Aéroport Dijon-Bourgogne : Les élus se renvoient la faute

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Alors que les réactions se multiplient, , sénateur de la Côte-d’Or et président du conseil régional de Bourgogne, , sénateur-maire de Dijon et , président de la CCI Côte-d’Or ont décidé d’envoyer un courrier à .

Pour rappel, le président du conseil général de Côte-d’Or a fait part, lundi 16 septembre 2013, de son intention de ne plus financier l’aéroport Dijon-Bourgogne à partir du 31 mai 2014. “Passé l’euphorie du coup de communication, nous ne sommes pas certains que vous ayez bien mesuré toutes les conséquences de votre initiative”, écrivent les trois hommes dans ce courrier rendu public vendredi 20 septembre.

En reniant votre parole, vous trahissez la confiance des nombreux acteurs concernés par l’avenir de cet équipement

Le 2 septembre dernier, les différents partenaires s’étaient pourtant réunis pour trouver un accord. Il devait être délibéré par les différentes collectivités dans les semaines qui viennent. La commission permanente du conseil régional a ainsi reconduit le projet Renaissance il y a quelques jours en tablant sur une ambition de 40.000 visiteurs annuels. “En reniant votre parole, sans même attendre le résultat de l’appel d’offres, vous trahissez la confiance des nombreux acteurs concernés par l’avenir de cet équipement”, ajoutent les trois élus.

Quelques heures plus tard, c’était au tour de François Sauvadet de répondre, là aussi par le biais d’un courrier public. “Je tiens à vous réaffirmer, comme je vous l’avais indiqué dans mon courrier en date du 16 septembre 2013, que la décision du conseil général de la Côte-d’Or concernant l’aéroport de Dijon-Bourgogne est irrévocable”, assure-t-il.

François Sauvadet veut engager le dialogue avec Dôle

Et François Sauvadet enchaine les arguments : “contexte budgétaire de crise accentué par les décisions de l’État, échec constaté du projet et aucun projet viable de substitution, sous-évaluation des coûts, gestion erratique”.

“Faut-il continuer de dépenser sans compter l’argent public pour maintenir sous respiration artificielle un aéroport qui n’est pas viable ? Un aéroport dont François Rebsamen lui-même a déclaré qu’il n’était « pas vital » pour l’agglomération dijonnaise, dont François Patriat a jugé qu’il n’était « pas à dimension régionale », et dont la CCI se désengagera à partir de la fin du mois de mai 2014 !”

François Patriat, François Rebsamen et Patrick Laforêt d’ajouter : “L’ensemble des partenaires, dont vous faites partie, a travaillé cet été à l’élaboration d’un projet raisonné pour l’aéroport de Dijon, un projet qui écarte le financement de vols à bas-coûts par des fonds publics. Un projet reposant sur le principe d’un engagement solidaire qui semblait acceptable par l’ensemble des parties”.

François Sauvadet fixe lui un ultimatum : “Afin de permettre à la région Bourgogne et au Grand Dijon d’entamer des négociations avec Dole, les engagements du conseil général de la Côte-d’Or seront tenus et je proposerai, comme je l’avais indiqué, à la prochaine session le vote d’un crédit de 432 000 euros jusqu’à mai 2014, pour solde de tout compte”.

Lire les courriers ci-dessous

Lettre ouverte de François Rebsamen, François Patriat et Patrick Laforêt

“Lettre ouverte à Monsieur François Sauvadet, Président du conseil général de la Côte-d’Or

M. Sauvadet, l’avenir de l’ est entre vos mains, après votre décision de ne plus soutenir cette infrastructure au-delà de 2014.

Passé l’euphorie du coup de communication, M. Sauvadet, nous ne sommes pas certains que vous ayez bien mesuré toutes les conséquences de votre initiative.

Cette décision que vous avez prise, seul avec votre majorité, sans concertation, est lourde de conséquences pour l’attractivité, l’emploi, le développement économique et touristique de nos territoires.

Ce sont notamment des liaisons régulières vers le sud-ouest, des vols affaires et de tourisme, la présence d’une patrouille acrobatique qui sont concernés par votre revirement soudain. Placé devant le fait accompli, l’ensemble des acteurs liés à l’activité de l’aéroport est aujourd’hui dans l’incertitude la plus totale.

Une cinquantaine d’emplois est en jeu. Vous ne pouvez ignorer l’inquiétude des hommes et des femmes qui se retrouvent victimes de votre sentence.

Le 2 septembre dernier, le conseil général de la Côte-d’Or et les autres partenaires actaient un nouveau modèle économique pour l’avenir de l’aéroport incluant comme vous le souhaitiez un plafond d’engagements financiers.

M. Sauvadet, en reniant votre parole, sans même attendre le résultat de l’appel d’offre, vous trahissez la confiance des nombreux acteurs concernés par l’avenir de cet équipement.

Riche de l’expérience acquise dans le cadre du projet de développement engagé en 2006, l’ensemble des partenaires, dont vous faites partie, a travaillé cet été à l’élaboration d’un projet raisonné pour l’aéroport de Dijon, un projet qui écarte le financement de vols à bas-coûts par des fonds publics. Un projet reposant sur le principe d’un engagement solidaire qui semblait acceptable par l’ensemble des parties.

Votre décision mettrait fin à ce projet collectif et engagerait l’aéroport sur une voie de garage, celle de sa fermeture.

Si tel était votre choix, vous devrez avec votre majorité départementale en assumer seul les conséquences.”

Lettre ouverte de François Sauvadet

“En réponse à votre courrier de ce jour, je tiens à vous réaffirmer, comme je vous l’avais indiqué dans mon courrier en date du 16 septembre 2013, que la décision du Conseil Général de la Côte-d’Or concernant l’aéroport de Dijon-Bourgogne est irrévocable.

Un contexte budgétaire de crise accentué par les décisions de l’Etat
Dans le contexte budgétaire que nous traversons – baisse des dotations de l’Etat, baisse de nos ressources propres, hausse des charges imposées par le Gouvernement et hausses des dépenses à caractère social – il ne serait pas responsable de la part du Conseil Général de la Côte-d’Or de poursuivre le financement de l’aéroport de Dijon-Bourgogne. Nous ne pouvons pas mettre en péril nos missions de solidarité et d’aménagement du territoire pour ce qui apparaît aujourd’hui comme un puits sans fond.

Un échec constaté et aucun projet viable de substitution
Je vous rappelle l’objectif initial du Projet Renaissance initié par Patrick Laforêt : atteindre un trafic de 250 000 passagers annuel. Six ans et 26 millions d’euros plus tard, le verdict est sans appel : 16 000 passagers au premier semestre 2013 !
Lors de notre réunion du mois de mai 2013, j’avais demandé l’élaboration d’un projet solide. Celui qui nous a été présenté est au contraire irréaliste. L’objectif présenté de 51 000 voyageurs n’a jusqu’ici jamais été atteint. Avec seulement deux lignes intérieures en service et une « liaison vers un « hub » européen » (alors que la LGV Rhin-Rhône nous place désormais à 1h02 de Mulhouse !), il est difficile de croire que cet objectif puisse être atteint, avec à la clé un plan de dépenses publiques de 22 millions d’euros sur 8 ans – montant volontairement sous-évalué.

Une sous-évaluation des coûts.
Chacun sait bien en effet que la Base Aérienne 102 ne pourra pas durablement assumer les charges de sécurité de l’aéroport. D’ici 2015, du fait des choix suicidaires du Gouvernement, l’Armée de l’Air va perdre 6 000 personnes et que cela ne sera pas sans conséquence sur la base aérienne. Les coûts qui nous ont été présentés sont volontairement minorés.

Une gestion erratique
J’accuse le Conseil Régional, par ses atermoiements et son refus d’assumer son rôle d’autorité affectataire depuis deux ans, par ses choix stratégiques hasardeux, d’être responsable du développement de l’aéroport de Dole, notamment grâce à son partenariat avec Ryanair, avec qui la Région n’a jamais voulu discuter. Ce refus s’est fait avec la pleine complicité du Grand Dijon qui a publiquement affirmé qu’il considérait que le low-cost devait être à Dole.

Le bal des tartuffes
Dès lors, le choix est simple. Faut-il continuer de dépenser sans compter l’argent public pour maintenir sous respiration artificielle un aéroport qui n’est pas viable ? Un aéroport dont François Rebsamen lui-même a déclaré qu’il n’était « pas vital » pour l’agglomération dijonnaise, dont François Patriat a jugé qu’il n’était « pas à dimension régionale », et dont la CCI se désengagera à partir de la fin du mois de mai 2014 !

Le choix de la responsabilité en tenant nos engagements
Dès lors, j’assume mes responsabilités et n’ai pas l’intention de polémiquer sur ce sujet. J’estime qu’un responsable politique doit savoir tirer le bilan de l’échec d’une politique publique et en tirer toutes les conséquences. En revanche, si, contrairement à leurs déclarations antérieures, la Région et le Grand Dijon estiment que cet aéroport est vital, il leur revient de prendre la responsabilité que la loi leur confie.

Afin de permettre à la Région Bourgogne et au Grand Dijon d’entamer des négociations avec Dole, les engagements du Conseil Général de la Côte d’Or seront tenus et je proposerai, comme je l’avais indiqué, à la prochaine session le vote d’un crédit de 432 000 euros jusqu’à mai 2014, pour solde de tout compte.”

Les commentaires sont clos.

  1. La BA sans eux…
    Des hydravions sur le lac Kir! Vite!

    Dijon Autrement le dimanche 24 novembre 2013 à 13h20