Big Mac, Coca, frites et footing : faites du sport avec McDo

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Des dizaines d’enfants qui courent, sautent, tapent dans la balle et font toute sorte de sports, sous l’ombre du grand M jaune bien connu. C’était le week-end dernier, à Châtillon-sur-Seine. 150 enfants ont participé à cette étape du McDo Kid Tour en Côte d’Or.

Depuis quelques années, la chaîne de fast-food organise des actions autour de l’activité physique. Samedi 14 et dimanche 15 septembre, McDonald’s propose d’ailleurs des “ateliers sport” au parc de la Colombière, à Dijon. Prise de conscience de la part du groupe symbole de la malbouffe en France ou coup de communication pour déculpabiliser ses consommateurs ? McDonald’s et le sport, une histoire d’amour.

Une tournée de 125 villes

“Cette démarche se fait dans le cadre d’une forte pression reçue par McDo sur la malbouffe, depuis 10 ans. La concurrence, par exemple, mettait en avant la fraîcheur de ses produits, etc”, se rappelle Lionel Cévaër, enseignant en sciences de gestion à l’ESC Dijon. “McDonald’s organise des tournées sportives depuis 2006”, confirme Julien Simmonet, attaché de presse de la tournée McDo Kid Tour. “On passe dans 125 villes”.

Le principe ? McDo débarque dans une ville avec du matériel, des animateurs et propose aux enfants de 5 à 12 ans de découvrir des sports, en association avec les clubs locaux. “L’activité physique est essentielle pour l’équilibre des enfants. On vient pour leur donner le goût du sport”, assure Julien Simmonet.

“La face visible, médiatisée, d’une stratégie globale”

Mais qu’en pensent les communes qui reçoivent le McDo Kid Tour ? “Moi, ce genre d’initiatives, je saute dessus”, lance Hubert Brigand, maire de Châtillon-sur-Seine. “La ville a mis à disposition du matériel, un espace et a fait de la publicité avant l’opération”. La mairie a une politique sportive très marquée, notamment en direction des jeunes. Mais n’y a-t-il pas paradoxe entre promotion du sport et publicité pour McDonald’s ? “Non, je ne vois pas de paradoxe”, assure Hubert Brigand. “Tout ce que je vois, c’est que c’était une belle opération. Les parents et les enfants étaient contents”. Le groupe de restauration rapide pouvait aussi sûrement se frotter les mains…

“Une opération comme le McDo Kid Tour n’est que la face visible, médiatisée, d’une stratégie globale”, analyse Lionel Cévaër, de l’ESC Dijon. “La nouvelle politique nutritionnelle de McDo s’établit autour de 3 axes de campagne de communication : l’élargissement de la gamme de produits, de la transparence sur les informations nutritionnelles et l’incitation à la pratique de l’activité sportive.”

Les opérations ponctuelles comme celle de Châtillon-sur-Seine ne se réduiraient pas uniquement à de la communication ? “Si n’y avait que des actions comme ça, ce serait seulement un coup de com’. Or, McDo a vraiment diversifié ses produits, argumente Lionel Cévaër. “On pourrait croire que tout cela n’est qu’un prétexte pour se dédouaner de la responsabilité vis-à-vis de l’obésité, mais ils ne s’arrêtent pas là.”

Des actionnaires bien charitables

Le mieux est encore de poser la question directement à McDonald’s. Pourquoi ces actions sur le thème du sport ? “C’est un véritable enjeu d’entreprise”, veut croire Julien Simmonet, l’attaché de presse. “C’est déconnecté de toute logique financière et alimentaire. Ce que l’on veut, c’est simplement mettre en avant le sport local”. Il assure que le groupe a mis 4 millions d’euros dans les clubs locaux, pour les aider à se développer et faire leur promotion, sans rien attendre en retour. Tiens donc, ils sont sympathiques, les actionnaires de McDo. Investir 4 millions d’euros, sans attendre le moindre retour financier, c’est rare de nos jours. Hésitation de l’autre côté du téléphone, avant finalement d’esquiver la question.

Le maire de Châtillon-sur-Seine n’est pas dupe. “McDo a besoin de faire de la publicité. Ils prennent des affiches, ou bien font des spots à la télé. Moi je préfère qu’ils fassent des actions comme celle-là, qui peuvent donner envie aux enfants de faire du sport.” Mais pour une ville qui se vante d’encourager le sport chez les jeunes, le message peut être un peu brouillé lorsque l’on s’associe à une chaîne de fast-food.

“McDo est une chaîne qui a des bons standards d’hygiène”, se défend Hubert Brigand. Oui, mais la malbouffe alors ? “La malbouffe ? Mais vous connaissez mal les restaurants Mc Donald’s, Monsieur, ou vous y prenez les mauvaises choses. Venez à celui de Châtillon, vous verrez qu’ils ont de tout.” On se permet quand même de douter que les ados de Châtillon-sur-Seine prennent des salades lorsqu’ils vont y manger. “Ho, vous savez, ce que prennent les jeunes…”

“Moi je limite : une fois par mois”

Alors, McDo et sport, une association qui tient la route, sur le plan de la santé ? Pour Aude Laurent, diététicienne à Dijon, “c’est toujours cohérent d’associer alimentation et sport. Mais là, c’est une façon de se déculpabiliser, comme quand ils ont introduit les fruits frais.” Pour elle cependant, il ne faut pas y voir que du mal. “L’important c’est que le message passe : je mange plus riche, donc je vais me dépenser.”

Alors je peux aller me goinfrer, du moment que je vais faire un footing après ? “Il ne faut pas perdre son esprit critique”, réplique Aude Laurent. “Manger à McDo, dans un autre fast food ou même en restaurant traditionnel, où l’on va prendre une pizza avec une tonne de fromage dessus, cela doit rester exceptionnel.”

Le danger d’une opération comme le McDo Kid Tour peut aussi venir qu’elle s’adresse à de jeunes enfants. Entre 5 et 12 ans, l’esprit est malléable, et l’association “mauvaise nourriture/bonne santé” est rapide à imprimer. “De toute façon, McDo, on ne peut pas l’éviter, on vit avec”, se résigne Aude Laurent. “Mon fils a 5 ans. Il passe 1h devant la télé, il est bombardé de publicité, il rêve d’aller à McDo”.

Pour elle, “ce sont les parents qui doivent être sensibilisés. Ils peuvent expliquer à leurs enfants que McDo, c’est sympa, c’est ludique, mais cela ne rentre pas dans une alimentation équilibrée.” Elle refuse par contre une attitude trop catégorique. “Je ne pense pas qu’il faille strictement interdire. Moi, j’autorise, mais je limite : une fois par mois.”

En chiffres

Alors pour voir enfin ce qu’il faut pratiquer comme sport pour éliminer un repas à Mc Donald’s, nous avons fait quelques calculs. Résultats à découvrir ci-dessous.

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