Une police armée et des SDF “régulés”, le projet de l’UMP pour Dijon

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Quand soudain, lorsque septembre fut venu, l’heure des promesses commença. À exactement six mois des élections Municipales à Dijon, les deux candidats de l’ ont décidé d’abattre leurs premières cartes en dévoilant chacun de leur côté leur “projet pour Dijon”. Si le sénateur , favori dans le cœur des élus locaux de droite lancera le départ de sa campagne en grande pompe au Palais des Congrès jeudi 26 septembre, son adversaire l’a devancé d’une semaine exactement, heure pour heure, en présentant d’ores et déjà une vingtaine de propositions politiques.

Sous l’égide de Valérie Rosso-Debord, responsable nationale charge du pôle “projets” à l’UMP pour les , le programme d’Emmanuel Bichot est clair et sans détour : fiscalité et sécurité. Tels sont les deux – seuls – points qui peuvent faire espérer la “reconquête” par l’UMP des villes socialistes. Au risque parfois de flirter dangereusement avec les idées d’extrême droite…

Pas contre une “union” avec Alain Houpert

“Mon objectif n’est pas de gagner les élections, mais de mieux gérer la ville”. En duel depuis plusieurs mois avec Alain Houpert pour savoir qui représentera l’UMP face à l’éventualité d’un troisième mandat de François Rebsamen à Dijon en 2014, Emmanuel Bichot ne se dit pour autant pas contre une union avec le sénateur-maire de Salives. “J’ai conscience que chacun est très avancé dans sa candidature, mais je garde la main tendue pour faire union avec Alain Houpert”, a-t-il affirmé jeudi 19 septembre lors d’une réunion de son collectif Agir pour Dijon (350 membres).

Selon lui, “l’union créerait même un choc positif dans l’opinion”, face à “des socialistes qui sont aujourd’hui les vrais conservateurs en ne présentant qu’un seul candidat”, a surenchéri Valérie Rosso-Debord, présente à Dijon pour l’occasion.

Une solution aussi prônée par François-Xavier Dugourd. Après plusieurs mois de silence, il a enfin livré sa préférence quant au candidat de l’UMP pour ces échéances : Alain Houpert. Et lancer, par la même occasion, un appel “solennel” à l’union entre les deux candidats.

Mais pas sûr que cela plaise à tous les militants de l’UMP 21. Une cinquantaine étaient bien présents pour assister à la présentation des premières promesses d’Emmanuel Bichot, mais dans l’entourage d’Alain Houpert on annonce déjà un chiffre nettement supérieur pour la réunion publique de la semaine prochaine.

Quelques-uns de ces colistiers menaceraient même de claquer la porte en cas d’union. La raison de leur frilosité face à Emmanuel Bichot ? Ses idées politiques justement, jugées très, trop, à droite et ne convenant pas à la situation politique très particulière de Dijon.

Pour “réguler la présence de SDF “

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Le programme politique d’Emmanuel Bichot tient en cinq grands points. Les cinq mêmes que ceux d’Alain Houpert, distribués le même jour par tract dans les boîtes aux lettres des Dijonnais : “un urbanisme équilibré, ne plus augmenter les impôts, augmenter la sécurité, renforcer l’attractivité de Dijon, et développer l’économie et l’emploi”.

Mais dans les détails, proposition par proposition, Emmanuel Bichot s’affiche bien plus à droite que son adversaire. Surtout en matière de sécurité. Mais c’est sur ce point justement que Valérie Rosso-Debord, présente ce jeudi soir pour soutenir celui des deux “qui incarne la jeunesse et l’avenir”, espère faire gagner l’UMP dans toutes les villes socialistes françaises. Alors ils ont mis le paquet.

Côté sécurité, le candidat propose donc d’abord “d’étendre le réseau de vidéosurveillance”. Si ce n’est le terme ” vidéoprotection”, aucune différence avec le programme d’Alain Houpert. Sauf que si sur ce point ce dernier s’engage vaguement à “mieux équiper les policiers municipaux”, Emmanuel Bichot est bien plus direct : ceux-ci seront “armés”. L’occasion d’ailleurs de mieux lutter contre une “nuisance” toute particulière : les SDF, dont il propose même de “réguler la présence”. Car comme le précise Valérie Rosso-Debord, “la première des libertés c’est d’aller au cinéma, rentrer d’un spectacle sans avoir peur”. Pendant ce temps, Alain Houpert se contente sur cette question de “s’opposer à l’occupation illégale des lieux publics et privés”.

Et il fait bien de rester prudent sur le sujet. Car les amalgames sont vite arrivés. Emmanuel Bichot en a fait les frais. Lors de sa réunion publique, il n’a pas manqué de dénoncer le “sentiment d’impunité de ces gens-là”, en référence à leur présence “accrue” depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande… Sauf qu’il fallait comprendre trivialement “punk à chien” à la place de SDF, puisque le candidat a ajouté : “On voit bien que lors de festivals comme Chalon dans la Rue le nombre de SDF diminue subitement, et dès le festival terminé ils reviennent”. Peu sympathique au passage envers le public du festival chalonnais…

Contre le Grand Stade et les Tanneries

Autre thématique, la fiscalité. Emmanuel Bichot a pris publiquement “l’engagement de ne pas toucher aux impôts pendant la durée du mandat”. Un argument qui parle au public présent à la réunion comme à Valérie Rosso-Debord. De son expérience des autres villes engagées dans la “reconquête”, elle affirme d’ailleurs “que les maires socialistes se sont pris pour des constructeurs de pyramide” en référence à leurs grands projets urbanistiques.

Pourtant, lorsqu’on lui demande en aparté à celle qui a vécu à Dijon entre 1995 et 1998 ce qu’elle retient aujourd’hui de son retour, elle nous cite sans surprise “les installations absolument magnifiques qui sont l’aboutissement de la municipalité de Robert Poujade comme l’Auditorium, mais aussi les travaux du tram”.

Emmanuel Bichot a quant à lui l’ambition d’être le maire du “retour aux fondamentaux”, sans démesure. Selon lui, “la municipalité actuelle, avec ses projets, a perdu le contact avec la réalité des Dijonnais”. “Alors bien sûr on ne pourra pas tout faire, le Grand Stade, le musée des Beaux-Arts, la Cité de la gastronomie sans augmenter les impôts”.

Pour le candidat, il faut donc avoir le sens des priorités. Ce sera “non” au Grand Stade, mais “oui” au très haut débit dans les quartiers. “Non” aux subventions à VooTV et aux Tanneries, “un centre qui soutient l’anarchie” (sic), mais “oui” à un réseau de voisins vigilants pour éviter les cambriolages.

Pour l’aéroport et la Lino à 2×2 voies

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Dernier point sensible à développer, outre l’attractivité du Grand Dijon grâce à des zones d’activité ou le retour à l’emploi en “encourageant le retour des bénéficiaires du RSA vers le travail”, celui très polémique des transports. Et dans ce domaine, le candidat n’est pas encore définitivement fixé sur ses positions. Une réunion de travail sera prochainement organisée pour déterminer clairement les propositions à dévoiler aux Dijonnais. Néanmoins, quelques idées pointent déjà.

Emmanuel Bichot avoue ainsi certes être pour le tramway, mais seulement s’il était équipé de trois ou quatre lignes. “Avec deux seulement aujourd’hui, il y a toujours des bouchons de circulation et de stationnement, et il faudrait revoir le réseau de bus Divia, car plusieurs quartiers sont délaissés”. Alors, chiche pour quatre lignes ? ” Le problème, c’est qu’on n’a pas le premier sou pour financer ces lignes !”, regrette le candidat, déplorant au passage une nouvelle fois “l’endettement record de la ville de Dijon”.

En attendant, sa priorité est sur la Lino, à “faire passer immédiatement à 2×2 voies”, et au “soutien de l’aéroport avec un projet crédible pour renforcer le territoire”.

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