“Je ne suis plus un handicapé mais un sportif”

2013-09-sport-handisport-basket-JJ-miroir-137

Vendredi soir. Il est plus de 20 heures et la rue de la Côte-d’Or est calme. Le gymnase Jean-Marc Boivin est allumé. À l’intérieur, une dizaine de sportifs s’essayent à l’escalade au fond de la salle. Sur le terrain, plus d’une vingtaine de joueurs roulent en fauteuil et jouent au basket.

Au milieu des balles qui rebondissent partout et des bruits de rebonds, les joueurs enchaînent panier sur panier. Bienvenue dans le club de la JDA.

Un champion du monde au club

Correction, bienvenue à la JDA. “Sur nos feuilles de match il est écrit ‘JDA Dijon’, même pas ‘JDA basket fauteuil'”, précise Alain Gaudot. “Auparavant, le club de Dijon s’appelait Dijon basket fauteuil, mais nous avons eu des soucis économiques, nous ne trouvions plus de sponsors. Alors au début des années 2000, nous avons demandé à intégrer la JDA et ça s’est passé sans aucun souci”.

Qui est Alain Gaudot ? Ni plus ni moins qu’un champion du monde. Avec l’équipe de France handibasket. Rien que ça. “Mes meilleures années, ce sont les 80. À cette époque, il n’y avait pas de club à Dijon. Je vivais à Gevrey-Chambertin et je prenais le train 3 fois par semaine pour m’entraîner au Stade auxerrois”. Bon joueur et surtout habile au panier, il intègre l’équipe de France en 1979, “un grand moment”, qui en appellera d’autres.

En 1981, il devient champion du monde de la discipline. “Je me souviens absolument de tout. On affrontait en finale la Suède, qui était favorite. Les Suédois avaient un monstre qui avait mis au moins 50 points dans le match”. Si la performance est incroyable, c’est pourtant la France qui est sortie victorieuse de la finale, l’emportant… 73 à 72 !

2013-09-sport-handisport-basket-JJ-miroir-109

Photo Jonas Jacquel

Si Alain est aujourd’hui à la JDA, c’est parce qu’il a terminé sa carrière à Dijon. Une carrière d’ailier-shooter bien remplie également en club. Finale européenne, classement dans les meilleurs scoreurs de coupe d’Europe… “Si les 3 points existaient dans les années 80, alors je n’aurais pas terminé 3ème au rang des meilleurs shooters, mais 1er !”.

“L’argent fragilisera le club”

Forcément, avec tout son passé, le basket, lui, il le connaît en long, en large et en travers. “Il y a eu une évolution technique des fauteuils incroyable ! Nous avions des antiquités. La première fois que j’ai testé les fauteuils de nos joueurs, c’était un bonheur inimaginable”. D’ailleurs, dans les rangs de l’équipe de la JDA, on retrouve Guillaume Legendre, ailier-shooter d’un côté, revendeur de matériel médical de l’autre.

Les joueurs ont tous un métier, aucun n’est professionnel. À Dijon, il n’y a pas de salaire. “C’est la volonté du président”, annonce l’ancien champion du monde. Une volonté qui trouve sa justification : “Si on commence à mettre de l’argent sur la table, ça fragilise le club. On a déjà essayé : on payait des joueurs, on est monté en division A et des clubs plus huppés que nous les ont rachetés. Du coup, ils sont partis, et nous, on s’est retrouvé avec des débutants en première ligue…” Le système économique ne peut pas être encore viable pour tous les clubs français.

2013-09-sport-handisport-basket-JJ-miroir-122

Photo Jonas Jacquel

Guillaume rajoute “que le club mise sur la formation des jeunes”. Preuve en est avec une école d’handibasket, qui s’entraîne à côté de l’équipe de la JDA. Une équipe qui joue d’ailleurs en division B, l’équivalent de la Ligue 2 au football. “Cette politique paie puisqu’on a un jeune, Alexis, qui est en équipe de France espoir”. Une pépite prometteuse qui s’entraîne déjà avec les seniors. Il a 17 ans et il a commencé le basket il y a 10 ans, à Dijon, grâce à une démonstration dans son centre de rééducation.

Leçons de vie et sponsors

Ce passage à l’acte, Guillaume le connaît. Lui aussi était dans cette situation après son accident de voiture qui lui brisa la colonne vertébrale. “J’ai rencontré Alain Gaudot qui faisait une démonstration dans mon centre de rééducation, en 2005. J’étais très sportif avant mon accident, j’ai donc essayé et c’est comme ça que ma carrière a commencé”.

Interrogé sur la vision des médias qui se réduit souvent aux “leçons de vie” des joueurs, il constate que le “message est en effet un peu cliché. Ça me fait sourire les articles qui ne sont orientés que là-dessus. Malgré tout, c’est vrai, le sport m’a fait accepter mon handicap et a permis que je rebondisse dans la vie”.

2013-09-sport-handisport-basket-JJ-miroir-69

Photo Jonas Jacquel

En discutant arrive la question des sponsors. Il explique qu’il n’est pas si compliqué d’en obtenir, “le fait que ce soit pour des personnes handicapées aide beaucoup. Les entreprises se sentent touchées et donnent plus facilement que pour des valides. Nous on arrive auprès d’eux avec l’étiquette handicap et ça fonctionne”. Mais n’est-ce pas blessant de se dire que si un sponsor donne du sien, c’est parce qu’on est handicapé et pas valide ? “Oui et non, c’est paradoxal. Il faut aussi jouer là-dessus. S’il faut insister sur la corde sensible, on le fait. Après tous mes entretiens pour démarcher des sponsors, leur regard change et ils ne me considèrent plus comme handicapé, mais comme un sportif”.

Sombre avenir ?

Le regard change, la discipline prend-elle du galon depuis l’exposition des Jeux paralympiques en 2012 ? “Les Paralympiques 2012 ont aidé un peu aidé, mais pas tant que ça”, raconte Alain Gaudot, “tu savais que l’intégralité des Paralympiques était diffusée sur TV 8 Mont Blanc ?”. Non… pourtant il semblait que c’était France Télévisions qui en avait la charge : “Ils zappaient après deux heures”.

2013-09-sport-handisport-basket-JJ-miroir-133

Photo Jonas Jacquel

Critique, il s’inquiète de l’avenir de l’handibasket. “Aujourd’hui, les salles se vident, alors que j’ai connu une période où on refusait des spectateurs dans des gymnases tellement ils étaient pleins”. Pour étayer ses propos, il prend pour exemple l’équipe de France : “dans les années 80, elle a tout gagné. Depuis les années 2000, c’est la galère”. C’est avec cet indicateur qu’il estime que la “prise de conscience comme à se faire. Mais la politique nationale sur l’handisport est à l’opposé de ce que font nos voisins. En Italie ou en Allemagne, des chaînes diffusent les matchs, les salles sont pleines”.

Ce week-end, la JDA handibasket participera au tournoi Michel Gradel, à Epirey. Une compétition de haut niveau, qui permet de mettre la lumière sur la discipline… et surtout de préparer cette saison en Division B.

Les commentaires sont clos.