Sanofi Quetigny : “Une délocalisation (déguisée) en France”

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Ils entament leur cinquième semaine de grève. Les salariés de ont appris en septembre 2014 que leur activité de pharmacie industrielle avait été rachetée par un sous-traitant Delpharm (4e façonnier pharmaceutique français). Ce qui implique pour eux deux changements majeurs. Non seulement ils perdent leur affiliation à une des plus grosses boîtes du CAC 40 sans pouvoir riposter, mais en plus, ils sont désormais dépendants d’une entreprise de sous-traitance aux lois beaucoup plus impitoyables et à l’avenir incertain (Lire ici notre article).

Les sous-traitants se développent en France pour soulager les géants pharmaceutiques de la tâche de production et leur laisser le champ libre dans la recherche et le marketing (Lire ici l’article de La Croix). Pendant ce temps, les ouvriers français du médicament sont relégués à leur tâche de production pure, répondant aux aléas de la demande grâce à un volume de travailleurs précaires (intérim). Une solution de plus en plus répandue qui permet aux “Big pharmas” de rester dans la course financière, mais qui augure d’un avenir bien plus sombre que ce qu’on proposait aux ouvriers à l’embauche.

Nous en avons discuté avec l’un des salariés de Sanofi, en grève depuis cinq semaines, Pascal Rameaux (FO).

Qu’est-ce qui a déclenché le mouvement ?

Le fait d’être cédé à un façonnier de l’industrie pharmaceutique, Delpharm. Nous refusons que Sanofi nous abandonne à un sous-traitant. En tant que salarié, c’est tout notre avenir qui est remis en cause. Nos contrats signés avec Sanofi vont être largement revus à la baisse. Et mettons que le sous-traitant Delpharm ne trouve pas de débouchés, nous serons licenciés. C’est une délocalisation déguisée en France.

Est-ce un plan social déguisé ? Pour l’instant impossible de le savoir, mais les usines qui ont vécu le même processus de rachat pour devenir de simples sous-traitant ont connu le même sort : Récipharm (Fontaine-lès-Dijon) et les Chocolateries de Bourgogne n’ont plus de travail, cinq ans après.

Pascal Rameaux

Pascal Rameaux

On nous a toujours dit qu’on était un site rentable grâce à nos performances.

C’est le 9ème site que Delpharm rachète (après Pfizer, Novartis, Bayer, etc.) pour une bouchée de pain, une usine sans dettes, un matériel amorti, bref une entreprise sans risque. Ils savent qu’ils gagneront 4 millions avec les miettes, surtout s’ils réduisent les avantages des salariés (13e mois, 6e semaine de congé payé, RTT, participation aux bénéfices, comité d’entreprise).

En quoi est-ce un conflit plus que local, à portée plus universelle ?

Tel que nous l’analysons, la politique des laboratoires, aujourd’hui, c’est de sous-traiter et donc faire de l’argent facile – c’est à dire sans prendre de risque (responsabilité sociale ou baisse de production, ndlr). Les actionnaires ne veulent plus investir et prennent les entreprises pour des banques. C’est-à-dire qu’avant même de débuter, ils savent qu’ils auront des dividendes à retirer en prenant à ceux qui sont les producteurs directs de richesse, les ouvriers. Il y a 4 ans, les actionnaires touchaient 25% des bénéfices redistribués, aujourd’hui, ils en ont 55%.

C’est une politique du groupe Sanofi – mais aussi de tous les gros laboratoires pharmaceutiques – que de se séparer de la production-distribution sans avoir à gérer du personnel. Quetigny est le premier site impacté, mais on s’attend à ce que cela touche d’autres sites comme Amilly ou Compiègne.

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Quelle est la force des salariés de Sanofi ?

Nous bloquons depuis cinq semaines la production et la sortie des produits finis. Les grévistes sont plutôt des ouvriers que des cadres, et même si nous ne sommes pas si nombreux (147 au plus fort de la grève sur 350 salariés) notre action est efficace et visible, car cela touche au cœur de l’activité.

Pourquoi s’être détaché des responsables syndicaux ?

On a écarté les responsables syndicaux parce qu’ils ont été mis dans une position où ils n’étaient plus en état de combattre la direction, les salariés n’avaient plus confiance en eux. En clair, dès janvier 2014, on leur a promis une promotion au-dessus de leurs compétences s’ils acceptaient de redonner leur carte du syndicat. Deux l’ont fait. Le but de la direction était de nous couper des représentants du personnel – une sorte de corruption “normale”. À ce moment-là, j’ai repris un mandat de représentant de section syndicale (RSS) chez Force ouvrière (FO).

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Comment s’organise le mouvement alors ?

Les salariés grévistes s’occupent eux-mêmes de mener le mouvement. Côté syndicat, des membres de Solidaires 21 nous apportent un soutien extérieur, leur capacité de résistance. Ils nous aident financièrement et moralement. Parfois en assemblée générale, ils interviennent pour nous donner des conseils. Plus récemment et ponctuellement, les syndicats Cfdt et CGT nous ont rejoints.

“Ceci n’est pas un plan social économique : Sanofi est la deuxième entreprise du CAC 40.”
Quel est le but du blocage à terme ?

Au jour le jour, c’est de populariser notre lutte, l’ouvrir sur la population. Nous venons de monter un comité de soutien pour faire des dons – et aider les familles des grévistes de longue durée. On souhaite une mobilisation locale qui dépasse largement Sanofi. On se trouve pris au piège d’un grand jeu de Monopoly, où la règle est la spéculation la plus totale sur les entreprises et donc sur la valeur de notre travail.

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Notre première lutte, c’est donc de régler nos comptes avec Sanofi avant de ne plus en faire partie. Nous demandons une reconnaissance de notre travail et de nos compétences, pour tous les efforts faits afin que le groupe se maintienne à sa position de leader dans le CAC 40. On nous a toujours dit qu’on était un site rentable grâce à nos performances.

Notre seconde lutte va être la négociation avec le repreneur. Delpharm a déjà installé son logo (une larme) dans la cour de Sanofi – mais ils ne l’assument pas, c’est de l’art soi-disant. Avec cette grève prolongée, nous envoyons un message clair au repreneur : “Nous négocierons jusqu’au bout”. Nous demandons 50 000 euros de prime de licenciement par personne. Pour l’instant, ils ne nous accordent que 20 000 euros brut.

Quel risque s’il n’est pas atteint ?

À Quetigny, ce sont 250 emplois menacés : nous avons calculé que tomber sous la coupe de Delpharm nous ferait perdre entre 8000 et 20 000 euros par an et par personne. Cela affectera bien entendu le pouvoir d’achat des ménages très prochainement et donc leur capacité à consommer à Quetigny.

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Les commentaires sont clos.

  1. @Marion Chevassus
    Je me pose deux questions : 1) Quels sont précisément les avantages pour les salariés de l’usine de Quétigny de rester directement dans le groupe SANOFI. 2) Qui sont les actionnaires, de cette société du CAC 40 que vilipende les salariés grévistes ?
    Je vous remercie par avance de bien vouloir éclairer ma petite lanterne

    Kittykat le lundi 8 décembre 2014 à 21h18