L’école à l’épreuve du numérique

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Oubliez le tableau noir et le cri de la craie blanche dessus. Les salles de classe, de la maternelle au lycée, se modernisent et ont déjà enclenché leur mutation vers le numérique.

Mercredi 25 septembre, le Palais des congrès de Dijon accueillait le salon Eduk@ 2.0, le salon des éditeurs et du numérique éducatif. Les stands étaient remplis de tablettes, d’ordinateurs et de gadgets en tous genres. Mais à quoi ça sert ? Et surtout, est-ce que ça fonctionne ?

Bienvenue dans la nouvelle école

Le salon était l’occasion pour les exposants de présenter les dernières avancées dans le domaine de la pédagogie numérique et les logiciels les plus récents pour faire “apprendre mieux”. Déjà installés depuis quelques années dans les collèges et lycées, les tableaux interactifs sont mis à l’essai. Des démonstrations sont faites, quelques professeurs s’y essayent, quelques fois avec difficultés. “Les profs ont eux aussi besoin d’apprendre à se servir de ces dispositifs”, glisse Clément. Il représente Madeuxièmeécole.com, qui ne propose des solutions que numériques, un site Internet avec une vaste base de données de vidéos, d’exercices et de leçons.

Il est partisan de la stratégie de l’école inversée, importée du Canada. “Les élèves s’approprient leurs leçons chez eux, en regardant nos vidéos, en faisant des exercices de découverte que l’on propose. Une fois de retour en classe, le professeur a déjà une base sur laquelle il va pouvoir travailler avec son groupe”. L’idée est simple. Contrairement à la méthode d’enseignement classique (l’élève va en cours, le prof fait la leçon, l’élève fait ses devoirs chez lui), lui propose un cheminement inverse : l’élève apprend en amont du cours, le professeur approfondit en classe et propose des exercices selon les niveaux de ses élèves.

À côté, un stand contraste avec celui de Clément, simple au possible, sur lequel trônent iMac et iPad. C’est celui de Frédérique, qui présente le logiciel Apica. Il est censé pouvoir “piloter” une classe équipée en tablettes. “Il créé une plate-forme en Wifi en interaction avec un PC et des tablettes tactiles. L’enseignant va par la suite déposer les ressources qu’il veut dessus : des vidéos, du texte, de l’audio, des players-enregistreurs… qui permettront de structurer son cours”, explique la jeune formatrice.

Une équation se forme alors : élèves + tablettes tactiles = distraction ? Frédérique coupe court cette spéculation : “mes élèves, s’ils sont un minimum curieux, sont plus concernés et concentrés sur leur devoir ou leur tâche”. D’autant plus que le logiciel en question donne les pleins pouvoirs à l’enseignant “qui peut décider de si ses élèves peuvent surfer sur Internet, et si oui, sur quels sites”. Elle rajoute avec malice que les tablettes ont en général un large panel de réglages empêchant les utilisateurs d’installer les applications qu’ils veulent.

“Le numérique est complémentaire”

Des tablettes, des sites ressources numériques pédagogiques, des projecteurs interactifs et même des imprimantes 3D. Mais finalement, tout ça, est-ce vraiment bien utile ?

De l’avis de tous, oui, évidemment. Beaucoup pointent le fait qu’il y a quelques années, les professeurs craignaient que le “tout-numérique” les remplace. “Alors que pas du tout”, analyse Clément, “les deux sont complémentaires, mais le prof est indéboulonnable”. “Par rapport au papier, c’est interactif et c’est enrichi par de l’audio et de la vidéo. Les manuels de cours ne sont pas forcément mis à jour, avec ce dispositif on reste aux dernières nouvelles”, rajoute Frédérique.

Seulement, si les outils numériques sont prêts à être utilisés en tant que tel, c’est au professeur de se les approprier et les utiliser au mieux. Exactement ce que fait Françoise, enseignante en science et vie de la Terre en Saône-et-Loire : “Le numérique c’est un outil, pas un divertissement. Moi, j’ai une classe de terminale où j’ai demandé aux élèves de prendre en photo avec leur smartphone leur prise au microscope. Ils m’ont envoyé leurs résultats par mail et on a pu comparer l’ensemble. Le travail devient collaboratif”.

Denis, qui expose des imprimantes 3D, voit même plus loin. Les imprimantes, “plus sûres et moins dangereuses que les tours ou les fraiseuses” permettent aux élèves de se familiariser avec la modélisation en trois dimensions, “qui devient de plus en plus simple avec les logiciels qui se développent”. Surtout que cette imprimante un peu spéciale pourrait être, à terme, une modification du système économique tel qu’on le connaît : chacun pourra “imprimer” chez soi les objets et biens qu’il souhaite.

“Le numérique enlève un certain nombre d’émotions”

Loin d’être la révolution tant redoutée, l’arrivée du numérique se fait finalement en douceur dans les salles de cours. Cette aide complémentaire change également l’approche des professeurs vis-à-vis de leurs élèves. Clément explique qu’avec les ressources de son site, les enseignants “sont satisfaits parce qu’ils ne sont plus au tableau, mais avec les enfants, de l’autre côté du bureau. Ils sont dans une autre posture et donc une autre approche des cours”.

Françoise constate également un changement dans le comportement de ses élèves. “Ils utilisent souvent leur portable à un escient qui n’est pas celui du travail, mais ils réalisent, grâce à l’intervention numérique, que leur smartphone ou leur tablette peut devenir un outil, et non plus une seule source de divertissement”.

Au fond du salon, on découvre Damien, qui représente l’éditeur de livres Belin. Des livres bien physiques ceux-là, qui s’étendent sur de longues tables et qui attirent du monde. “Le numérique ne représente qu’un quart de la demande, le papier remplit le reste. On ne peut pas remplacer le professeur et le livre sera toujours présent. Le numérique ce n’est pas la fin du livre”.

Et Françoise conclut avec sagesse que “le numérique ne fait pas tout : on a besoin de la parole, de l’écrit, du dessin. La main ne peut pas être remplacée. On n’aura jamais le tout-numérique, on a besoin du relationnel, de communiquer, d’expliquer, et le numérique enlève un certain nombre d’émotions”.

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