Rentrée, cours, intégration… et bizutage

L'université de Bourgogne Franche-Comté verra le jour en 2014 | Photo Jonas Jacquel

L'université de Bourgogne Franche-Comté verra le jour en 2014 | Photo Jonas Jacquel

Qui dit rentrée universitaire ou des grandes écoles, dit journées ou week-ends d’intégration. Des moments qui peuvent déraper comme l’assure le Comité national contre le bizutage (CNCB) qui a recensé 31 plaintes en 2012.

Les militants et militantes de l’Uged Solidaires prennent les devants et ont envoyé un courrier au président de l’, Alain Bonnin pour lui demander de prendre une “position claire quant aux dérives et aux actes humiliants qui se déroulent durant ces journées et week-end d’intégration”.

En théorie, le bizutage est interdit en France depuis 1999. Dans les faits, selon le syndicat, cette pratique serait toujours – bien – présente. L’année dernière, la faculté de médecine de Lille 2 avait été pointée du doigt suite à un bizutage qui avait dérapé. Cette année, le doyen a décidé de frapper fort et a alerté par mail les étudiants de 2ème, 3ème et 4ème année, les parents et même la presse…

A Dijon, le syndicat relève plusieurs “infractions”. “Le 11 septembre 2013 nous avons nous-mêmes vu des étudiants place Wilson, le visage couvert de farine, victimes d’actes s’apparentant au bizutage”, assure le syndicat dans son courrier. “Des professeurs nous ont également signalé avoir vu, place Grangier, des étudiants couverts de goudron et de plumes et d’autres en train de mettre la tête dans des seaux d’eau remplis de têtes de saumons”.

Pour l’Uged Solidaires, les pressions seraient telles que les étudiants qui désiraient porter plainte se sont finalement rétractés. Et de dénoncer “l’ambiguïté” de la position de l’équipe universitaire : “Il existe en effet des conflits d’intérêts, puisque les élus étudiants appartiennent pour la majorité aux corporations qui font perdurer ces pratiques scandaleuses”.

Pour en savoir plus, lire le courrier ci-dessous.

“Cette rentrée est l’occasion pour de nombreuses associations et corporations étudiantes d’organiser, sous différentes formes, l’accueil des primo-entrants. Nous souhaitons aujourd’hui vous interpeller sur ces journées d’intégration et les dérives qui en sont indissociables. En effet, les pratiques observées lors de ces journées et week-end d’intégration ne sont pour la plupart rien d’autre que des faits dégradants et humiliants que la loi définit comme du bizutage.

Le 17 juin 1998, la loi n°98-468 fait du bizutage un délit. Le fait pour une personne d’amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants lors de manifestations ou de réunions liées au milieu scolaire et socio-éducatif est puni de six mois d’emprisonnement et de 7500 Euros d’amende.

Le consentement étant une notion flou, la limite entre rencontre bon-enfant et bizutage est pour tout un chacun difficile à percevoir, qu’ils soient responsable ou jeune étudiant.

Nous nous adressons à vous aujourd’hui car des faits de ce type nous ont été rapportés et méritent d’être portés à votre attention :

Le 14 septembre 2012, une fausse réunion d’information a eu lieu dans le département Gestion des Entreprises et des Administrations de l’IUT. Au milieu de l’appel de la professeure, des élèves en deuxième année, cagoulés, ont investi la salle et ont poussé les étudiants à les suivre. Il s’est révélé que cette réunion n’était qu’un prétexte mis en place avec la complicité de la professeure en question, pour rassembler tous les élèves et les amener plus facilement à participer à ce qui s’est révélé être un bizutage. Les étudiants de première année ont été attachés deux par deux, par les poignets et les chevilles et emmenés à divers endroits de la ville. C’est sur les places principales que les actes les plus humiliants ont été commis : obligation à mendier, aspersion de liquide et d’aliments douteux sur le visage et les vêtements etc.

Le 11 septembre 2013 nous avons nous-mêmes vu des étudiants place Wilson, le visage couvert de farine, victimes d’actes s’apparentant au bizutage.

Des professeurs nous ont également signalé avoir vu, place Grangier, des étudiants couverts de goudron et de plumes et d’autres en train de mettre la tête dans des seaux d’eau remplis de têtes de saumons.

Les pressions sont telles que les étudiants qui désiraient porter plainte se sont finalement rétractés.

Si l’université ne cautionne pas le bizutage, le financement par celle-ci des week-end d’intégration et l’implication de certains professeurs institutionnalisent et légitiment tous les faits qui s’y déroulent, qu’ils soient légaux ou illégaux.

Nous tenons à revenir sur l’ambiguïté de la position de l’équipe universitaire. Il existe en effet des conflits d’intérêt, puisque les élus étudiants appartiennent pour la majorité aux corporations qui font perdurer ces pratiques scandaleuses. C’est ce qu’on peut voir avec la lettre de mise en garde contre le bizutage, envoyé par le Vice Président de l’Université, élu Associatifs et Indépendants. Rappelons que Associatifs et Indépendants est le titre qu’utilise Génération Campus pour se présenter aux élections, regroupant la majorité des corporations de l’Université.

Nous dénonçons ces pratiques humiliantes et scandaleuses qui n’ont pas lieu d’être à l’Université.

Nous exigeons une position claire de l’administration et des mesures en conséquence : prévention et sanctions, à la hauteur des actes commis.

Nous nous engageons de notre côté à combattre de front le bizutage, quoi qu’il advienne”.

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