Forêt du Morvan : Une “zone à défendre” … quoi ?

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Au détour d’une petite route, à l’orée du Morvan, s’est construite avec la nécessité une Zone à défendre (ZAD) au printemps 2012. Sur le modèle de Notre-Dame des Landes (Loire-Atlantique), elle a été organisée et montée par les voisins du bois de Tronçais, fervents défenseurs de leur patrimoine naturel et forestier – une population d’une trentaine de personnes actives et très impliquées, vivant dans un rayon d’une trentaine de kilomètres alentours. Désormais, organisés, ils font de la résistance. Mais à quoi au juste ?

, le nom du projet de scierie industrielle fait à lui seul immédiatement réagir dans la localité. Avec un sourire quand il évoque : entre 600 et 1200 créations d’emplois, centrale thermique biomasse hors pair, made in France et écolo. Avec une larme, lorsqu’il rime avec destruction précoce de la forêt, concurrence agressive pour les scieries, holding belge et actionnaires étrangers, incinération de bois jugés toxiques.

Face à des pouvoirs locaux enthousiastes, une frange de la population réunie sous le fanion d’Adret-Morvan se dresse contre la pharaonique ambition dont ils mettent le bienfondé en doute (Lire ici notre précédent article). Près de Sardy-lès-Epiry, Le Miroir est allé rencontrer une poignée d’irréductibles sur leur terrain.

En stand-by

La cantine | Photo Marion Chevassus

La cantine de la ZAD | Photo Marion Chevassus

Nous devions rencontrer une militante au coeur de l’après-midi, mais ce sera finalement un binôme qui nous accueillera lorsque nous arriverons un peu plus tard. Impossible de n’y croiser personne. En effet, ici, une garde est constamment assurée par les habitants de la région du bois de Tronçais. “Au cas où…”, évoque-t-on mystérieusement.

La situation actuelle du collectif associatif de défense de la zone forestière est stable, pourtant. Ils sont en attente d’une décision du tribunal administratif de Dijon concernant l’autorisation ou non du géant industriel à exploiter les ressources en bois et à implanter sur 600 hectares son usine de sciage, séchage et conditionnement des résineux en planches et granulés, complétés par une centrale thermique alimentée au bois et productrice d’électricité. En théorie seulement.

Le pied de grue

La Zone à défendre s'organise dans la forêt | Photo Lilian Bonnard

La Zone à défendre s’organise dans la forêt | Photo Lilian Bonnard

Car dans la pratique, ils “n’ont aucune confiance” dans l’entreprise pourtant dirigée par Pascal Jacob, un ancien des services territoriaux nivernais, spécialiste de la filière bois, désormais à la tête de la section départementale du Medef et grand partisan de la Wood Valley française (Consulter ici son blog). “Depuis le 4 février 2013, “ils” (les décideurs d’Erscia, ndlr.) ne respectent pas leurs engagements”, dénonce un agriculteur, “Nous estimons qu’ils sont capables d’aller outre la décision du tribunal. On a peur chaque jour qu’ils viennent avec des débardeuses.” Et commencer le “sale boulot” de déboisement du terrain.

Alors les habitants font le pied de grue dans ce camp construit durant l’été sur le chemin des tracteurs ennemis. “C’est ici qu’ils commenceraient à déforester”, nous précise-t-on. Un avant-poste stratégique, donc, doublé des commodités nécessaires pour un siège qui dure depuis de nombreux mois. Petite visite guidée.

Après un accueil “Point info” donnant de manière assez improbable sur la route qui relie Corbigny à Sardy-lès-Epiry, on rejoint le bois par une passerelle de bois suivi d’un chemin en caillebotis et recouvert de paille. Passé une cantine improvisée sous une tente, on longe une cabane de bois, avant de croiser des commodités, quelques aménagements pour les enfants de militants et un dortoir un peu plus loin.

Vue depuis la route | Photo Marion Chevassus

Vue depuis la route | Photo Marion Chevassus

Un rapport, plusieurs interprétations

Si l’été a été très festif et plutôt ensoleillé, l’hiver sera plus rude, avec une confrontation à prévoir dès que les premières feuilles d’automne se mettront à tomber. D’autant que les militants sont loin de faire l’unanimité. Sur la route de Corbigny, l’on se rend vite compte que la contre-communication est bien présente. Les soutiens d’Erscia attendent des emplois et un moteur capable de redynamiser la région désertée.

Deux avis divergents, mais de quoi créer des tensions frontales dans la localité. “On en discute. La presse nationale est venue nous voir, nous a soutenu, de même que Sandrine Bélier, députée européenne (Lire ici notre article). La presse locale a longtemps été du côté des élus et d’Erscia”. Aujourd’hui, elle écrit des articles plus tendres, mais nous dit-on, elle oublie de citer le rapport du CGAER qu’elle possèderait, selon les militants.

Photo Marion Chevassus

Photo Marion Chevassus

“Il explique que les ressources en arbres ne seront pas suffisantes pour une exploitation d’une telle ampleur. Conséquence, cela ferait donc mourir les exploitations existantes. Donc les emplois promis, 1200 aux dernières nouvelles, ne seront pas au rendez-vous.” (Lire ici le rapport, notamment la page 6) La fédération nationale du bois (FNB) lui emboîte le pas et désapprouve le projet.

Un peu rapidement, dénoncent les partisans d’Erscia, en effet, le rapport cité ne mentionne aucune difficulté sur la ressource en termes quantitatifs. Ce qui est juste, après vérification. Mais que dire de l’expression “déficit de reboisement” un point qui pourrait avoir un impact sur le long terme ? Que dire de ces “risques de changements climatiques et de tempêtes” qui pèsent sur la répartition des essences et dont on voit toujours les cicatrices (tempêtes de 1999 et 2003) ?

Tout est question d’interprétation.

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Photo Marion Chevassus

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