Dijon déteste-t-elle vraiment ses voitures ?

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Des voies pour automobiles rétrécies, des feux rouges moins conciliants, des artères de cœur de ville piétonnisées et des places de parking détruites au profit de grandes places pavées pour les piétons… La municipalité dijonnaise souhaite-t-elle la disparition totale des voitures au centre-ville ?

S’il est évident qu’elle assume aujourd’hui une volonté d’éloignement des moyens de transport individuels et polluants de son centre historique, la question de l’accès au centre-ville est aujourd’hui sur toutes les lèvres des Dijonnais… Après un an de mise en service du tramway et à six mois des élections municipales, petit point de situation sur un sujet qui a toujours été brûlant dans la capitale bourguignonne.

Le parking, cette surface si convoitée

Samedi 21 septembre, rue Jean-Jacques Rousseau, en plein après-midi, pas facile de garer sa voiture. Encore moins quand quelques citadins ont décidé d’occuper des places de parking d’une façon bien étrange…

En effet, ce jour-là, une vingtaine d’emplacements situés entre la place de la République et la rue Monge ont été investis pour organiser la déclinaison dijonnaise d’un mouvement international : le Park(ing) Day.

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Une journée durant laquelle des volontaires décident d’aménager de façon loufoque ou militante les 12 mètres carrés d’une place de parking. Un petit bout de gazon ou une nappe étendus par terre, un parasol et une table, afin de provoquer l’interrogation parmi les passants et “pousser à une réflexion sur l’espace que prend la voiture au centre-ville”, comme l’envisage une participante rencontrée au gré de la balade.

Un espace qui pourrait donc être réaménagé et utilisé de manière plus “sociale”. Ainsi ce samedi, on pouvait croiser au hasard des rues, l’équipe d’A4 designers, l’association de cyclistes urbains Evad, quelques créateurs d’entreprises venus profiter de l’événement pour communiquer sur leur projet, ou encore le collectif d’architectes Fakir. Eux avaient tout simplement réussi à installer sur la surface un véritable appartement/studio, avec sa chambre, sa cuisine et sa petite salle d’eau. Le tout pour “créer un espace de partage, chercher la provocation et donner l’envie de voir les choses autrement”, comme nous l’expliquait, amusé, l’un des membres du collectif.

Une politique anti-voitures trop brutale ?

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Mais si le happening n’a pas manqué d’amuser les piétons, il a beaucoup moins fait rire les commerçants de la rue Jean-Jacques Rousseau. Déjà remontés contre la disparition du parking de la place de la République, certains n’ont pas supporté de voir disparaître la seule place de parking restant devant leur échoppe. La police a été appelée, la préfecture également, mais en vain, le Park(ing) day avait toutes les autorisations nécessaires. Les participants ont payé leur emplacement au parcmètre, il leur appartient durant le temps de la location !

Il faut dire que depuis l’inauguration du tramway de Dijon, les commerçants n’ont pas été ménagés. Si certains s’estiment largement gagnants avec la piétonnisation du centre-ville, d’autres, ni concernés par le tracé du tramway ni par le pavement de leur rue, accusent le coup. La plupart affirment que la politique de “leur a fait perdre de 25 à 30% de chiffre d’affaires”. Alors pas question cet après-midi de leur parler de révolution dans les usages de transports. Ils n’y croient pas. “Ou alors si, mais pas de manière aussi brutale !”

La soudaineté du changement des habitudes de transports, voilà ce qui ressort globalement des discussions de café, depuis l’installation du tramway de Dijon. Dans la théorie, tout le monde est pour la disparition des voitures à terme… mais pas dans la pratique. Du moins pas si brusquement, au risque de favoriser les grands centres commerciaux de la périphérie.

Plus de place au centre-ville qu’à la Toison d’Or

Car voilà finalement la grande crainte des commerçants du centre-ville : voir les clients se diriger tout droit vers la Toison d’Or ou le Grand marché Quetigny, découragés par la difficulté d’entrer au centre-ville.

Pour autant, ce déséquilibre dans les équipements urbains offerts au centre-ville et à la périphérie est-il vraiment justifié ? Le débat est sans fin et existe depuis l’installation en 1968 du premier hypermarché Carrefour. S’il s’est surtout cristallisé lors de l’installation en 1990 de la Toison d’Or, il s’est renouvelé avec le dévoilement du tracé – polémique – du tram. Mais ni l’un ni l’autre n’est mort entre temps.

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

D’ailleurs, on doit justement la création du parking souterrain de 500 places sous la place Darcy à l’arrivée de la Toison d’Or. Robert Poujade l’avait promis aux commerçants pour calmer la fronde, d’abord sous la place de la Libération, puis sous les Halles.

Et aujourd’hui alors ? Tandis que l’immense centre commercial inaugurera son agrandissement le 31 octobre prochain, avec désormais 4.000 places de parkings, le centre-ville est-il lésé ? Pas si sûr, puisqu’il jouit de 2.300 emplacements en surface, et 2.600 en ouvrage ! Donc avec près de 5.000 places de parkings, le centre-ville reste techniquement, mieux loti.

Alors certes, l’accès y est payant et plus difficile qu’à la Toison d’Or, mais c’est sans compter sur la fameuse “révolution dans les usages” promise par la municipalité…

Et si l’on donnait le temps au temps ?

Et pour ce faire, elle est prête à tout pour l’imposer dans le quotidien des Dijonnais. L’agrandissement du périmètre taxable du centre-ville vers l’avenue Victor Hugo et le quartier Montchapet sont même en débat. Et ce n’est pas tout : le 30 septembre seront inaugurées par François Rebsamen les premières voitures en autopartage, grignotant encore une dizaine d’emplacements stratégiques dans la ville.

De quoi faire sauter l’opposition municipale sur la question. Elle qui propose depuis deux ans la création d’un nouveau parking en ouvrage au niveau de la place du 1er mai et désengorger l’actuel parking des Corroyeurs (prévu sur les plans pour être supprimé dans le cadre de la Cité de la gastronomie), en fera probablement l’un des axes phares des Municipales. De son côté, Édouard Cavin, le candidat Front national promet d’ores et déjà “de revenir sur la décision d’éloigner la voiture du centre-ville”.

Mais si la solution était de voir les choses sous un autre angle ? De ne plus se focaliser sur la disparition du passé, mais la création de l’avenir. Pour encourager les habitants des banlieues à prendre le tram les parkings relais, créés il y a quelques années déjà, attendent sagement d’être (enfin) utilisés. Même chose pour les cyclistes, qui pourront bientôt profiter de parking-relai Divia aux abords des grandes stations de tram.

Qu’on le veuille ou non, la révolution des usages se fera, soit par la force, soit par le temps. À Dijon, ce sera par les deux.

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