Y a-t-il un médecin dans la région pour sauver Imphy ?

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Une longue route orpheline, comme seule la Nièvre sait en tracer à travers les champs et les bois, sépare Imphy de Nevers. Treize interminables kilomètres à parcourir pour les habitants en quête d’un nouveau médecin référent – avec l’espoir qu’il lui reste un peu de place. Le problème n’est pas récent, depuis 2008, les 7000 habitants d’Imphy et de ses environs voient partir un à un leurs médecins généralistes. Qu’ils se sauvent, écrasés par la masse de travail à effectuer ou qu’ils aient atteint l’âge de la retraite… Depuis le 31 août, il n’en reste plus que deux.

Les autorités sanitaires ont été alertées, mais elles restent impuissantes face à des médecins libéraux que l’on ne peut obliger à s’implanter dans les zones peu attractive. La maire d’Imphy, elle, regarde la situation se dégrader lentement. Elle aura fait tout ce qui était en son pouvoir. Alors quoi ? Céder aux chasseurs de têtes qui offrent des CV sur un plateau ? Avoir recours à des médecins étrangers ? Imphy, c’est l’histoire d’une lente dégradation d’un droit fondamental, celui de l’égal accès aux soins de tous les citoyen, libre et de qualité – notamment en vertu de la loi du 4 mars 2002.

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Photo Marion Chevassus

Des chasseurs de têtes à Imphy

Le geste trahit la lassitude. Joëlle Julien, maire d’Imphy sort d’une pile de dossier celui qui concerne la pénurie de médecins de la ville qu’elle administre depuis 2008. Ce sont une série d’échanges bien sentis avec les responsables des services sanitaires de la région, les élus en pouvoir dans la localité, les médecins également. Une cinquantaine de feuilles imprimées, dont la dernière date du 16 juillet 2013. Elle a eu le mérite de provoquer une réunion de crise ce lundi 09 septembre 2013 autour d’une urgence très claire : les médecins désertent un à un Imphy et les habitants se retrouvent sans médecin référent. Seule solution en cas de problème ? Les urgences de Nevers. “Inadmissible”, selon l’élue.

L’issue de la réunion ? “Bonne”, blague-t-elle, un peu nerveuse. “On doit travailler ensemble, il ne faut pas se décourager, il existe des solutions…” Beaucoup de mots rimant avec moyen et long terme qui n’ont pas suffi à rassurer Joëlle Julien : “Nous, le souci, c’est l’immédiateté.” Les deux médecins restants sont susceptibles de partir du jour au lendemain, tellement la situation est critique et la charge de travail est énorme. “J’ai ici une maison de retraite avec 60 lits dont les 3/4 n’ont pas de médecin généraliste”, relève-t-elle. “Est-ce qu’on est obligés de subir tout cela ?”

Joëlle Julien, maire d'Imphy. Photo Marion Chevassus

Joëlle Julien, maire d’Imphy. Photo Marion Chevassus

Aujourd’hui, Joëlle Julien a refusé les services de deux “chasseurs de têtes” – des entreprises qui proposent, moyennant la coquette somme de 10 à 12 000 euros, de trouver des CV de médecins prêts à venir. “Je n’ai aucune garantie que le médecin reste. On voit clairement que les compétences (de l’Etat, ndlr.) ont glissé sur les collectivités. “Elle avait accepté les services d’une généraliste roumaine – partie elle aussi. La maire ne souhaite pas aller chercher des docteurs dans d’autres pays. “Ce n’est pas une bonne solution de dépouiller les autres nations de leurs médecins !”

130 kilomètres pour un médecin-référent

“C’est un peu la pagaille. C’est vrai que ça pose des problèmes, tout le monde en parle”. Colette, retraitée de 69 ans, ancienne de l’usine d’Imphy, connait l’affaire. “Dès 7h15, déjà dix patients attendent devant la porte du docteur Forest-Aupetit alors que cabinet n’ouvre qu’à 8h30”. Le docteur Chevalier est complètement submergé également (Lire ici notre article). Elle doit s’y rendre la semaine prochaine et prévoit la demi-journée – en croisant les doigts. Des alternatives, certains en ont trouvé à Nevers ou Magny-cours. Si aujourd’hui, elle n’a pas connaissance de drames découlant de cet état de fait, elle s’inquiète pour la suite : “Regardez les petites mémés qui ne peuvent pas se déplacer, comment elles font sans voitures, ces dames-là ? Les urgences ? Si ce n’est pas très important les ambulances ne vont pas venir !”

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Même son de cloche au bar-tabac du centre d’Imphy. Le patron de “La table-ronde” est lui aussi préoccupé par le phénomène. Ancien patient de l’ancienne médecin roumaine, désormais à court de médecin-traitant, il a trouvé une parade pour le moins insolite : faire 130 kilomètres vers sa ville d’origine pour se faire soigner par son généraliste d’antan. “Quand on est arrivés ici, aucun médecin ne prenait de nouveaux ‘clients’. Demain si je suis malade et que j’appelle c’est même pas la peine, je ne fais pas partie de leurs clients, donc je ne serai pas pris”. Même chose à Nevers – sauf urgences.

Et pourtant, la zone n’est plus classée comme désertifiée depuis 2010. Un retrait que la maire d’Imphy ne s’explique pas. Du coup, la localité ne bénéficie d’aucune facilité à l’installation pour les médecins qui souhaiteraient venir établir leur cabinet. Au bar-tabac, on se dit que la jeune génération, c’est plus la même : “C’est malheureux à dire, mais les jeunes veulent pas travailler. Ils ne veulent pas faire 20h par jour, préfèrent les hôpitaux ou les grandes villes”. Colette a une autre explication : “Eh bien je crois que ça vient souvent des femmes de médecins! (rires) Elles ne se plaisent pas ici ou elles s’ennuient – pour être habituées à des grandes villes, elles n’aiment pas les petits patelins”.

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