Affaire Dall’Oglio : Trois semaines après, quelles conséquences pour le DFCO ?

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Il est 6h 00 du matin, ce mardi 18 novembre. La sonnette de la résidence d’Olivier Dall’Oglio retentit. Au premier bruit, le natif d’Alès, désormais entraîneur du Dijon football Côte-d’Or () et son épouse ne répondent pas. Mais lorsqu’une deuxième sonnerie résonne accompagnée d’un cri “brigade financière”, c’est la stupéfaction.

S’en suivent 36 heures de garde à vue pour l’ancien joueur professionnel de 50 ans en poste à Dijon depuis juin 2012. Il est soupçonné de corruption pour une rencontre de la saison précédente. Retour sur un épisode tumultueux qui a marqué à coup sûr les inconditionnels du ballon rond.

Le DFCO et plusieurs clubs dans la tourmente

“À court terme, les personnes mises en cause pourraient être présentées devant un juge d’instruction. Bien évidemment, la Ligue et la Fédération française de football se constitueront partie civile pour défendre l’honneur du football”. Ce sont les paroles de Frédéric Thiriez, président de la Ligue de Football professionnelle, lors de sa conférence de presse du même jour. Il y officialise de nombreuses incarcérations dans le cadre d’une affaire de corruption dans le Championnat de France de Ligue 2.

Mais pour comprendre, retour en mai 2014. À la veille de la 34ème journée de championnat, le Nîmes Olympique est dix-septième de Ligue 2 et se bat pour ne pas être relégué en National, division inférieure, à la fin de la saison. Les Gardois se déplacent alors à Dijon, huitième du championnat, et en roue libre puisque n’ayant plus rien à jouer sportivement. Dijon remporte le match et ne laisse aucune chance à son adversaire qu’il écrase sur le score de 5-1. La dernière défaite de Nîmes qui ne perdra plus aucun match jusqu’à la fin de la saison. Jusqu’à obtenir le nul (1-1) sur la pelouse de Caen. Ce score permettra simultanément à Caen d’accéder à la Ligue 1 et à Nîmes de se maintenir en Ligue 2.

De l’eau coule sous les ponts du Gard jusqu’au mardi 18 novembre 2014. La brigade financière interpelle une dizaine de personnes dans la journée. Parmi les gardés à vue : Jean-François Fortin, président de Caen, Jean-François Conrad alors président de Nîmes et Olivier Dall’Oglio donc. Trois matchs sont alors mis en cause comme pouvant être potentiellement corrompus : Caen-Nîmes, Angers-Nîmes et Dijon-Nîmes. Enfin au début puisqu’en réalité, il n’y en aura que deux, suite à une confusion entre Stéphane Moulin, l’entraîneur d’Angers, et Michel Moulin, ancien dirigeant du Paris SG et du Mans. C’est ce dernier, proche de Jean-François Conrad et d’Olivier Dall’Oglio qui aurait fait l’intermédiaire selon le Canard enchaîné. Il démissionnera de son poste trois jours après le début de l’affaire, mais n’en restera pas moins suspect au regard de la justice tout comme Serge Kasparian, principal actionnaire du club et gérant de cercle de jeux et de paris et déjà cité dans une affaire de blanchiment d’argent.

Au DFCO, c’est l’étonnement général. Dans la matinée, le président du club, Olivier Delcourt, reste serein malgré la surprise : “Je n’ai aucun doute sur l’intégrité du club et d’Olivier Dall’Oglio”, déclare-t-il à nos confrères du Bien Public. Pour les supporters du club, c’est un mélange de surprise et de peur qui prédomine. Avec le recul, les principaux concernés partagent leur inquiétude du moment : “C’est une information qui est tombée comme un cheveu dans la soupe et qui aurait pu engendrer de gros soucis pour le club d’un point de vue purement sportif. Ce n’était pas le bon moment, surtout après le beau début de saison accompli par nos joueurs” explique Christophe, abonné au club depuis plus de 5 ans.

Pendant ce temps Place Suquet

Olivier Dall’Oglio est questionné de bon matin par les enquêteurs. Il pense d’abord qu’il ne restera que quelques heures en garde à vue, après avoir répondu aux questions. Il faut dire qu’un entrainement est prévu dans la matinée, à 10h – il sera finalement animé par l’adjoint Stéphane Jobard. Car l’entraîneur reste tout de même 36 heures place Suquet. Pas parce qu’il semble être un accusé coupable, mais pour prendre le temps de comparer ses propos avec ceux des autres interpellés.

Mais pourquoi avoir interpellé Olivier Dall’Oglio alors que le match entre Dijon et Nîmes s’était soldé par une lourde défaite des Nîmois sans aucune contestation ? Tout d’abord parce que l’actuel entraîneur dijonnais et le club gardois sont étroitement liés. Natif du Gard, il a entraîné successivement l’équipe des moins de 18 ans et celle de CFA 2 du Nîmes Olympique tout en étant directeur du centre de formation du club entre 2000 et 2005. En mauvais terme avec l’ancien président Jean-Louis Gazeau, il quitte le club à cette date. Mais ce lien étroit constitue une problématique : l’entraîneur dijonnais a-t-il pu être contacté afin d’être corrompu et qu’en a-t-il été de sa participation ?

Le mardi 18 novembre au soir, le Canard Enchainé révèle des écoutes entre le désormais ex-président Nîmois et son fils Anthony Kasparian, 3ème gardien Nîmois : “J’ai fait passer le message, ils ne vont pas jouer le match de leur vie. Par contre, arranger un match, c’est toujours compliqué. […] Maintenant, c’est une question de motivation. Toi, tu joues ta vie, eux, ils ne jouent rien. […] Ils sont faibles dans l’axe. Il m’a dit : ‘Tu joues là-dessus, voilà, c’est à vous de prendre le match à 3 000%’.” Des écoutes qui seront largement diffusées. L’affaire est en effet grandement médiatisée et le club dijonnais est très souvent nommé comme “possible tricheur”. Même les Guignols s’attarderont sur son cas (Vidéo à la 5ème minute).

Olivier Dall’Oglio passe la nuit en garde à vue. Une nuit très longue durant laquelle l’entraîneur Dijonnais se pose beaucoup de questions : Emballement médiatique, dégradation de l’image du club… Il assurera quelques jours plus tard ne pas avoir fermé l’oeil de la nuit. Mercredi 19 novembre à midi, c’est au tour du directeur sportif du Dijon football Côte-d’Or, Sébastien Perez, d’être entendu par la police. Puis libéré dans la foulée. Pendant ce temps, le ministre du Travail et ancien Maire de Dijon, François Rebsamen, clame haut et fort, sur les ondes de France Inter, sa certitude sur l’innocence du club et de son entraîneur.

La fin la garde à vue d’Olivier Dall’Oglio interviendra finalement le mercredi 19 novembre aux alentours de 16h30. “Aucune charge n’ayant été retenue contre Olivier Dall’Oglio, celui-ci a pu regagner son domicile et retrouver sa famille”, indique le président Olivier Delcourt dans un communiqué de presse. L’entraîneur dijonnais reconnaîtra cependant quelques jours après qu’il a bien été contacté par les dirigeants nîmois avant le match. Mais il est très fréquent que les dirigeants de deux clubs s’appellent ou dinent ensemble avant une rencontre. En aucun cas une tierce personne n’a tenté de le soudoyer.

Une image en péril

Cet épisode maintenant terminé pour le Dijon football Côte-d’Or, il est temps d’en constater les répercussions. Sportivement tout va bien pour Dijon actuellement premier de Ligue 2 et bien parti pour réaliser une très belle saison. Mais l’image du club et de son entraîneur a-t-elle pu être meurtrie gratuitement par cette affaire ?

Nous sommes d’abord allés au-delà des frontières bourguignonnes pour en savoir plus. C’est Bertrand, supporter du club d’Angers, dans le Maine-et-Loire, également pensionnaire de Ligue 2, qui nous a fait part de son impression. “À mes yeux, l’image du club de Dijon n’a pas été dégradée, le club ayant réagi dignement face à l’adversité.” Il est vrai qu’à aucun moment le club n’a paniqué dans sa communication. Aucune précipitation sur le site internet, dans les médias ou les réseaux sociaux et un soutien de fer affiché à son entraineur. “Je ne pense pas non plus que le DFCO soit un club de tricheurs, pas plus en tous cas que n’importe quel autre club de foot si on considère ce milieu gangrené. Mais c’est une autre histoire”.

Reste que, selon notre supporter, l’attitude des médias n’a pas toujours été des plus honnêtes : Si l’annonce de la garde à vue s’est répandue comme une traînée de poudre, certains nationaux n’ont toujours pas annoncé la fin de la garde à vue du coach dijonnais. Près d’un mois après… Leur responsabilité peut-être grande dans l’atteinte à l’image du club dans toute la France.

Mais retour à Dijon, au stade des Poussots. Le terrain d’entraînement du Dijon Football Côte-d’Or qui aurait pu devenir le parc municipal des sports dans les années 1930 si on ne lui avait pas préféré une construction neuve sur les hauteurs de Montmuzard accueille l’équipe première, comme chaque matin. Derrière les barrières, quelques supporters inconditionnels. Laura par exemple, a toujours eu confiance en son équipe et en son entraîneur “Nous n’avons pas une équipe de tricheurs, je n’ai jamais cru une seconde que le DFCO et Olivier seraient mouillés dans cette histoire.”

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Il est vrai qu’un soutien réel de la part des supporters Dijonnais s’était fait sentir lors son interpellation, mais aussi par la suite. Une banderole “soutien au coach” a ainsi été déployée par les Téméraires, l’un des principaux groupes de supporters du club, lors du match Dijon-Orléans, le vendredi suivant ces journées mouvementées. Une standing-ovation de la part des spectateurs pour l’entraîneur dijonnais a également égayé cette belle soirée durant laquelle Dijon s’était imposé, une nouvelle fois, sur le score de 2-1.

Du côté de la communication du DFCO, on ne souhaite pas s’étaler sur le sujet. Un simple communiqué de presse du président Olivier Delcourt lors de la libération de son entraîneur et depuis, silence radio. Il est vrai qu’un tel épisode peut être vu comme une page à vite tourner. Mais elle fera peut-être partie, même si chacun aimerait la gommer, d’une autre page du club. Celle d’une belle saison qui pourrait devenir magnifique si elle se termine par une montée en Ligue 1. Et pourquoi pas par un titre de Champion de France de Ligue 2 ? Car au fond, la loi du sport et le bonheur que celui-ci peut apporter à ses acteurs et à ses spectateurs, n’est-ce pas la priorité ?

Les commentaires sont clos.

  1. Y’a quand même anguille sous roche.
    On dira que cette fois, c’est passé. Rebsamen y est pour quelque chose.
    Evidemment qu’il y a de la magouille, quand il y a (beaucoup) d’argent.
    C’est le foot.

    Gael le jeudi 11 décembre 2014 à 10h30

  2. Je suis un inconditionnel de votre magazine et je n’ai pourtant jamais commenté vos articles. Celui-ci, comme d’habitude est d’excellente qualité, étayé et objectif.
    Mais comment laisser le commentaire précédent sur votre site ??? commentaire qui laisse planer un doute de “tous pourris” alors que la justice a déjà donné des indications très claires ? est-ce que cet internaute possède des arguments clairs et vérifiables qui donneraient tort à la justice quant à la relaxe de l’entraineur de Dijon ?
    Si ce n’est le cas, je regrette que la modération puisse laisser ce genre de publication.

    Krystof le jeudi 11 décembre 2014 à 12h58

  3. @Krystof: il n’y a pas de souci concernant les commentaires. Ceux qui ont eu des commentaires “déplacés” eu égard à l’esprit/charte éditoriale du Miroir-Mag ont été remis gentiment à leur place. Le commentaire de Gael ne me choque pas.

    CamilleG le vendredi 12 décembre 2014 à 12h45

  4. Force est de constater qu’il y en a encore qui font de la surveillance “bénévole” en ordonnant aux journalistes de censurer comme au bon vieux temps de feu Gaston Gérard pendant la seconde guerre mondiale à Dijon…

    Isabelle Doré le lundi 26 janvier 2015 à 17h22