Demandeurs d’asile : Etat et militants finiraient-ils par s’entendre ?

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Un squat est à deux doigts de fermer impasse des Petites Roches, un autre vient de s’ouvrir rue René Coty à Dijon, dans d’anciens locaux des Assedics laissés vacants et réquisitionnés par les associations devant le manque d’hébergement pour des migrants en procédure de demande d’asile.

En quelques mois, un collectif humaniste est sorti de l’ombre, prêtant main forte à ces personnes en difficulté pour faire respecter leurs droits face à une administration française à la ligne ferme. D’abord opposés, la préfecture de Côte-d’Or et le collectif de 31 associations ont connu des frictions lors d’évacuations de migrants.

Désormais, les deux entités commencent à travailler main dans la main…

Bref récapitulatif

Depuis octobre 2011, Dijon a été un carrefour central de l’accueil pour l’immigration africaine et slave. Héritant de ces populations en demande d’asile du conflit libyen – pour les migrants issus de la Corne de l’Afrique – et de l’instabilité politique dans les Balkans – pour les Kosovars et les Albanais notamment, la ville a fait face à deux vagues d’arrivées successives. Des personnes sans ressources, au parcours heurté, souvent torturées ou menacées personnellement, pour lesquelles il semble impossible de remettre les deux pieds sur leur terre natale, pour le moment au moins. Des exilés parfois aussi prises dans le jeu du trafic humain, victime de réseaux malveillants de passeurs.

Face à cet afflux massif, la préfecture de Côte-d’Or s’est trouvée débordée, naviguant entre injonctions fermes de l’Etat et manque de structures d’accueil. Côté associatifs, les militants ont trouvé leur raison d’être en même temps que leur plus grand défi : près des 300 personnes à la rue, isolées et souvent fragiles. Engageant un bras de fer formidable – administratifs contre défenseurs des droits de la personne – luttant pied à pied sur un lieu d’hébergement (squat, abri…), ils ont fini par dessiner peu ou prou une nouvelle façon de gérer ensemble cette situation de crise.

“Quelque chose s’est créé…”

En octobre 2011, la société civile restait de marbre face à des centaines de migrants coincés dans la rue et la précarité la plus totale. Alors, des collectifs (Urgence solidaire) ou des associations (Ligue des Droits de l’Homme, , …) ont pris le problème à bras le corps. “L’accueil, le respect de l’autre et des lois, ce qui n’était pas gagné face aux institutions. Elles ont toujours la tentation d’adopter une vision utilitaire et d’oublier le respect du principe des droits de la personne.” Cherchant des lieux abandonnés où abriter temporairement ces personnes durant le rude hiver 2011. Puis celui de 2012.

Celui de 2013 se profile un peu différemment. “Quelque chose s’est créé. Les association ont réussi à devenir crédibles.” Cette fois, Françoise Duguet de la Cimade collaborera par exemple avec les personnels de la préfecture de Côte-d’Or mercredi 11 septembre 2013 pour décompter et éclaircir la situation administrative des occupants du squat des Petites Roches afin qu’elle soit bien prise en compte et que leur droit au relogement soit respecté. Pour l’évacuation – tendue – du squat de l’Ecole des Greffes en mars 2012, le collectif n’avait pas été associé, dans celle de Bertillon, l’administration s’était déjà rapprochée des associatifs pour faire les comptes, mais les avait pris de cours sur l’expulsion.

“Le collectif, c’est un sérieux caillou dans la chaussure. Nous sommes devenus incontournables. Des réunions de travail sont organisées avec la préfecture pour nous tenir informés de leurs projets quant aux demandeurs d’asile. C’est tout à fait nouveau, pour l’instant, il y a déjà eu trois réunions. Nous avons été reçus par les sous-préfectures, on nous a donné les chiffres, les informations, tenu au courant des projets, la façon de se positionner par rapport à la problématique.”

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