Parc solaire, la Saône-et-Loire en pleine lumière

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Question facile : que trouve-t-on dans les prés de Chalmoux, petite commune agricole située en plein cœur du pays charolais ? Des vaches ? Mauvaise réponse. Depuis cet été, les ruminants ont été remplacés par d’étranges panneaux électriques, pour y produire non plus de la viande, mais de l’énergie.

Vendredi 27 septembre, l’entreprise Solaire Direct y inaugurait l’immense site de 22 hectares, qui fournira de l’électricité à 7.500 habitants. Soit plus de dix fois la population de la commune de Chalmoux. De quoi relancer l’énergie , distancée depuis plusieurs années par l’éolien, dans la course vers le renouveau énergétique. Alors face au vent, au nucléaire, le soleil a-t-il vraiment ses chances ?

“Le projet le plus important depuis la fermeture de la mine il y a 50 ans”

Sur ce qui était ses terres il y encore un an, le vieil agriculteur peine à trouver ses repères. Car en quelques mois, 33. 000 ovnis photovoltaïques sont venus se planter dans les prés de monsieur Marquet. Lui qui peinait à revendre son immense terrain de plus d’une centaine d’hectares, en friche depuis son départ à la retraite.

En avril 2009, le maire apprend par le biais de la Safer qu’une entreprise, Solaire Direct, cherche une surface disponible et “bien ensoleillée” pour s’y implanter, et l’idée germe. Mais 120 hectares, c’est beaucoup. Alors la collectivité le rachète pour le diviser en trois. Un tiers pour Solaire Direct, et les deux autres pour deux agriculteurs locaux, qui peuvent cette fois s’offrir un terrain plus petit.

L’occasion pour Thierry Lepercq, président de Solaire Direct, de marquer un premier point face à la concurrence : “L’énergie photovoltaïque n’est pas antagoniste avec d’autres types d’activités, surtout agricoles. Ici, c’était une friche, une déprise agricole, aucun jeune agriculteur ne l’aurait repris, compte tenu de sa surface”.

Une précision importante lorsqu’on sait les efforts de communication qu’il a fallu effectuer auprès de la population locale pour faire approuver le projet. , ministre du Redressement productif et ancien président du conseil général de Saône-et-Loire, a même dû appuyer le dossier à Paris pour l’accélérer après la parution du moratoire sur le photovoltaïque.

Mais ce vendredi 27 septembre, “l’heure est à la fête” pour le président de Solaire Direct. Guy Lavocat, maire de Chalmoux, est quant à lui ému de présenter “le projet de loin le plus important après la fermeture de la mine il y a cinquante ans”…

Dijon aurait besoin de 12% de sa surface pour s’alimenter en solaire

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Justement, l’énergie solaire peut-elle rivaliser avec les anciennes exploitations de charbon ? Pour comprendre, il faut regarder de plus près le fonctionnement de ce nouveau parc bourguignon – qui n’est d’ailleurs pas le premier puisque le département de l’Yonne en accueille un autre à Massangis, d’une puissance de 56 mégawatts.

Celui de Chalmoux se limitera à 10 mégawatts pour une production de 12 gigawatts / heure par an. De quoi alimenter en électricité 7.500 habitants, une manne d’énergie revendue par Solaire Direct et directement réinjectée depuis Chalmoux dans le réseau EDF. Mais à la vue de cette impressionnante surface recouverte de panneaux, une question demeure : le solaire n’est-il pas trop gourmand en surface, contrairement à une éolienne, à une centrale thermique ou nucléaire ?

Le calcul est rapide : avec un ratio de 22 hectares pour 7.500 habitants, il faudrait consacrer 12% de la surface de la ville de Dijon pour alimenter ses 160.000 habitants ! Considérable. À l’échelle du Grand Dijon, avec 260.000 habitants, mais une densité plus faible, il faudrait couvrir près de 8 km2 de terrain, soit 4% de l’emprise de l’agglomération.

Une centrale entretenue par des moutons

Mais pour Thierry Lepercq, la question ne doit pas se poser ainsi. Le président de Solaire Direct n’imagine pas ce genre de dispositif remplacer purement et simplement le nucléaire : “Les grandes installations de l’atome ont aujourd’hui intérêt à travailler avec une multitude de petites unités décentralisées”, explique-t-il.

Et leur durée de vie ? “Quarante ans garantis”, assure encore Thierry Lepercq. Soit l’âge de Fessenheim, la plus vieille centrale nucléaire française. Mais dans 15 ans, la technologie progressant, les panneaux photovoltaïques de Chalmoux seront remplacés par de nouveaux qui devraient être 25% plus efficaces.

Et les emplois ? Là est le point faible. Même si son directeur qualifie le solaire “d’énergie de proximité”, le parc de Chalmoux ne génère pas d’emploi. Il est entièrement téléguidé depuis le Sud de France, où Solaire Direct gère déjà 25 parcs. Quoique … si. Un emploi est généré, grâce au sympathique projet d’un jeune agriculteur qui développera un élevage de moutons au pied des panneaux pour entretenir le site.

“L’avenir du réseau électrique”

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Reste un facteur à prendre en compte, la compétitivité. “Avec un prix de vente à 10 centimes le kilowattheure, nous sommes aujourd’hui moins chers qu’une énergie nucléaire de type EPR, à 11 ou 12 centimes de l’heure”, affirme Thierry Lepercq, plein d’ambition pour l’avenir du secteur. “On est en train de transformer cette industrie d’artisans en une véritable industrie compétitive”.

Mais tirant toutefois le signal d’alarme. Depuis 2010, le moratoire sur le photovoltaïque et la suppression des aides de l’État sur l’installation de panneaux pour les particuliers, beaucoup d’entreprises sont en grande difficulté. On dénombre une baisse de 80% de volume raccordé en deux ans.

Alors pour sauver la situation, entre élus et patrons le jour de l’inauguration, on chuchote les détails d’un grand projet du ministre Arnaud Montebourg : nationaliser les entreprises de production de cellules photovoltaïques en difficulté, et développer en masse la filière… Car Thierry Lepercq en est certain, “le soleil, c’est l’avenir du réseau électrique”.

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