Hypnotiques écrans

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Les conducteurs Côte-d’Oriens sont-ils prêts à céder plus de leur “temps de cerveau disponible” à la publicité ? Au vu du – peu de – succès du rassemblement de samedi 1er juin 2013, on jurerait que oui. Seulement une petite dizaine de militants et sympathisants d’associations (écologie, monde numérique, anti-nucléaires…) se sont rassemblés, transats et chaises de camping sur la verte pelouse de la place Saint-Exupéry à Dijon.

Indignés par l’apparition des panneaux d’affichage électroniques, nouveau bijou technologique installé sur une demi-douzaine d’artères de Dijon depuis mars 2013, ils ont décidé de mener une action tout à fait légale : affiches scotchées sur les panneaux sucettes, action surprise sauf pour les autorités, pas de tapage – de toute manière, difficile de faire plus fort que les véhicules au carrefour – et présence tranquille sur la placette encerclée de fleurs.

Une bagarre pacifique est lancée contre les sept nouvelles télévisions publiques dédiées à la pub. On freine au feu rouge, l’écran absorbe le regard, on redémarre. “Les conducteurs n’ont d’autre choix que de la regarder”, dénonce l’ennemi des pollutions visuelles, Stéphane Dupas, président des Amis de la Terre Côte-d’Or.

Beau temps pour la pub !

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Photo Jonas Jacquel

L’argument général pour supplanter la communication existante, c’est l’éco-responsabilité… Pour  un panneau de huit mètres carré recouvert de LED allumées nuit et jour sans discontinuer, autant dire qu’il est faible. En revanche, l’argument commercial est autrement plus séduisant, selon une étude Média Transports Pôle Gares et Iligo, le panneau dynamique attirerait 90% des regards.

Ces écrans digitaux vantés et vendus par le leader national de la communication “outdoor” (comprenez “extérieure”) Oxialive, filière d’Oxial, basée à Arras (Pas-de-Calais) n’ont été pour l’instant installés qu’à Dijon, en ce qui concerne la Bourgogne (Voir ici les implantations Oxialive). Ils sont légion dans le Nord de la France, notamment à Lille. Paris a déjà sélectionné l’agence pour son appel à projet d’une colonne numérique interactive Gare du Nord – bref un futur héros national (Lire ici sur Stratégies.fr).

Les sept panneaux s’additionnent donc à la kyrielle existante (Voir ici leur localisation), adoubés par la mairie de Dijon, dont la responsabilité a été “soit d’accepter sa présence, soit d’ignorer la demande faite par la société – auquel cas, passé deux mois, l’autorisation est automatique”, précise un membre de l’association des Amis de la Terre Dijon. “A nos yeux, elles sont dangereuses pour la circulation puisqu’elles détournent l’attention, en plus d’être écologiquement scandaleuses“. L’association compte bien prendre part au prochain débat du créée par la préfecture le 1er février 2013.

Encore plus de supports, c’est pour votre bien !

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Photo Jonas Jacquel

L’arrivée de ces publicités d’un nouveau genre est-elle compatible avec toutes les lois en vigueur ? C’est la question que pose l’association de défense de l’environnement en pointant du doigt l’article R581-41 du code de l’environnement, celui-ci autorise l’affichage numérique tant qu’il est d’une taille inférieure à 8 m2, mais alors qu’en est-il du décret 2012-118 obligeant les municipalités de moins de 800 000 habitants à éteindre les publicités lumineuses entre 1 et 6 heures du matin ? Si l’image est fixe, elles passent à travers les mailles du filet. Sauf qu’ici, ce n’est pas le cas.

Alors, certes, elles sont prévues par la loi. N’empêche, elles dérangent. “C’est de l’incitation à la surconsommation”, clament les militants arguant que ce modèle engendre frustrations et gaspillages à l’heure où le réchauffement climatique  se conjugue à une crise du moral des consommateurs en overdose. Pourquoi dans ce cas, les manifestations anti-pub ne sont-elles pas plus denses ? Réponses en vrac : “A Dijon, on vit bien. Alors nous avons peu de militants mobilisés” ; “Lutter contre la pub en toute légalité, c’est plus compliqué que ça n’y paraît” ; “Si ça ne touche pas aux retraites ou à l’argent, ça mobilise peu” ; “Parce que la pub fait fonctionner l’économie, et on est tous pour !”.

Le plus dur, c’est de lutter contre une logique qui semble bénéficier à tout le monde. Tant du point de vue de l’économie, que de la communication des commerçants et de l’emploi qu’ils génèrent. Globalement. Mais en entrant dans le détail, on voit d’ores et déjà se dessiner des failles. En effet, ces publicités contre lesquelles luttent les collectifs aujourd’hui sont celles de grands groupes nationaux (téléphonie, banques, grandes surfaces, assurances, automobiles,etc.) et non de petites enseignes locales qui se voient férocement concurrencées. Or ces enseignes de proximités seraient selon eux “plus créatrices d’emploi” (rapporté au mètre linéaire) que les grands groupes. Dernier argument en faveur des réclames lumineuses si attractives, la pub est un facteur incontournable de croissance…

“Sauf que la croissance est vecteur de pollution”, les éco-conscients ont choisi leur camp.

Les commentaires sont clos.

  1. Sympa la notion d’ “éco-conscients”, qui fera des petits, on l’espère vivement !! ;:)

    Toujours plus de pub, jusqu’où ira-t-on pour nous l’imposer et nous la justifier, en tout lieu et en tout temps ? réalisant les projections de Philippe K Dick et d’autres auteurs de romans d’anticipation.

    Phili le lundi 3 juin 2013 à 19h27

  2. Génial cet article, j’aime beaucoup la dernière photo.

    Dlareg le lundi 3 juin 2013 à 21h03

  3. Très bon article, merci.

    Calou le lundi 3 juin 2013 à 21h04

  4. Les éco-conscients ont du pain sur la planche. Il faut désacraliser d’urgence cette croissance, vecteur surtout de destructions massives (ressources naturelles, biodiversité…).

    Sobheur21 le lundi 3 juin 2013 à 22h28

  5. pas la peine j’me paye une télé y a qu’a sortir dans dijon!

    AL le mardi 4 juin 2013 à 8h45

  6. Article complet et exhaustif.
    Je confirme qu’effectivement ces panneaux attirent l’attention du conducteur au détriment de celle qu’il consacre à sa conduite, j’ai testé ce week-end.
    Investir dans de nouveaux vecteurs de publicité dans une société qui n’achète que de plus en plus rarement, faute de moyens, faute d’envies, ou alors par désir d’autres valeurs, c’est un drôle de plan marketing pour un investisseur.
    Ce serait étrange ces panneaux animés qui luisent dans un désert total…
    Blade Runner ?

    tbruiz le mardi 4 juin 2013 à 13h57

  7. Encore une autre forme de publicité.
    Y’en a marre de la pub “imposée” qui finit par nous pourrir la vie !
    Ceux qui aiment la pub n’ont qu’à rester devant leur poste de télévision.

    papyrazzi le mardi 4 juin 2013 à 18h57

  8. Le comble de l’hypocrisie : les vecteurs de pollution qui se présentent comme vertueux.

    On a un sacré florilège de greenwashing, concept inventé par les publicitaires, pour duper encore plus le peuple naïf : les aérosols qui “protègent” la couche d’ozone, les voitures “vertes”, l’huile de palme “durable”, et les panneaux de pub électriques “qui consomment moins qu’un sèche-cheveux”.
    Cette dérive est inquiétante, et il faut sortir de cette lobotomisation et de cette passivité de la consommation : parions qu’à la prochaine action anti TV-pub, les dijonnais seront bien plus nombreux !

    soleil vert le vendredi 14 juin 2013 à 8h22