L’ENGAGEMENT VU PAR … Mme Rabaté, proviseure du lycée Carnot

proviseur carnot

Par les élèves de la classe de M.Ducol, professeur d’Histoire-Géographie au lycée Carnot

Marie Balan, Jeanne Blavoux et Lola Müller (1ère ES2)

Bonjour et merci de répondre à notre interview. Nous avons décidé de travailler sur les différentes formes d’engagements dans la vie professionnelle et publique. Il nous a semblé qu’  être Proviseur était plus qu’un engagement, en effet, il en dépend de la vie scolaire de centaines d’étudiants chaque année. Partagez-vous ce constat

Oui, pour partie : ce métier demande une vraie implication personnelle, à temps plein. Pas vraiment de l’ « engagement » au sens strict du terme, mais il faut croire à certaines valeurs comme l’égalité des chances, aimer les jeunes et leur faire confiance ainsi qu’aux collègues. Il faut également être capable de croire en l’avenir, être optimiste.…

En ce sens, quelles décisions de proviseur peuvent avoir un fort impact sur l’orientation d’un établissement et de ses étudiants ? Pouvez-vous l’illustrer concrètement ?

Il existe un « effet chef d’établissement », c’est certain ; mais il existe surtout un rôle important de l’équipe autour. Il est difficile de juger soi-même de sa propre influence, mais je pense que le chef d’un établissement, quel qu’il soit, a un impact certain sur sa manière de fonctionner. Le « climat d’ensemble » est important, et il peut être nécessaire de s’engager plus avant si on pense l’améliorer en soutenant certaines initiatives des élèves, des personnels, de la vie scolaire, etc.

Un directeur d’établissement du secondaire peut-il par exemple faire pression sur le Rectorat – des instances supérieures – nationales ? Quand et pour quelles raisons ?

Non, je n’exerce pas de quelconque pression, je n’aime pas l’expression. L’un de mes premiers devoirs de fonctionnaire c’est d’appliquer la loi, les textes ! Mon rôle n’est pas ici de « faire pression » comme vous l’énoncez mais de me faire entendre, notamment en cas de difficulté d’application de directive, de circulaire, etc.

Avez-vous déjà eu l’occasion, durant votre carrière au sein de l’éducation nationale, d’influencer très directement le parcours scolaire d’un ou plusieurs étudiants ? Ou de professeur ? Comment ?

J’espère… Je le crois (sourire). J’ai d’abord été professeure de lettres au lycée du Castel et au collège de Longvic, puis principale aux Lentillières. J’ai ensuite continué à exercer cette profession pendant 12 ans à Paris, notamment au Quartier Latin et en ZEP. Alors oui, au regard de ce parcours varié, je pense avoir influencé certains élèves positivement… et peut être d’autres « négativement » ! (le moins possible j’espère) (rire) En tout cas, je reste très heureuse de recroiser d’anciens élèves : récemment, j’ai par exemple revu une ancienne élève qui est devenue professeure… de lettres. J’en ai été très touchée.

Vous avez choisi de ne pas continuer à enseigner, pourquoi ? Quelle est la différence entre ces deux types d’engagement (professeure / proviseure) selon vous ? Quels étaient à votre sens vos « atouts » pour assurer le vôtre – avec des responsabilités particulières aujourd’hui puisque vous êtes la proviseure du plus « gros » lycée dijonnais – ?

Comme indiqué, j’ai d’abord été enseignante puis j’ai quitté mon poste et fait un « break – ce qui peut être nécessaire dans une carrière au sein de l’Education Nationale. Je suis ensuite devenue chef d’établissement par envie, je crois que cette fonction est aussi une fonction pédagogique mais avec plus de recul, une vision plus large… Un « atout » ? Peut-être celui d’aimer les jeunes et de croire en eux encore une fois… sourire). Je ne veux pas d’« étiquette » : j’ai travaillé dans des lycées dits difficiles tout comme dans des établissements dits d’excellence… et je n’ai pas voulu faire – et n’ai pas fait je pense – de différence quant à ma façon de travailler.

Pour défendre quelles grosses questions / problématiques de société ayant rapport à l’Education êtes-vous (toujours) prête à vous battre ? Avec quels moyens ?

L’égalité des chances sans aucun doute.

Avez-vous des modèles, des personnalités qui inspirent votre engagement ?

Je ne me rappelle pas vraiment avoir eu de « modèle », seulement de l’admiration pour certaines personnes… (pause) J’ai parfois pu m’en inspirer malgré des différences inévitables. A mon sens, un engagement est d’abord personnel, il faut découvrir sa propre voie.

Avez-vous pris d’autres engagements publics durant votre carrière ? Lesquels et pour quelle raison ?

Oui, j’ai pris des engagements extérieurs à mon engagement professionnel. Mais je ne peux pas en dire plus…

Incitez-vous les étudiants à s’engager ? Sur quels types de questions ? Pourquoi est-ce intéressant de s’engager au cours d’une vie citoyenne ? Quels satisfactions ou regrets en retire-t-on en fin de carrière ?

Oui, tout à fait. Il est vital d’avoir des convictions, voire des passions, et dans des domaines variés – et puis l’on s’ennuierait sinon ! (rire). Il est aussi intéressant de s’engager pour apprendre à se dépasser, ainsi que s’inscrire dans un collectif. Le travail en groupe, c’est très important, c’est le fondement du vivre-ensemble. Pour toutes ces raisons, je n’ai aucun regret quant à ma carrière.  Même pas celui d’avoir quitté Paris, comme on me le demande parfois. Car j’ai aussi beaucoup aimé la diversité des postes que j’ai pu occuper – et j’ai beaucoup appris de tous.

Ma plus grande satisfaction est peut-être la réussite de certains élèves comme lorsque je travaillais en zone difficile (à Sartrouville). (pause) Je me rappelle avoir aidé de jeunes Africaines sans-papiers, et qui auront réussi, « malgré tout », à suivre un parcours très honorifique.

Au final pouvez-vous, en une petite phrase ou pensée, nous aider à définir l’Engagement ?

L’engagement dans l’éducation c’est croire que les choses sont possibles, et se fixer des buts. L’optimisme est ici, encore une fois, une notion fondamentale et il faut se donner les moyens de faire aboutir les projets dans lesquels on croit… Et vous, quel est votre avis sur ce point ?

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