Saône-et-Loire numérique : “L’open data n’est pas une fin en soi”

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Depuis septembre 2011, le a mis en place le projet Opendata71. Nombre de collégiens, nombre et raison des interventions des pompiers, dépenses du département, nombre de lecteurs dans les bibliothèques… Des milliers de données informatiques de structures dépendantes du département sont mises en ligne.

Des “datas” brutes, pour les professionnels (développeurs, journalistes) mais aussi d’autres, mises en forme, en tableaux ou graphiques, pour être accessibles au plus grand nombre. Ce projet s’inscrit dans le mouvement Opendata, qui prend son essor, au niveau national et dans le monde. Pionnier en France avec la ville de Rennes, le conseil général de Saône-et-Loire peut tirer un premier bilan de l’expérience.

, tablettes tactiles dans les collèges, très haut débit… La Saône-et-Loire est une terre d’expérimentations et d’innovation dans le domaine de l’informatique. Saône-et-Loire numérique est une série d’articles qui traitent des initiatives dans ce domaine dans le département.

, bonjour. Vous êtes directeur du projet Opendata71. Quelle est l’origine de ce projet ?

Le mouvement open-data en Saône-et-Loire est né d’une volonté politique forte du président du conseil général de l’époque, Arnaud Montebourg. Le projet a été initié au printemps 2011, avec comme objectif des enjeux de transparence et de démocratie, dans un premier temps.

L’idée était de répondre à la question “où va l’argent du contribuable ?” et apporter de la visibilité sur le travail des administrations et des élus. Dans un deuxième temps, il y avait pour enjeu de libérer ces données afin quelles soient utilisées pour développer de nouvelles applications et ainsi créer de l’économie. Selon l’OCDE, cela pourrait représenter 28 milliards d’euros d’ici 5 ans.

Vous vous inscriviez dans la naissance du mouvement open data ?

C’était quelque chose de nouveau. Cela l’est toujours, et est amené a se développer d’ici 10 à 15 ans. On a voulu se l’approprier, être pionnier avec la ville de Rennes en France. On voulait savoir ce que cela cachait.

Quel premier bilan en tirer-vous ?

Le constat, c’est qu’en Saône-et-Loire, sur la transparence, on est les seuls à avoir mis tout ce que la loi nous autorise. On est allé vraiment très loin. À l’inverse, on a remarqué que les citoyens ne sont pas prêts, aujourd’hui, à s’approprier ces données que l’on met à disposition. Quant aux journalistes, les pratiques de datajournalisme [ou journalisme de données, NDLR], en pointe dans les pays anglo-saxons, commencent seulement à se développer en France. De toute façon, pour que les citoyens s’approprient ces données, il faut qu’elles puissent être comparées. Tout ce qui est financé par exemple, il faut le mettre en perspective avec les données d’un autre département. Pour ce qui est du développement d’applications, environ 200 ou 300 ont été créées en France grâce à des données rendues publiques, dont 20 ou 25 en Saône-et-Loire. Mais pour être pérennisé, il faut qu’il y ait plus de données disponibles.

Il n’y a aucune donnée, un peu sensible, du conseil général, que vous gardez pour vous ?

La loi nous interdit de publier des données nominatives, concernant la vie privée ou la sécurité. Tout le reste, nous le publions. Certaines données ne sont pas accessibles encore techniquement, mais on a pour objectif rendre public tout ce qui nous est possible selon la loi d’ici la fin de l’année. Le projet est géré par une petite équipe au sein de la direction des systèmes informatiques. On va chercher les données manuellement, mais on est en train de mettre en place des automates.

La dette du département de Saône-et-Loire (capture d'écran opendata71.fr)

La dette du département de Saône-et-Loire (capture d’écran opendata71.fr)

Finalement, que des développeurs créent des applications avec vos données, qui parlent de vous, c’est tout à votre avantage ?

L’open data n’est pas une fin en soi. C’est un outil pour mettre en valeur notre territoire, par le tourisme par exemple. Mais les données seules du conseil général ne suffisent pas pour développer des applications pérennes et complètes. Il faut récupérer celles des communes, des EPCI… De plus, pour sortir une bonne application, le développeur doit aussi se faire designer, penser marketing. Ce n’est pas que de la technique. Il faut penser à l’utilisateur. On s’est un peu voilé la face en pensant qu’il suffisait de libérer nos données pour que tout se fasse. On imaginait un nouveau Facebook, un nouveau Twitter, enrichi grâce aux datas du conseil général. Les idées sont là, c’est sûr, mais la richesse est loin d’être créée.

Quelles sont les données les plus consultées sur le site du projet ?

Ce sont les données des cartes postales. Elles sont visuelles, faciles d’accès et elles parlent aux gens. Tout ce qui concerne le patrimoine en fait et dans une moindre mesure la transparence.

Y’a-t-il des données, pas forcément à l’avantage du conseil général, que vous avez mis à disposition et qui vous ont porté préjudice ?

Non, aucune.  C’était un risque à prendre, notamment en libérant toutes les données financières. Mais le citoyen a besoin qu’on lui explique. Certaines données pourraient provoquer de mauvaises interprétations. On les retire, en le précisant et en disant le pourquoi, pour permettre aux gens de visualiser correctement les choses. Il y a un conseil d’éthique qui contrôle cela. Ce que l’on veut, c’est présenter des faits. On ne les commente pas.

Mais justement, en proposant des visualisations de vos données, en ne les laissant pas seulement brutes, vous donnez une part d’interprétation…

Je ne pense pas que l’on interprète. La visualisation, c’est juste un outil qui élargit le champ de ceux qui peuvent consulter les données. Si je ne mettais que des datas brutes, on me reprocherait de ne m’adresser qu’aux experts. On s’inscrit là encore dans l’idée de l’open data.

Concernant les données, la société va dans deux sens. D’un côté des institutions et des entreprises qui verrouillent leurs données et se blindent derrière la communication et de l’autre, des initiatives de transparence comme la vôtre. Pensez-vous être dans un mouvement logique de la société, ou, au contraire, à contre-courant ?

Je pense que l’on est dans une évolution logique. C’est un mouvement à l’échelle mondiale, initié par Barack Obama, en 2009, qui disait qu’il fallait rendre aux citoyens l’information de nos collectivités publiques. C’est un mouvement inéluctable, mais lent, à l’échelle de 10 ou 15 ans. Il y a des pays, très en retard sur la transparence, qui se lance à fond dans l’open data, comme le Brésil, qui a créé une loi qui oblige à libérer les données. Plus de 50% des datas du pays sont publiées.

L'interface des données brutes est destinées aux experts (capture d'écran opendata71.fr)

L’interface des données brutes est destinée aux experts (capture d’écran opendata71.fr)

Mais vous êtes conscients que pendant ce temps, d’autres institutions et des entreprises se renferment de plus en plus ?

Je n’ai pas cette vision-là. Plutôt l’inverse. Des grandes entreprises comme la SNCF ou la RATP ont d’abord freiné des quatre fers. Elles restent prudentes aujourd’hui, mais commencent à voir l’avantage qu’il y a à tous mettre nos données en commun. Pour moi, le danger vient plutôt d’autres grandes entreprises, qui veulent mettre la main sur toutes les données en circulation. Il faut se protéger des monopoles.

Comment voyez-vous la suite pour le projet Opendata71 ?

Nous nous devons d’être exemplaires. En fin d’année, nous avons comme objectif de mettre en ligne toutes les données possibles et ainsi entraîner les autres institutions, communes, EPCI, chambres de commerce et d’agriculture, tout les acteurs producteurs de données dans le département. On veut aller jusqu’au bout.

Vous êtes sûr qu’il n’y a pas de données que vous gardez pour vous ?

Non, non [rires]… On a publié les frais du cabinet du président, de la communication. Tout ce que l’on a pas le droit de dire, c’est “tel élu a mangé dans tel restaurant”. L’anonymisation des données, c’est notre seul vrai obstacle.

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