Les climats de Bourgogne illuminent Comblanchien

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

L’eau sépare des hommes que le vin réunit… Après le succès de la marche des climats qui avait réuni en avril 2011 plus de 3.000 personnes, l’association pour l’inscription des Climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial de l’Unesco voulait réitérer son coup de force, samedi 1er juin 2013 en proposant une journée autour du vin, de la roche, clôturé par un spectacle son et lumière.

L’association avait investi un lieu traditionnellement fermé au public : les carrières de , sur la côte de Nuits. Si son nom ne vous dit peut-être rien, elle n’est pourtant pas inconnue des bourguignons. C’est en effet cette pierre qui orne les places de la Libération ou de la République à Dijon. Elle est aussi exploitée sur le tramway de Tours ou encore sur la façade de l’Opéra de Paris ou les pieds de la Tour Eiffel.

“Quand on boit du vin, on boit l’humanité”

Pour les spécialistes, cette pierre calcaire donne au territoire un caractère unique : c’est la pierre qui construit les maisons vigneronnes, les caves, les églises mais aussi celle qui nourrit la vigne et donne aux appellations leur place dans la hiérarchie des crus. “En Bourgogne nous avons des 1er Crus mais aussi des Grands Crus”, souligne le sommelier et formateur à l’École des vins de Bourgogne, Nicolas Tacquard, au stand dégustation. “On compte trente-trois Grands crus en Côte-d’Or. Ces vins sont produits sur les meilleures parcelles – ou climats – des communes”.

Car derrière cette candidature, se cache un terme, climat, qui n’est pas forcément accessible à tout le monde. De Dijon à Santenay, on recense ainsi près de 1.247 parcelles de vignes comme autant de climats. “En quelque sorte il s’agit du terroir”, schématise Nicolas Tacquard. “Au 19ème siècle, les communes se sont rendu compte que leurs noms étaient moins connus que les vins donc elles ont décidé de prendre l’appellation des plus grands crus”. À titre d’exemple, le village de Morey prend en 1927 le nom de Morey-Saint-Denis en hommage au Clos Saint-Denis.

Atelier de l'entreprise SETP, dans les carrières de Comblanchien | Photo Jonas Jacquel

Atelier de l’entreprise SETP, dans les carrières de Comblanchien | Photo Jérémie Lorand

Vingt-huit domaines étaient proposés à la dégustation. “Pour goûter un vin, on utilise sa vue, son odorat, son goût mais aussi son toucher car le vin dégage une sensation tactile en bouche et d’une certaine façon son ouïe”, poursuit le sommelier. “Quand on boit du vin, on boit l’humanité et quand on boit l’humanité, on boit l’âme de ceux qui ont fait le vin”, assure , membre du comité de soutien et présent pour l’occasion. “Pour les climats, ceci est encore plus vrai car ils bénéficient d’une diversité culturelle qui tient d’un passé millénaire et embrassent le présent avec brillant. En les protégeant, on se protège nous-mêmes”.

Une classification en 2015

Dans les carrières de Comblanchien, propriété de la commune du même nom et exploité par quatre entreprises depuis le milieu du 19ème siècle, 25 000 m3 par an sont extirpés chaque jour par l’entreprise SETP. Patrick, commercial de la société, spécialisé dans la fabrication de produits pierre pour les aménagements urbains est bien conscient qu’il a entre ses mains un des éléments phares du dossier de candidature. Pour son impact sur le produit viticole déjà mais aussi pour l’aspect économique. “La pierre est aujourd’hui mise à rude épreuve par les véhicules donc se patine un peu plus rapidement mais elle a pour principal atout de ne pas se détériorer facilement”. C’est sans doute pour cette raison qu’elle s’exporte si facilement.

“Les blocs sont taillés avec des scies diamantées à la vitesse de 80 centimètres par heure”. S’en suivent plusieurs étapes qui permettent de boucharder la dalle, la lisser selon l’aspect souhaité. “Tous les déplacements se font via des ventouses ou des machines”, assure-t-il. “Il est impossible de porter les pierres, même les plus légères”.

“Le travail de l’homme et celui de la nature se marient enfin de façon homogène”, souligne Pierre Arditi. “La France est le pays du vin et ne doit pas en avoir honte”. Et cette journée devait permettre de lancer la Conférence territoriale, une étape décisive qui doit permettre, selon Aubert de Villaine, président de l’association “de voir naître un nouvel organe de gestion qui a pour mission de veiller à la protection de la valeur universelle et exceptionnelle du territoire tout en préservant le développement économique”.

Yves Dauge, conseiller spécial auprès du Sous-directeur de l’Unesco pour la Culture et président de l’Association des biens français du patrimoine mondial d’ajouter : “Dans mon tour de France des sites, j’ai souvent remarqué qu’il manquait une adhésion de la population. Aujourd’hui, le dossier des climats est incontestablement un des meilleurs, mais il faut le rester”.

Soutenue par 52.000 personnes, la candidature a enregistré deux revers en janvier 2012 et janvier 2013 mais a été sélectionnée par le ministère de la Culture et devrait être présentée en janvier 2014 au centre mondial du patrimoine. Pour une inscription possible à l’horizon 2015. “L’Unesco ne va pas classer le vin mais le savoir-faire des hommes et l’environnement exceptionnel”, ajoute Yves Dauge. Les climats deviendraient alors le quatrième site bourguignon après Vézelay, Fontenay et Cluny.

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