Vente à la ferme : les producteurs d’oeufs crânent

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Le secteur avicole français est ouvertement en crise depuis le mois d’août. Le gouvernement marche sur des oeufs ; les industriels du nord de la France, eux, les lancent. En Côte-d’or, on regarde faire, car la bataille ne concerne finalement que les gros producteurs, ceux qui ont choisi d’alimenter des coopératives au rayon d’action international, revendant les denrées au prix d’un marché qui s’effondre.

Fini les oeufs en batterie dans le département, on ne produit plus que dans des unités de type fermier. Monoprix a même fait le choix en Bourgogne de bannir de ses rayons les oeufs frappés d’un “3” à l’encre rouge, ceux dont les génitrices ont été élevées dans le confinement d’une cage sans jamais être en mesure d’apercevoir le soleil.

Mais est-ce vraiment possible de ne vivre que de la vente d’oeufs fermiers en direct ? Retour à la mode des traditions et du naturel oblige, en Côte-d’Or, la tendance est à la vente à la ferme.

Eviter de payer des intermédiaires, retrouver un produit de qualité, ne pas jouer le jeu d’un marché international agressif qui asphyxie les producteurs et renouer en fanfare avec le producteur, le vrai, c’est le principe de la ferme Pou’Et Compagnie, basée à Saulon-la-Chapelle.

Et pour les publics plus timides, moins aventureux, il reste une solution, c’est le distributeur d’oeufs fermiers de Gevrey-Chambertin. Un point de vente 24/24 heures et 7/7 jours imaginé par les frères Plancon de la Gaec du Pontot.

“L’indépendance est à la ferme”

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Photo Jonas Jacquel

“Mes poules, je les élèves, je les tue, je les vends.” Direct, comme les 100% de ses ventes, fermier, comme 100% de ses oeufs et élevé au grain, comme 100% de ses poules, Ludovic Maret a choisi la liberté. Le fils d’agriculteur céréalier n’a pas choisi la voie la plus simple a priori lorsqu’il s’est lancé il y a un an et demi dans la production de poulets fermiers et d’oeuf. Sept ans de crédit pour une tâche qu’il assume seul, au moins quatorze heures par jour.

S’il ne s’est pas épris des poulets qu’il doit tuer et dont il renouvelle le stock tous les ans, en revanche, il ne saurait donner le coup fatal à ses poules pondeuses rousses. Elles, naviguent entre une petite prairie herbeuse et un hangar sur caillebotis durant toute l’année. Lorsqu’elles sont moins productives, il les revend, souvent à des particuliers pour qu’elles continuent le boulot, plus tranquillement. “J’en reconnais plusieurs, ce n’est pas que chacune ait son petit nom, mais bon, aussi étrange que ça puisse paraître, on s’attache vite à une poule”.

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Photo Jonas Jacquel

Ses poules aux oeufs d’or lui assurent une existence indépendante des pressions des grandes coopératives. Les ovoïdes aux couleurs et aux tailles décomplexées et variables sont estampillés du chiffre “1” – certification de l’élevage en plein air. Et Ludovic Maret insiste pour ne faire que de la vente directe, depuis le petit magasin installé dans sa ferme ou au marché du Port du Canal les mercredi matin. Son bagout naturel retiendrait le chaland le plus pressé.

L’oeuf, un produit de moins en moins industriel ?

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Photo Jonas Jacquel

“Aujourd’hui, la filière industrielle est en crise. nous, on la regarde de loin.” Philippe Plancon et son frère Gérard possèdent la Gaec du Pontot, ils ont également choisi l’indépendance. “En Côte-d’Or, le dernier à faire de la batterie a cessé son activité il y a environ quatre ans”, depuis, ils sont la plus importante exploitation du coin avec trois bâtiment de 5000 poules pondeuses – rien à voir avec les 15 000 poules par bâtiment des grosses exploitations en batterie. Les deux frères travaillent avec une marque régionalisée, Coquy, de manière indépendante – sans contrat. Rien à voir là non plus avec des superstructures comme Mâtines, Lustucru ou Mas d’Auge. Son but aujourd’hui, “vendre de moins en moins aux grossistes”. Pour cela, il a trouvé trois techniques.

La première consiste en la vente aux revendeurs : boucheries, fromageries, épiceries et puis, aux restaurateurs. Parmi ses clients, on recense les beaunois Loiseau des vignes ou le Gourmandin, Le Cèdre et parmi les dijonnais, la Maison des Cariatides ou Pépé Joseph. Il teste aussi le biais des consommateurs regroupés via le système ingénieux des Ruches (la Ruche qui dit oui). “Nous vendons toutes les semaines une trentaine de douzaines d’oeufs à celle de Prémeau et celle de Sampan. Une troisième est en train de se créer à Dijon. Mais sa troisième technique est certainement la plus étonnante…

La machine du futur ?

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Photo Jonas Jacquel

Déjà répandue pour le lait – la Bourgogne en accueille une à Chalon-sur-Saône – l’idée du distributeur automatique de produit fermier et frais fait déjà fureur. Cette fois, la machine placée dans une maisonnette en bois est consacrée aux oeufs et c’est une première dans la région. Sorte de compromis entre la qualité de la ferme et la disponibilité du self-service, elle arrange “ceux qui ont constaté que le goût n’avait rien à voir entre nos oeufs et ceux de la grande distribution”, commente Philippe Plancon. Mais aussi : “ceux que le contact direct effraie, ceux qui ont besoin d’oeufs à 21 heures”. Bref la machine miracle des frères Pontot séduit une nouvelle clientèle à Gevrey-Chambertin, et évite surtout aux habitués d’aller voir ailleurs les jours de fermeture.

Aujourd’hui, est-ce donc vraiment possible de ne vivre que de la vente d’oeufs fermiers en direct ? Philippe Plancon et Ludovic Maret y croient. Selon le premier, les prix sont suffisamment élevés dans les grandes surfaces pour que les clients s’en détournent et privilégient leurs produits. Alors, si la ferme se situe à une distance relativement proche d’une agglomération, les clients seront tôt ou tard au rendez-vous. En vivre est synonyme de labeur pour le second qui n’échangerait pour rien au monde sa vie actuelle : “J’ai mes bêtes, la nature, je suis bien ici”.

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