Adoma : Vie intime et renaissance d’un foyer

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

“Un mois après l’incendie du , mon patron ne comprenait toujours pas pourquoi je n’allais pas bien. Moi, ça m’a mis une gifle, moralement…” Fred, 50 ans, ancien résident d’Adoma.

Le 13 novembre 2010, un pyromane précipite en une nuit le destin de nombreux résidents du foyer Adoma – ex Sonacotra. En mettant le feu à un local de poubelles, il provoque la mort de sept personnes, ainsi que la dégradation de plusieurs chambres.

Depuis 1971, le foyer hébergeait des travailleurs migrants dans 176 chambres de 7,5 à 15 mètres carrés – avec cuisines et sanitaires communs. C’est le cas de Beye Abdulaziz, résident depuis 1980, venu du Sénégal pour le travail.

Le Sénégal, la communauté, le deuil

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

“Il y avait une communauté sénégalaise forte dans le foyer. Nous habitions ensemble, nous mangions ensemble, nous vivions ensemble.

Le jour de l’incendie, j’étais là, je buvais le thé avec mes amis (aujourd’hui morts). Jusqu’à minuit, nous étions en train de discuter chez moi. Nous sommes allés nous coucher et une heure plus tard, on a entendu une alarme. Je suis descendu rapidement. Nous nous sommes rendus compte que deux de nos amis n’étaient pas en bas. Ils sont morts dans l’incendie. C’est moi qui leur ai parlé en dernier.

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

La suite a été dure. À cause des deuils. Et puis on a été séparés, et relogés dans différents foyers. Nous avions l’habitude d’habiter ensemble, entre copains. C’est dur, c’est dur… La famille de nos amis décédés n’ont jamais reçu les indemnités promises sous prétexte que nous n’appartenions pas à la communauté européenne alors qu’il existe des accords entre le Sénégal et la France. Nous tous, nos grands-pères, sont venus faire la guerre pour libérer la France.

Aujourd’hui, nous sommes de retour au foyer Adoma. Nous sommes tous ensemble comme à l’époque, on a reconstitué notre vie ! (rires) Savez-vous pourquoi on a souhaité revenir ici ? Parce que nous appartenons au même réseau de connaissances, à la même ville au Sénégal. Et nous vivrons ici jusqu’à notre retour au pays, au moment de la retraite. Toutes nos familles, nos femmes, nos enfants sont là-bas, depuis trente ans.”

Par la suite, le foyer a accueilli des travailleurs précaires éprouvant des difficultés à trouver un logement. Un hébergement temporaire d’un an renouvelable une fois. C’est le cas de Fred, 50 ans, magasinier.

La fumée, la chaleur, le super petit appart’

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

“J’ai habité cinq ans ici. Arrivé en décembre 2005, reparti le 14 novembre 2010. J’étais là quand ça a flambé. À l’intérieur. Je me suis réveillé à une heure du matin grâce aux alarmes, je me suis retrouvé comme un con, enfermé. J’ai essayé d’ouvrir la porte de ma chambre, il y avait de la fumée, de la chaleur, je ne pouvais pas.

Après, j’ai attendu que ça évacue, j’ai écouté les consignes des pompiers. Je suis descendu dans le hall du bas. Je me suis retrouvé à cinq heures du matin au palais des congrès, j’ai appelé des amis pour qu’ils viennent me chercher à huit heures, après, ça a été plein de solidarités.

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Le 13 décembre, j’avais déjà un petit appartement, superbe, de 36 m2, proposé par la cellule de crise. J’y vis encore. Quand je suis arrivé à Dijon, le foyer Adoma, c’était trois-quatre mois au départ. Je venais de Toulouse, je suis arrivé juste avec un sac.

Il y avait des communautés de migrants, moi je m’entendais bien avec tout le monde, il était très gentil. C’est un immeuble comme un autre à part qu’il y a quelqu’un d’autre qui a les clés. Il n’y a pas plus de choses bizarres qu’ailleurs… Souvent on fait vite le raccourci, Sonacotra, Sonacotra… On était plein à travailler et à rentrer le soir, quoi. À l’époque, je payais 324 euros toutes charges comprises sans impôts locaux.

La nouvelle résidence propose aujourd’hui des chambres de 15 m2, et a renforcé sa sécurité. Le bâtiment a été inauguré par le maire de Dijon le vendredi 27 septembre 2013 en présence de la ministre de l’Égalité des territoires et du Logement, .

Les commentaires sont clos.