Pourquoi Dijon n’aura pas droit à ses climats

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Alors que la côte viticole se fait belle pour attirer le regard du Centre du patrimoine mondial – lumières nocturnes et feux d’artifice en guise de bijoux – la ville de Dijon, elle, regarde de loin les festivités. Le dossier de classification à l’Unesco des Climats de Bourgogne ne la concerne pas autant qu’il le pourrait. En effet, il fut un temps où Dijon aurait pu concourir avec ses vignes nombreuses. Mais le sort a voulu – ainsi que le snobisme puis l’appât du gain citadin – que les domaines ne prennent pas le grand tournant des climats, peu après la Révolution française.

Durant la semaine des climats, les Bourguignons se réapproprient en quelque sorte la connaissance de leur patrimoine – une “véritable civilisation du vin”. L’exposé de l’universitaire Jean-Pierre Garcia, coordinateur de Vignes et vins du dijonnois (éditions Terres en vues), jeudi 30 mai 2013, a apporté dans ce cadre des éléments sur les vignobles méconnus du “dijonnois”.

L’audience a appris comment elle était passée à “ça” des climats dijonnais.

Le vin dans les quartiers de Dijon

Un tibériade représentant les parcelles de vigne autour de Dijon
Un tibériade représentant les parcelles de vigne autour de Dijon | archives départementales de Côte-d’Or

Le cliché veut qu’on assimile la vigne à la bucolique campagne. Or si le bâti a repoussé depuis un siècle les vignes bien loin de nos étendues goudronnées, il n’en a pas toujours été ainsi. Au Moyen-Âge, les vignobles s’étendaient à perte de vue dans ce que l’on considère aujourd’hui comme nos faubourgs. Les Perrières, Porte-Neuve, et le village de Saint-Jacques aujourd’hui disparu sous le quartier des Bourroches étaient autant de terrains dédiés aux ceps de Bourgogne.

Près de Saint-Bénigne résidait une importante communauté religieuse cistercienne mais pas seulement. A l’époque de la Renaissance, c’est aussi le quartier des travailleurs du vin. Saint-Philibert est d’ailleurs leur paroisse et c’est depuis cet endroit – aujourd’hui un peu à l’abandon – qu’ils partaient à pied, à l’aube, pour gagner leur pain dans les rangs de raisins de Chenôve.

Jusqu’à la Révolution française, les vignes dijonnaises bénéficiaient d’une image de marque bien meilleure que leurs compatriotes de la côte. Les tonneaux recevaient un D majuscule en guise de label afin qu’on ne les confondent pas avec le petit vin de campagne. De nombreux celliers et pressoirs ont été inventoriés notamment dans les rues Monge, Crébillon, mais aussi place Emile Zola.

Et puis doucement… tout a changé.

Le Dijonnois a raté ses climats

“Les climats sont une invention moderne”, présente le spécialiste de géologie. En 1684 très précisément, à Gevrey, on parle pour la première fois de ce mot qui désigne une parcelle de vigne délimitée et ayant son caractère propre en fonction du sol, du cépage. Des critères faciles à déceler lorsque les feuilles se colorent différemment d’un domaine à l’autre à l’arrivée de l’automne. A Dijon, il faudra attendre 1694.

Mais quelle en est l’utilité ? En réalité, la vieille échelle de valeurs commence à se nécroser, Dijon n’a plus la cote à l’inverse du Clos de Bèze et de Chambertin qui deviennent de véritables stars des ventes de l’époque. Leur prix coiffe les autres au poteau ; ils se vendent au moins six fois le prix (au double tonneau) de ce que l’on trouve sur les autres parcelles.

Le Dijonnois se laisse dépasser par les côteaux qui cultiveront cet esprit de parcelles, tandis que la ville leur préfère les grandes étendues de gamet, vendu dans les grosses maisons de négoces en vin et en cassis qui feront tout autant la réputation de la région viticole à travers le monde. Mais en attendant, la qualité décroit, les terrains perdent en valeur, ils sont rachetés bon marché. La ville commence à phagocyter la vigne au XIXème, pour s’installer durablement et devenir celle que l’on connaît.

Alors non, Dijon n’a et n’aura pas de climats, même si chacun de ses quartiers (Le Chapître, Les Marcs d’Or, Les Poussots, Les Roses, Le Clos du Roy,etc. ) rappelle quelque chose de la vigne, dans un nom de rue, dans un vestige du passé…

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