La Côte-d’Or doit-elle craindre une montée du Front national ?

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Les braves soldats du Front national se mettent peu à peu sur les rangs. Objectif : les . Face à une gauche en échec de gouvernance et une droite en pleine implosion, les projecteurs se braquent sur le parti de Marine Le Pen.

En Côte d’Or, les listes se préparent et le Front national va présenter un nombre inédit de candidats. Seulement, beaucoup sont jeunes, inexpérimentés, bref, des candidats que l’on pourrait considérer comme étant de “seconde main”. Alors la menace FN : exagération médiatique ou vrai danger ? La Côte-d’Or aura-t-elle des conseils municipaux frontistes en 2014 ?

Pour Paul Alliès, professeur de droit et membre du secrétariat général à la rénovation auprès du ministre Arnaud Montebourg, “il ne faut pas avoir trop peur du FN”. Invité de la section PS de Dijon pour un débat sur la montée des extrêmes la semaine dernière, il a pointé du doigt “un emballement médiatique”, sans toutefois remettre en cause “la banalisation du Front national”.

Mais il ne faut rien surestimer : “Depuis 10 ou 20 ans, le Front national tourne autour de 16%, 17%. Parler d’un score de 35%, c’est ridicule”. De son côté, , député PS de la première circonscription de Côte-d’Or, est plus prudent : “Il y a une hausse du FN depuis les années 90 donc il faut se méfier”.

“Une extension chez ceux que Marine Le Pen appelle les Invisibles”

Il faut bien reconnaître pourtant que le Front national se répand, s’étend, “surtout dans les milieux ruraux, en déserrance, chez ceux que Marine Le Pen appelle les Invisibles”, observe Paul Alliès. “C’est encore plus marquant dans le périurbain, où les services publics disparaissent et où les gens se sont endettés pour s’acheter leur pavillon”.

Pour le vérifier, il suffit de regarder la carte ci-dessous. Plus la couleur est foncée, plus le score du FN aux élections cantonales de 2011 a été grand.

On peut rapidement identifier les “zones à risques”, autour des grandes villes, Beaune, Dijon, Chevigny, Châtillon, Montbard… Mené par Marine Le Pen, le Front national a fait son chemin dans les zones résidentielles périurbaines jusque là épargnées par le vote d’extrême droite. Même si le Front national départemental dit viser des grandes villes comme Genlis, Châtillon-sur-Seine ou Beaune, pour Paul Alliès “le danger est dans les petites communes”.

La Côte-d’Or présente un profil territorial favorable au Front national de Marine Le Pen. Mais est-elle une terre d’extrême droite pour autant ? “Le Front national n’apparaît qu’en 1972, mais il existait déjà, dans le département, des réseaux extrémistes”, détaille Jean Vigreux, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne.

“Le paradoxe en Côte-d’Or, c’est que ce n’est pas le milieu populaire qui a adhéré en premier au Front national. C’était plutôt les riches, le monde viticole, par peur de la mondialisation, même s’ils en profitent particulièrement”. Le monde viticole, républicain, progressiste et anticlérical, a subi un tournant dans les années 70-80, créant des appuis solides au FN dans le département.

Un programme plus lisse pour les Municipales

Comment le Front national a-t-il pu s’insinuer ainsi ? “Le FN ne politise pas trop son programme pour les Municipales, en se concentrant sur les questions locales, pour ratisser large”, démontre Paul Alliès. Un constat partagé par le sociologue Michel Wieviorka dans un entretien à l’AFP : “Le FN va probablement jouer sur [sa] tension entre respectabilité et contestation pour les deux scrutins à venir : pour les Municipales, on tirera du côté de la respectabilité, pour les Européennes, on sera dans la protestation, dans l’excès”.

Avec un discours d’apparence moins extrême, focalisé sur des questions économiques et sociales, en présentant des têtes jeunes (26% des têtes de liste FN ont moins de 40 ans, 14% ont moins de 30 ans) et neuves (33% sont candidats pour la première fois), le Front national espère changer son image. Il progresse et se respectabilise.

“Le FN est un parti d’origine fasciste, qui est issu d’une tradition de nationalisme agressive de xénophobie, qui a seulement remplacé l’antisémitisme par l’islamophobie, qui marche bien dans les classes moyennes”, martèle Paul Alliès. Mais il le reconnaît : “Aujourd’hui, la pédagogie ne suffit plus”.

Conseiller municipal d’opposition et co-listier d’Alain Houpert pour l’UMP pour les Municipales à Dijon, n’est pas de cet avis. “Notre devoir s’est de comprendre l’exaspération des gens, et de leur expliquer, leur montrer la vérité de l’extrême droite, les références historiques du Front national”. Pour Laurent Grandguillaume, le danger “vient plutôt des personnes qui se présentent sans étiquette pour se faire élire et ensuite se révèlent être du Front national”.

“Le FN ne cherche pas à prendre les villes, mais prépare les Régionales”

Y-a-t-il vraiment un risque que des conseils municipaux passent sous les couleurs du FN ? Pour Paul Alliès, ce n’est pas la stratégie du Front. “Ils ne veulent pas prendre les villes. Ils ne pourront pas gagner les grandes de toute façon. La tactique, c’est de tisser un réseau d’élus en prévision des élections régionales, où ils vont poser un vrai problème. Au niveau national, le FN est en train d’implanter des jeunes pour prendre 5 ou 6 régions grâce à des coalitions”.

“Il y a un risque d’avoir des élus, peut-être des mairies Front national”, redoute Laurent Grandguillaume. “On n’est jamais à l’abri”. Laurent Bourguignat, lui, est catégorique : “En Côte d’Or, je ne pense pas qu’il y ait ne serait-ce qu’un chef-lieu de canton qui tombe aux mains du FN”. Il insiste sur la responsabilité de son parti : “Je suis absolument opposé à toute alliance. J’appelle tout les responsables de la droite et du centre : aucune compromission n’est possible avec l’extrême droite”.

“Je ne suis pas devin, on verra le résultat des élections”, ajoute Jean Vigreux. “Mais j’ai remarqué quelque chose de nouveau. Sur l’axe Saulieu-Avallon, ou dans l’Auxois, il y a des affiches du FN partout. Elles y restent et ne sont pas recollées. Cela montre bien qu’il y a une implantation du Front national.”

Les commentaires sont clos.

  1. oui le front national vous colle aux fesses et vous allez bientot le savoir,on ne veut plus de la droite et de la gauche..finit les bonnes places sur le dos du peuple…

    bons fauteuils le dimanche 16 février 2014 à 17h24