Fusion Bourgogne Franche-Comté : Le temps de rassurer

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Cette fois-ci c’est définitif. L’Assemblée nationale a voté fin novembre la réforme territoriale qui prévoit notamment la fusion de la Bourgogne avec la Franche-Comté. Une réforme qui fait couler beaucoup d’encre et qui n’est pas sans inquiéter les élus locaux.

C’est un peu pour les rassurer que et , les deux présidents de région, participaient à une table ronde, jeudi 11 décembre, dans le cadre du salon des collectivités locales, Cité 21. Au lendemain de leur entretien avec le président de la République, ils défendaient leur vision du territoire de demain.

13 nouvelles régions

Une fois la fusion effective, la nouvelle région Bourgogne Franche-Comté sera la quatrième de France par sa superficie. “Nous serons même le 130ème pays mondial”, ironise François Patriat. Avec un peu plus de 47 000 kilomètres, l’entité dépassera assez largement la Belgique. Mais les superlatifs s’arrêtent là. La région sera l’avant-dernière, en terme de population, juste devant la Corse. Même classement si l’on considère le PIB… Loin, très loin derrière ses voisins que sont l’Île-de-France ou Rhône-Alpes-Auvergne.

Un constat que partage François Patriat. Mais qui sera, selon lui, une force : “Nous sommes une zone tampon entre deux voire trois régions si l’on considère l’Alsace, qui auront besoin de respirer. À nous de transformer ça en opportunité pour développer intelligemment nos activités”. Avant même la publication de la carte par l’Élysée, les deux régions avaient fait un pas l’un vers l’autre, surprenant un peu tout le monde. “Nous ne voulions pas d’un éclatement de nos deux régions entre les différents pôles”, rappelle Marie-Guite Dufay. “Il fallait capitaliser sur le travail déjà effectué, par les universités par exemple – La Comue va regrouper six établissements des deux régions dès 2015 – . Nous avions, chacun de notre côté, atteint notre capacité maximale pour soutenir les acteurs économiques. En nous unissant, nous ne pouvons qu’être plus efficaces”.

François Patriat et Marie-Guite Dufay à l'Elysée, le 10 décembre 2014 | Présidence de la République – L.Blevennec

François Patriat et Marie-Guite Dufay à l’Elysée, le 10 décembre 2014 | Présidence de la République – L.Blevennec

Et c’est bien l’objectif principal affiché par les deux élus : faire des deux régions, voisines, parfois rivales, un ensemble plus fort, plus puissant et donc plus économe. “La réforme, comme je l’ai dit au Sénat, est l’enfant bâtard de nos insuffisances. Nous souhaitons tous rester dans nos prés carrés”, complète François Patriat. “Nous avons d’indéniables points de convergences autour de nos pôles de compétitivité, de la gastronomie, de la voiture du futur,…” Xavier Mirepoix, président de la Chambre de commerce et d’industrie se prend même à rêver à une fusion qui apporterait une lueur d’espoir aux territoires, collectivités et entreprises, dans un climat morose.

Des difficultés à surmonter

Sauf que cet enthousiasme est loin d’être partagé par tous. En Franche-Comté, le conseil régional a recueilli les avis de près de 1 500 habitants qu’il s’agisse de simples citoyens, de chefs d’entreprises ou d’acteurs du monde associatif. L’ensemble a été compilé dans un livre blanc remis à Marylise Lebranchu, ministre de la Fonction publique. Le livre blanc formule quinze propositions pour faire réussir la , “autour d’un grand projet de solidarité et de développement”, mais “invite également à renforcer la solidarité entre les territoires par une répartition équilibrée des fonctions métropolitaines”.

“La fusion n’est pas vue de la même façon des deux côtés des frontières. Les interrogations sont plus fortes chez nous“, reconnaît Marie-Guite Dufay. “Il y a un sentiment, dont je ne connais pas l’origine de relative infériorité par rapport aux Bourguignons. Chacun se demande ce qu’ils nous réservent”. Hubert Brigand, maire de Chatillon-sur-Seine, se fait ainsi le porte-parole de ceux qui se sentent exclus dans cette réforme. “Une fois de plus, les centres de décision s’éloignent du monde rural. Aller à Dijon, ce n’est pas de la tarte, alors si le siège de la région est à Besançon, je vous laisse imaginer”.

“Nous aurons besoin de tous les territoires”, répond Marie-Guite Dufay, tout en notant que la question de la capitale régionale n’était pas encore tranchée : “Nous avons demandé au Président de la République de trancher très vite cette question. La préfecture de région et le conseil régional seront dans deux villes différentes. Nous n’avons pas besoin d’une ville qui monte et d’une autre qui descende”. En guise de première action, les deux présidents ont mutuellement contracté un prêt de 200 millions d’euros auprès de la banque européenne d’investissement pour la modernisation des lycées et des centres de formation.

Ce que nous faisions en nous tournant le dos, nous devons désormais le faire ensemble

Mais cette fusion amène aussi son lot d’interrogations connexes. Aux premiers rangs desquels on retrouve les compétences. “Là aussi, la loi est loin d’être parfaite”, commente François Patriat. La région devrait tout de même hériter des transports, du développement économique et de la formation professionnelle et des lycées. “Il faut mettre un terme aux compétences partagées”, poursuit le président du conseil régional de Bourgogne. Avec une interrogation autour du tourisme.

En Bourgogne, le tourisme représente 6% du PIB. “Tout le monde le voudrait”, note François Patriat. Marie-Guite Dufay de poursuivre : “Nous avons déjà demandé aux CRT de travailler ensemble. Petit à petit nous irons vers une mutualisation, car le tourisme est un secteur porteur pour notre future formidable région. Ce que nous faisions en nous tournant le dos, nous devons désormais le faire ensemble”.

Les commentaires sont clos.

  1. Il semblerait acté de fait maintenant ; suite a la décision récente de la ville de Besançon “d’entrer dans le cercle” des “ex” ( ex-capitales régionales en pertes de leurs positions) que ce sera donc bien ( naturellement aux vues de sa taille démographique , poids économique et position géographique )DIJON la capitale de Bourgogne et Franche-Comté. Monsieur Brigand vous viendrez donc toujours à Dijon ; 80 km de Chatillon Sur Seine.
    La ruralité c’est bien sympathique ( en été surtout) mais l’avenir DE TOUT se décident dans les plus grandes villes qui elles se livrent a de farouches concurrences pour concentrer un maximum de pouvoirs économiques et politiques; il en va ainsi du monde depuis longtemps et plus encore aujourd’hui .. hélas peut-être? Rappelons qu’ailleurs on ne nous attend pas ! ( Paris , Lyon ..)

    Cranach le vendredi 12 décembre 2014 à 14h24

  2. La réforme n’est pas encore entérinée et nous sommes déjà à la traine.
    Pourqoi avoir sabordé les deux aéroports, une région sans moyens de communications dignes de ce nom est déjà en perte de vitesse par rapport à ses voisines plus importantes et mieux loties.

    DANIEL le vendredi 12 décembre 2014 à 16h11