Un “beau jardin public” contre la spéculation immobilière

François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon | Photo Jonas Jacquel

François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon | Photo Jonas Jacquel

Ils attendaient la ministre et le cortège d’élus de pied ferme. Les syndiqués CGT de l’entreprise Parvex (groupe Parker) ont saisi l’occasion rêvée de coincer le sénateur-maire de Dijon en compagnie de dans les rues de la Fontaine d’Ouche alors que ceux-ci inauguraient le foyer Adoma rénové.

En quelques banderoles marquées à la peinture rouge, le décor est planté. L’activité de ces spécialistes des moteurs de haute qualité sera bientôt délocalisée en Europe de l’Est, condamnant 80 emplois sur un peu moins de 160 à Dijon.

Opération immobilière, rentabilité fiscale, dumping social, le mastodonte américain (13 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2012, figurant au top 300 des entreprises américaines) qualifié de “vautour” a asséné le “coup de massue” mercredi 25 septembre à ses salariés désormais engagés dans la lutte sociale. Le maire promet de les aider. Cécile Duflot aussi.

Mais en ont-ils vraiment le pouvoir ?

Photo Jonas Jacquel

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Elle va tout dire à Montebourg

Cécile Duflot, honneur aux dames, écoute consciencieusement la cause de Bouchta Maach, délégué du personnel de Dijon, et de ses collègues. Ils se sont tous unis – sauf quelques cadres dirigeants – à l’annonce de la foudroyante nouvelle. Les salariés du leader mondial du moteur industriel et aéronautique se serrent déjà les coudes à travers toute la France, où 225 emplois seront mis en péril, sur 13 usines, 12 sont touchées par la restructuration du groupe .

Dijon paie le plus lourd tribut en termes d’emplois – 81 licenciés – avec Annemasse – 101 licenciés. Les salariés de la se sentent déjà proches de la lutte des TRW – ces 148 ouvriers de l’automobile licenciés à Longvic. “C’est le stratagème des groupes puissants américains, ils prennent des décisions, après c’est le rouleau compresseur, les lois françaises et tout le reste, ils s’en fichent”, se plaignent les salariés assemblés devant les grilles de l’usine.

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“Je vous promets de transmettre le dossier à Arnaud Montebourg”, avance Cécile Duflot. Dossier qui devrait retomber directement sur le bureau du commissaire local au Redressement productif, Christophe Lerouge, d’ici quelques jours. L’enjeu sera de trouver une solution à cette usine dont une grosse partie de la production devrait être délocalisée en Tchéquie (où le salaire minimum s’élève à 312 euros par mois) et une partie de la comptabilité en Pologne.

Il va jouer au poker

fait face aux syndiqués : “Je vous assure que je n’étais pas au courant !” – derrière on grince : “Je le crois, les Américains, c’est bien leur genre de contourner les élus”. Les salariés ont reçu comme information de leur comité d’entreprise que la gestion financière se faisait déjà en Suisse et que le stock de matières premières s’y trouvait également. Tous les yeux se tournent sur le paradis fiscal, avec de gros soupçons sur la bonne foi de l’entreprise en matière de taxes reversées à la France.

Tout aussi sceptique quant aux intentions du groupe, le premier homme de Dijon veut d’ores et déjà se battre aux côtés des travailleurs dijonnais. Lui, porte ses soupçons sur une probable opération immobilière – ce à quoi il a déjà été confronté une fois : “S’ils veulent faire un coup immobilier, en revendant ce terrain, nous les en empêcherons”. Celle-là, ils ne l’emporteront pas au paradis.

La municipalité a en effet la possibilité de transformer juridiquement un terrain en espace de jardin, inexploitables pour du bâti. Après cela, il ne vaudra plus rien : juste un euro symbolique !” Le maire, sourire complice aux lèvres, se dit complètement prêt à transformer l’immense espace en un “beau jardin public”. Une interprétation “verte” de la politique de la terre brûlée ? Une promesse, en tous cas, faite ce vendredi 27 septembre 2013, devant tous les salariés de l’usine de Dijon.

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: Yes we can !

“En tant qu’adjoint à l’urbanisme, je me ferais une joie de créer un parc public en lieu et place de cette surface.” Pierre Pribetich suivra le maire avec plaisir. Croit-il vraiment avoir une force de frappe ? “Un élu local est en capacité de bloquer un projet dans la mesure où on sait très bien – mais ça reste à confirmer pour ce cas précis – qu’un terrain comme celui qu’occupe Parvex représente un enjeu financier. L’idée est que cet élément entre dans la négociation.”

“Nous voulons que ceux qui détiennent les capitaux de cette entreprise n’utilisent pas comme variable d’ajustement et variable financière ce terrain qui transformé en tènement foncier, peut être d’un apport financier extrême (un bénéfice de plusieurs millions d’euros), s’il était transformé en opération immobilière, ce qui ne sera pas le cas puisque la Ville s’emparera alors aussitôt du dossier.”

“Le but est de sauver l’emploi salarié puisqu’un travail de qualité était effectué par cette entreprise”, poursuit l’adjoint. En effet, l’entreprise était bien connue car implantée dans la région depuis plus de trente ans, elle produisait les moteurs des boosters présents dans les fusées Ariane, et d’autres installés dans les chars de l’armée. Les salariés savent que d’ici trois mois, le choix des 81 postes supprimés sera divulgué aux personnes concernées – et pas avant, nouvelle procédure de l’ANI oblige.

Les salariés croient que les derniers survivants à l’opération profiteront d’un court répit avant la délocalisation totale. “Pendant un moment, ils auront besoin de personnels pour transférer la production à l’étranger, dès que nous ne serons plus que 80, nous n’aurons plus de comité d’entreprise pour nous défendre, plus de possibilités pour lutter comme nous le faisons aujourd’hui. Et déjà, ils louent des locaux dans le Grand Dijon, ils quasiment largué les amarres.”

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