Après Interstellar, plongez dans Vortex Temporum

Vortex Temporum © Anne Van Aerschot 13_3

Excusez mon titre, cependant avouez que sans lui, vous ne seriez pas venu mettre le nez sur le nom de la chorégraphe Anna Teresa de Keersmaeker. Son dernier spectacle a été donné à l’Auditorium.

Mais ne tournez pas la page parce qu’à la réflexion, les deux ne sont pas aussi éloignés que les publics auxquels ils s’adressent en première intention. Le blockbuster joué par le héros de True Detective va chercher dans les mêmes notions d’espace et de temps que la chorégraphe belge contemporaine ultra pointue. Il y a dans Vortex Temporum quelque chose de quantique et de spatial.

Comment ? Déjà au premier abord de la scène, noire, barbouillée de cercles de craie. Et puis à l’écoute des volutes de cette musique minimaliste dont la chorégraphe quinquagénaire est éprise depuis ses jeunes années, jouée par trois cordes, deux vents et un piano. La partition de Gérard Grisey interprétée par l’ensemble Ictus est à la fois énergique et évanescente, empruntant les propriétés naturelles du son, les Gestalt ou “formes” en allemand. Les instruments sont frappés, la musique est nerveuse, le crin de l’archet du violon principal souffre.

L’intention première de la chorégraphe était selon ses mots : ” d’abolir le matériau au profit de la durée pure (…). Vortex Temporum (tourbillon de temps) définit la naissance d’une formule d’arpèges tournoyants et répétés et sa métamorphose dans différents champs temporels. ”

Dans les faits, on plonge dans un espace-temps très spécial, irréel et hypnotique. L’ambiance est grave et angoissante comme elle peut être légère et nerveuse. La musique jouée sur scène se traduit à posteriori par une calligraphie du geste, en cercles et spirales tracées du bout du bras. C’est une danse virale, que reproduisent les danseurs de la compagnie Rosas (celle d’A.T. De Keersmaeker) et aussi fluide dans le déplacement que le mouvement d’un nuage d’oiseaux.

Anna Teresa de Keersmaeker s’est imposée dans la danse pour son travail sur le lien intense qui existe entre la musique et la danse. Pour une même partition, elle crée deux langages qui se font écho. Sept danseurs pour six musiciens et un chef d’orchestre entremêlent analyse musicale et virtuosité, sobriété et liberté pour une pièce parfaite à l’exécution… si tant est que l’on n’en décroche pas.

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