Robert Parker, “l’avocat du vin” qui influence les goûts du monde

Bouteille de vin de Chorey-les-Beaune | Photo Jonas Jacquel

“J’en ai marre de ces Américains qui viennent pour boire le vin noté par Parker et ne daigne même pas goûter les autres”. Ce viticulteur, installé dans la côte de Beaune, est exaspéré par le comportement de certains vinophiles venus des USA.

Le guide de Robert Parler, “l’avocat du vin”, est une véritable bible outre-Atlantique. À tel point que les critères du célèbre goûteur ont influencé les producteurs de vin dans la fabrication de leurs produits, pour qu’ils collent “au goût Parker”.

“Ils viennent au domaine pour goûter le vin noté par Parker. D’accord, mais je sors aussi d’autres vins, pour faire une belle dégustation. Mais pas question pour eux d’y goûter si ce n’est pas dans le guide”, continue le viticulteur. “Quand c’est comme ça, je leur fais goûter, mais ensuite je fais comme si je n’en avais plus, que je ne peux pas leur en vendre”. En 20 ans, Robert Parker a acquis une influence unique sur les amateurs de vins, notamment américains.

En 1967, le jeune avocat découvre le vin à l’occasion d’une visite à sa petite amie, en France, en Alsace. C’est le début d’une vraie histoire d’amour entre le vin et l’ancien buveur de Coca-Cola. En 1978, il crée une newsletter de critiques : “The Wine Advocate”. Quelques années plus tard, il abandonne le barreau pour se consacrer à sa passion d’œnologue. La revue Wine Advocate a aujourd’hui 40 000 abonnés dans 37 pays.

“99 ou 100 points, et les ventes s’envolent”

“Il a été très, très influent dans les années 80-90″, confirme la directrice d’une agence de communication spécialisée dans le vin, installée à Dijon. “Un peu moins en Bourgogne qu’en Bordelais, mais tout de même. Les ventes s’envolent quand il note bien un vin”. Selon elle, le succès de Robert Parker, en dehors de ses qualités objectives de dégustateur, tient aussi à la forme : une note sur 100 points. “Le public américain est friand de guides, de barèmes…”. 98, 99 ou 100 points au guide Parker et c’est le succès assuré. Plus que ça même, les prix augmentent instantanément. Il n’est pas rare de voir la note sur une petite affichette mise en évidence chez les cavistes devant chaque vin validé par Parker.

“Attention, moi je ne critique pas Monsieur Parker”, reprend le viticulteur de la côte de Beaune. “C’est un très bon œnologue, qui a son propre goût, mais c’est normal. Ce qui me met hors de moi, c’est le comportement des consommateurs qui le suivent comme un mouton, sans exercer leur goût. La dernière fois que je suis allé déguster des vins, il y en avait un vin bien noté par Parker. Ça aurait été dommage de ne pas le goûter et, effectivement, il était très bon. Mais j’en ai aussi goûté quatre ou cinq autres”.

L’autorité qu’a Robert Parker sur le monde du vin a rapidement fait grincer des dents certains producteurs. Des protestations se sont notamment élevées quand, en 2011, il écrivait dans un tweet que “2011 allait être un millésime sans intérêt”. Même si le monde du vin n’apprécie pas forcément d’être aliéné aux critères d’une seule personne, il a bien compris qu’il y avait aussi à gagner.

L’homme qui uniformise les vins du monde entier

À tel point que certains producteurs sont allés jusqu’à modifier leurs vins pour mieux coller aux goûts du célèbre critique américain. Robert Parker aime les vins très forts en goût, puissants et boisés, “à l’américaine”. Ainsi, son avis a pris tellement de poids que certains vignobles tendent à produire des vins de ce style, pour se rapprocher du “goût Parker”. Une uniformisation du vin par la mondialisation, dont Robert Parker serait, contre son gré ou non, largement responsable, dénoncée par Jonathan Nossiter dans un passage de son documentaire “Mondovino”. Le critique, qui ne croit pas à l’existence d’un ” goût Parker ” a toujours défendu le fait qu’un vin soit intéressant parce qu’unique.

Depuis quelques mois, Robert Parker prépare sa retraite. Il a vendu “The Wine Advocate” à un fonds d’investissement asiatique. Mais il continuera d’assurer la dégustation de certains vins pour au moins les cinq millésimes à venir. Il aura, pendant 25 ans, fait la pluie et le beau temps sur le vin, en France et à l’étranger. Au-delà du personnage hors pair, son histoire soulève la question de l’importance des guides sur l’économie viticole.

“Ils décident beaucoup d’achats”, reprend la directrice de l’agence de communication. “Surtout au moment des foires aux vins, que ce soit dans les supermarchés ou chez les cavistes. C’est très important pour des nombreux consommateurs.” “Le guide Hachette des vins” ou le guide “Bettane et Desseauve” font office de référence en France. “Les concours aussi jouent un rôle crucial, surtout dans les ventes à l’export.”

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