a Avallon, et à faire du temps du transport un temps du plaisir”.

Malgré tout, comme a tenu à le préciser Alain Suguenot, il ne s’agit pas de se faire uniquement “plaisir”, “c’est aussi un investissement” : tabler sur la nostalgie d’une époque qui reliait les territoires entre eux grâce à une économie de la route dans le but justement de ressusciter toute cette économie. La gastronomie était déjà présente grâce aux chefs étoilés, il ne restait que l’attrait mécanique.

Et bien que la peinture de la première façade rénovée du garage ne soit pas encore tout à fait sèche, le maire se laisse déjà aller à imaginer quelques autres réalisations possibles : celle d’un camping des années soixante ou, qui sait, faire revenir sur les lieux du tournage l’acteur Alain Delon, dans un Relairoute racheté à son actuelle propriétaire Nana Mouskouri (sic!) et entièrement rénové…

Les commentaires sont clos.

  1. je suis né sur cette nationale 6 tant de regret c’était la vie de toute la Bourgogne ou presque ,le jour ou l’A6a vu le jour au fil du temps tous ces commerces emblématiques
    sont disparu idem sur la N7 dommage ,d’avancer a vitesse grand V sans penser au désastre, cette chaleureuse RN6 dont bel air que je connais plus que bien était les hauts lieux de ma bourgogne natale

    DENIZOT le mardi 4 juin 2013 à 19h28

  2. Routier des le début des années 70 j’ai eu la chance de connaitre la RN6 avec l’ensemble de tous ses commerces, stations, restos, le Petit Train, la Barrière après Avallon, etc…, descente de Paris à Marseille par les nationales un vrai plaisir que j’ai retrouvé chaque fois que je pouvais en fonction de mon temps. Quel gâchis que tous ces commerces aient fermés, une fois j’avais compté le nombre de personnes qui avaient perdu leur travail, j’étais arrivé à en totaliser pas moins de 3200 sans compter ceux qui gravitaient autour, chaque station comptait au moins un ménage et 1/2 salariés, les restos couple plus serveuses et tous les fournisseurs. L’autoroute a mis en jachère une région entière, regrets!!!

    Beauvais le dimanche 20 avril 2014 à 18h09

  3. bonjour! à l’instar d'”éternelle nationale 7″ de Marie-Sophie CHABRES et de Jean-Paul NADDEO,existe-t’il un ouvrage équivalent,uniquement dédié à la nationale 6? si oui,puis-je en connaître Auteur (re),titre et éditeur?
    mon Epouse et moi ambitionnons de musarder au hasard de cette belle route
    en 2015 et d’avance,je Vous remercie de votre obligeance à me répondre.

    BLAY le mardi 20 mai 2014 à 16h32

  4. Bonjour, j’ai passé ma petite enfance à VAUCHIGNON.Je me souvient des années de gloire “du bel-air”, comme il était doux d’arriver par la chaume ( a pieds) en bonne compagnie du père SAGETAT ou du Leon BOUSSARD;
    C’était la sortie du dimanche, nous venions voir passer autos et motos sur le chemin des vacances (que nous n’avions pas) .Dieu qu’elle était bonne la limonade que je pouvais déguster ces jours là!( je vous parle des années 57,58, 59 )Je suis né en 1947 à BEAUNE ( c’est vous dire le millésime!)Bien sur BEL-AIR c’est toute mon enfance et touts mes amitiés de l’époque qui remonte à la surface.Bravo pour l’initiative, nul doute je reviendrai en compagnie de mes petits enfants.Merci de me faire partager les prochaines initiatives et commémorations. Bien a vous MT

    TRACZ le mercredi 15 octobre 2014 à 5h57