Dijon : Publicita (bientôt) non grata ?

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Dans la rue, les lieux publics, la publicité est partout. C’est une part de notre quotidien. Il y a quelques jours, la municipalité de Grenoble a frappé fort en décidant de ne pas renouveler son contrat d’affichage urbain avec JC Decaux, l’un des leaders du domaine. La publicité devrait donc en partie disparaître des rues de la ville.

Hasard du calendrier, la ville de Dijon a elle aussi décidé de réviser son règlement local de publicité. Une exposition est même ouverte depuis quelques jours dans le hall de la mairie. Décrit comme une pollution visuelle, mais favorisant l’économie, la publicité fait sans conteste polémique. Mais elle n’est pas près de disparaître.

515 panneaux à Dijon

Sur des panneaux publicitaires de la place de la République, un message clair “Le bonheur c’est consommer plus ? La pub vide le cerveau”. À Dijon intra-muros, il y aurait 515 dispositifs dédiés à la publicité – 984 sur l’agglomération dont 187 rien qu’à Chenôve -, essentiellement le long des grands axes d’entrée en ville et les boulevards circulaires. Ce sont les fameux “4×3” et les panneaux apposés aux murs qui représentent 64% des dispositifs contre 71% à l’échelle de l’agglomération.

Depuis l’adoption de la Loi Grenelle II, les collectivités ont l’obligation de réviser leurs règlements avant le 12 juillet 2020 et de mettre en conformité les publicités et les préenseignes existantes avant le 13 juillet 2015 et les enseignes avant juillet 2018. C’est pour cette raison que la ville a lancé sa propre révision. “Afin de mettre en cohérence les dispositifs de publicité ou d’enseignes existants et futurs avec la politique active et ambitieuse menée en matière de requalification des espaces publics”, annonce la mairie. Le projet de classification de la ville et de la côte au patrimoine mondial de l’Unesco n’est pas non plus anodin à cette décision, entamée depuis plusieurs années.

La préfecture de Côte-d’Or a ainsi déjà mis sur pied un pôle de compétence publicité pour veiller au respect de la règlementation. La rocade Sud de Dijon avait été la première à bénéficier de ce toilettage : 55 préenseignes en infraction ont été déposées dès l’été 2012. Elles étaient toutes implantées sur le domaine public routier départemental et en infraction donc. L’année suivante, un premier recensement avait lieu le long de la route des grands crus. Entre Santenay et Vougeot (38 kilomètres) 88 panneaux sur 192 étaient illégaux.

Sur le territoire du Grand Dijon, 81 dispositifs sont illégaux. Soit 8%. Un faible pourcentage d’infractions propre à l’agglomération dijonnaise. Dans certaines agglomérations françaises, le nombre d’infractions peut dépasser 20, voire 30 % du nombre de dispositifs. Et le Code de l’environnement réprime fortement ce genre d’écart. L’article L581-26 prévoit en effet une amende de 1500 euros par panneau.

L’exemple de Grenoble ?

Mais pour l’instant, à Dijon, pas question de réprimer, mais plutôt d’informer. Les Dijonnais peuvent prendre connaissance du projet mis en œuvre grâce à une exposition installée à la Mairie, salle d’attente des mariages. Ils peuvent ainsi donner leur avis sur la question depuis le 24 novembre 2014, et ce, jusqu’au 27 février 2015. Mais pour l’instant, le registre présent dans cette salle est désespérément vide. “Les affiches ne me dérangent plus, on s’est habitué à se faire agresser”, explique Élisabeth, 61 ans, retraitée, rencontré dans la salle des mariages. Janine, 49 ans, n’est, elle, pas dérangée par le nombre de pubs, mais se dit “agacée par les annonceurs qui affichent les mêmes pubs de partout”.

Une source d’information pour certains, une énième pub dans le paysage pour d’autres, les Dijonnais ne semblent pas avoir d’avis tranchés sur la question. “J’étais à la place Saint Exupéry et j’ai vu un grand écran visible pour les voitures. Et les pubs étaient animées ! Si on commence à mettre des télés géantes, c’est normal qu’il y ait des accidents. Alors on nous dit : pas de portable au volant et pas de cigarette, et je trouve ça normal. Mais dans ce cas pas de télévision géante au bord des routes !”, dénonce Élisabeth. Et en effet, l’article R418-4 du Code de la route stipule que “sont interdites la publicité et les enseignes, enseignes publicitaires et préenseignes qui sont de nature, soit à réduire la visibilité ou l’efficacité des signaux réglementaires, soit à éblouir les usagers des voies publiques, soit à solliciter leur attention dans des conditions dangereuses pour la sécurité routière”.

En 2013, la taxe locale sur les emplacements publicitaires a rapporté 150 000€ à la ville de Dijon. À quelques kilomètres de là, Grenoble a décidé de tirer un trait sur cette manne financière. Plus aucune publicité ne sera affichée dans les rues d’ici environ 4 mois, plus de grands panneaux de 4 mètres par 3, plus de préenseignes «au rond point troisième sortie» pour un hypermarché ou un fast-food ouvert 24H/24. Seuls les abribus seront épargnés par cette mesure, jusqu’à au moins 2019 et la fin du contrat de la ville avec son même fournisseur, JC Decaux. Pour les remplacer, des jeunes arbres et des espaces d’affichages réservés à l’expression publique (carnaval de l’école, rencontres sportives, marchés).

Assurer la pérennité de la pub

Et cette idée-là, plusieurs associations aimeraient bien la voir s’appliquer à Dijon. Comme . Ils se sont bien rendus à l’exposition. Mais ne l’ont pas franchement apprécié. “Le visiteur n’est pas informé de la réalité de la distribution de la publicité”, assure son président Stéphane Dupas. “Nous avons remarqué, en outre, l’absence de prise en compte des panneaux sucettes et des abribus avec de la publicité, soit 610 panneaux”. Cadre & Cité, qui pilote l’audit, a publié un document de 130 pages (A télécharger ici – 104Mo) qui analyse chaque dispositif aussi bien à Dijon qu’à l’échelle de l’agglomération.

Une petite mine d’information qui permet de recenser les dispositifs illégaux justement. Ainsi, plusieurs restaurants vont devoir faire un trait sur leur communication extérieure. La loi limite en effet à 15 ou 25% de la façade commerciale la surface cumulée des enseignes. Loin d’être une règle dans les zones commerciales de l’agglomération. L’audit note cependant que cette règle est relativement maîtrisée dans les secteurs où elles sont soumises à autorisation, notamment dans le centre des villes.

Mais ce qui fait tiquer l’association Les Amis de la Terre, c’est plus la rubrique “Préconisations”. La société propose d’harmoniser les dispositifs par typologies de lieux. “Tout peut se résumer à uniformiser les types d’affichages, avec une nette volonté de greenwashing en proposant des systèmes dépensant moins d’énergie”, poursuit le président. Il appelle même de ses vœux un débat contradictoire sur la publicité dans la rue et a lancé un site internet parodique pour dénoncer l’aberration de l’omniprésence de la publicité dans la future cité de la gastronomie.

Les commentaires sont clos.

  1. Le Maire de Dijon martèle partout que Dijon est / ou va être leader dans le domaine de l’environnement. Ca ne c’est pas vu pour la pub :-( mais, avec Grenoble en tête, maintenant il faut passer au concret, vite et fort !

    J-Marc le lundi 1 décembre 2014 à 11h15

  2. La mise en œuvre de cette loi va obliger les commerçants à orienter leur visibilité sur d’autres supports. Leur présence numérique et leur référencement vont devenir un des rares points d’entrée pour leurs futurs clients.

    pat le lundi 1 décembre 2014 à 13h25

  3. Le lien vers le document de 130 pages n’est pas valide.

    Dlareg le mardi 2 décembre 2014 à 11h26

  4. Vive Grenoble ! On attend du concret (mais on n’y croit pas trop). A la place, on a des panneaux à affichage lumineux et animé…

    Alma le mardi 2 décembre 2014 à 19h16

  5. Que Dijon (ville soi-disant leader dans le domaine de l’environnement) prenne comme modèles Grenoble ou même Quetigny (qui a 1 RLP qui tient la route)Vite Vite

    sobheur21 le mardi 2 décembre 2014 à 22h26