Ces clubs de football amateurs sans terrain fixe

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Le centre de formation du a été inauguré le 2 septembre dernier. Un centre qui accueille déjà sa toute première promotion, présentée lors du lancement de la saison par le club, en début de semaine. L’objectif avec cette structure : sortir de jeunes talents, à l’avenir prometteur.

Pourtant, dans l’ombre du centre de formation, d’autres clubs de ne peuvent plus s’entraîner au .

Un centre de formation exclusif au club

Rencontré en juillet, Denis Guvenatam, secrétaire général du Dijon université club (Duc) omnisport et président de la section football, expliquait que la construction du centre de formation du DFCO “poserait un gros problème” à son association sportive. “Avant, les terrains du stade des Poussots étaient municipaux, et on se les partageait”. Une situation qui permettait à toutes les entités sportives de pouvoir bénéficier de plusieurs créneaux horaires pour s’entraîner.

“Or, la mairie a rendu exclusif ces terrains pour le centre de formation du DFCO. Selon la fédération de football, quand un centre est construit, il est uniquement réservé au club. Il ne peut donc plus être partageable par la suite”, détaillait-il. Une “obligation de la ligue de football professionnelle”, précise Pierre Boillot, président du DFCO formation.

“Le DFCO n’a pas les moyens de monter son propre centre, il y a eu une convention de partenariat avec la mairie pour réserver les Poussots”, rajoutait le président du Duc football. François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon, précisait d’ailleurs, lors de la soirée de lancement de la saison du club, que la municipalité avait participé à hauteur de 50% aux investissements pour sa construction.

Quand il est question de chercher des traces écrites de cette cession, difficile de trouver des preuves. Pour Denis Guvenatam, “la convention est introuvable. Mais il était stipulé dedans que la mairie louait gratuitement au DFCO ses terrains municipaux pour son centre de formation”. Pierre Boillot confirme lui aussi l’existence de cette convention “passée par la mairie”, qui botte en touche tous les clubs et associations sportives qui se partageaient jusque là les terrains municipaux… “Mais des solutions sont faites”.

Plus de 50 joueurs sur un seul terrain…

Autrement dit, le Duc football, qui comprend 5 équipes, “soit 50 joueurs”, se voyait privé de lieu d’entraînement. “En théorie, la municipalité doit nous parachuter sur un nouveau terrain, mais j’ignore encore lequel…”.

Deux mois plus tard, la situation a changé. “Désormais on s’entraîne au stade de l’éveil, les lundis et mercredis, à 20h45. On n’a qu’un seul terrain. Nos équipes féminines arrivaient à s’entraîner sur le campus jusqu’à cette semaine, mais pour la suivante, on va se retrouver avec potentiellement 100 personnes sur un terrain. Du coup, ça décourage pas mal de monde de devoir travailler avec autant de joueurs. Notre politique de développement est très difficile. Nous avons fait nos demandes de subventions de fonctionnement à la ville pour la 5ème année consécutive, et je sais que nous n’aurons rien”.

Le Duc football n’est pas le seul club concerné, Denis Guvenatam estimait que cette exclusivité du stade des Poussots concernait entre 300 et 400 joueurs qui n’auraient plus de structure pour s’entraîner. C’est le cas de l’AS Poussots, pour qui “trouver un terrain était déjà compliqué les années précédentes”, des mots de son président, Valentin Voinson. Miracle, lui et son équipe arrivent à jouer dans le centre de formation.

“Nous avons un de nos membres qui travaille pour un sponsor du DFCO. En s’arrangeant avec, on a réussi à obtenir un terrain”. Mais pas n’importe lequel, puisque l’association sportive s’entraîne sur… un terrain stabilisé “en mauvais état”. Initialement, la saison de l’AS Poussots ne devait pas se profiler sous cet angle là : “il y a deux mois, le DFCO nous avait promis un vestiaire et un terrain, voire un synthétique. Pour l’instant, on reste la semaine sur le terrain rouge aux Poussots, en sachant qu’on aura peut-être plus de vestiaire. Et pour nos prochains matchs, soit le DFCO nous cède un terrain – ce qui paraît impossible -, soit la mairie nous propose un nouveau stade”.

“La mairie ne fait pas du sien”

Les délogés des Poussots tentent tant bien que mal de joindre les deux bouts et de pouvoir continuer à pratiquer leur passion. Mais avec la fin de l’été qui se profile, cela devient de plus en plus compliqué. “Au campus, on ne peut pas jouer tard, puisqu’il n’y a pas d’éclairage. Au stade de l’éveil on doit s’arrêter vers 22 heures pour que les agents de la ville éteignent les lumières et ferment le stade”, soupire Denis Guvenatam. “Mais je compatis avec les agents qui finiraient trop tard si on s’entraînait plus longtemps. Ils font un super boulot et les faire travailler jusqu’à pas d’heure n’est pas admissible”.

“De notre côté, on a du mal à avoir un vestiaire pour nous. On peut difficilement dire aux équipes adverses de venir pour un match et de se changer dans la rue”, explique Valentin Voinson, avant de rajouter, excédé, que “c’est vraiment le bordel”. Depuis plus de deux mois, son club essaie de savoir où il pourra jouer ses matchs de championnat le week-end, “la mairie et le DFCO se renvoyant sans arrêt la balle”. Fatigué, c’est lui-même qui se charge de trouver une solution auprès des villes voisines, “mais leurs calendriers sont déjà remplis”.

Critique, il estime que “la mairie ne fait vraiment pas du sien pour trouver une solution définitive”. Une situation que connaît bien le président du Duc football, pour qui la politique sportive de la ville est tournée vers les clubs de l’élite depuis la montée en Ligue 1 du DFCO. “Pourtant, ce qui fait les sports de masse, ce sont les amateurs. Sans cette base, tu ne peux pas obtenir de professionnels”.

Mais que ce soit clair, derrière les revendications du Duc football “il n’y a aucune cabale anti-DFCO, qui a une stratégie sportive tout à fait compréhensible”. Là où le bât blesse, c’est concernant “celle de la municipalité, qui lâche les clubs sportifs amateurs”. Idem pour Valentin Voinson qui “ne comprend pas trop le choix de la mairie qui peut très bien maintenir des équipes aux Poussots”.

Contactés, la mairie et le DFCO ne souhaitent pas s’exprimer pour l’instant.

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