La Franche-Bourgogne, un rapport… fusionnel

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“Demain, à cette heure-ci, nous aurons fusionné”, le président de région François Patriat n’a aucun doute sur l’issue de ce mariage annoncé depuis près d’un an et officialisé en avril dernier. En effet, le vote solennel au Sénat qui fera passer cette nouvelle loi après le mécanisme de navette parlementaire a lieu aujourd’hui, mardi 25 novembre 2014.

Rien ni personne, et surtout pas les citoyens n’empêcheront les deux régions de se passer la bague au doigt. D’ailleurs, on leur aura à peine demandé leur avis, c’est ce que dénonçaient les partis d’opposition lors de la session plénière de ce lundi 24 novembre 2014.

L’avis réservé des Ceser de Bourgogne et de Franche-Comté, instances de conseil, vont dans le même sens. A savoir qu’il n’y aura pas de réussite sans un plus grand sens du pragmatisme et sans la participation des citoyens.

Élus et citoyens au pied du mur… de l’avenir

“Nous ne votons pas, nous prenons seulement acte”, tonne Emmanuelle Coint, présidente du groupe d’opposition Bourgogne dynamique (UMP-UDI) avant que Nathalie Vermorel (groupe communiste) ne lui emboîte le pas : “Ce dont nous devons prendre acte, c’est que les Bourguignons n’auront pas eu leur mot à dire”. “C’est une question de Constitution, il aurait fallu un référendum”, tente Christian Launay (groupe FN). Les accusations restent tendres au sein de l’assemblée régionale mais soulèvent un problème de fond. Était-ce bien un choix largement partagé et réfléchi  que de réduire le nombre de régions ?

“Les Bourguignons n’auront pas eu leur mot à dire”

Il semble en fait que la demande émane plutôt directement de l’Europe au moment où les États perdent peu à peu leur souveraineté – c’est une notion que nous évoquions avec Claude Patriat il y a quelques mois déjà (Lire ici). Au contraire, pour certains élus Verts comme Alain Cordier, c’est une volonté de la gauche, encore très indécise au vu des multiples modifications de cartes et quant à leurs compétences. Même plus vastes, les régions demeurent impuissantes, Alain Cordier argumente : “Nos régions sont des naines, imaginez qu’en France leur compétence est à hauteur de 390€ par habitant et par an, tandis qu’en Autriche elles sont à près de 5000€/an/habitant”. Et  regrette le manque de démocratie participative – ce à quoi François Patriat répondra que sur ce dossier il aura usé de la démocratie représentative. Quant au PS, il suit clairement la ligne gouvernementale, qui conçoit la fusion comme un bond vers l’avenir.

Reste que dans les rangs adverses, les élus demeurent sceptiques et regrettent à la fois la concentration sur les métropoles, défendant même l’arrêt de l’euro pour retrouver une certaine puissance française. Un sujet sur lequel François Patriat ne retient pas une certaine nervosité : “Tout pays qui sortirait de l’Europe serait ruiné. On n’échappera pas au fait métropolitain”.

Quel rôle en France pour la Franche Bourgogne ?

Sauf que pour la Franche-Bourgogne – telle que nous l’avions surnommée dans notre numéro de mai – ne possède pas de métropole. Un point faible… entre autres, mais qui ne décourage pas le président dans son choix : “Certes nous avons un PIB plus faible, certes, nous n’avons que 3 millions d’habitants, certes nous sommes une région intermédiaire, certes sans métropole. Mais nous sommes un espace de respiration.”

L’absence de métropole pose donc en Bourgogne la question de la compétence de villes de second ordre comme Besançon ou Dijon. Sur ce point, le Ceser aurait bien vu un ensemble Grand Est avec Strasbourg comme point d’ancrage (Lire ici notre article)… Mais peut-être est-il un peu en avance. Un appel sur son portable en début de session : “C’est Marie-Guite Dufay”, glisse le président. La question de la présidente de la région Franche-Comté est pressante : “Quelle capitale préfectorale et quelle répartition des compétences entre les deux régions”?

“Opportunités de développement et qualité de vie”

Pour François Patriat, c’est Dijon, rien de plus naturel. Mais le Ceser tempère : “Cette possibilité donnée à l’agglomération dijonnaise peut lui offrir des perspectives et des moyens nouveaux. Il faut néanmoins s’interroger sur ses possibilités réelles en matière d’attractivité et de centralité”. Et parmi les raisons qui font douter l’assemblée de l’organe consultatif de la réussite de la fusion, celle d’un certain réalisme : “La nécessité de rester lucide sur la taille et le poids des régions : il faut insister sur l’indispensable clarification des compétences et le besoin de moyens propres et dynamiques (par la fiscalité notamment)”, exprime le rapport.

La Bourgogne, un futur espace de respiration échappant au feu des métropoles ? Peut-être. Le Ceser entrevoit un rôle principal pour Dijon en Bourgogne Franche-Comté : “l’animation d’un réseau de villes moyennes offrant opportunités de développement et qualité de vie.” Moins glorieux mais plus terre-à-terre.

Les commentaires sont clos.

  1. Plutôt partisan au départ pour une fusion inter-régionales ; je suis maintenant plus réservé. Nous entrons là dans une construction fragile qui pourrait bien être remise sans cesse en cause dès lors qu’il nous ” faudra” choisir le lieu de positionnement d’un projet économique important ( implantation d’un groupe industriel arrivé de ” l’extérieur” par exemple ). Il me semble avoir compris que de vouloir fusionner les régions entre elles ; avait pour but dans un premier temps de comprimer “le millefeuilles administratif” mais aussi de peser plus sur des plans économiques et de visibilités à l’international. Entre Dijon et Besançon ce sera a qui “perd-gagne” de toutes façons . Si un jour futur ; assez loin dans le temps ; STRASBOURG devait devenir ” notre capitale régionale incontestée”; alors là je quitte Dijon pour L’Ile de France!

    Cranach le mercredi 26 novembre 2014 à 15h13

  2. Voilà la tronche de la famille!!

    Gael le jeudi 27 novembre 2014 à 12h17

  3. Le temps est grand maître ; il règle bien des choses . Ainsi sur cette citation de Pierre Corneille ; je voudrai exprimer ici mon sentiment ” froid” sur le NON CHOIX choisi d’une ville Capitale des deux régions unies. Il y aura ainsi Dijon et Besançon comme capitales réunies en ” une seule entité “; avec donc un partage des compétences administratives , politiques , régaliennes et économiques. Mauvaise solution dans un premier temps a l’exception de toutes les autres ; mais laissons le temps faire naturellement son œuvre et ainsi dans 20 ans ; lorsqu’une des deux villes aura vue sa population grandir de quelques dizaines de milliers d’habitants et l’autre régresser démographiquement; ALORS LE CHOIX DEFINITIF D’UNE CAPITALE de Bourgogne- Franche-Comté S’IMPOSERA DE FAIT INCONTESTABLEMENT. Dans 20 ans j’aimerai bien voir un building “high tech” de 200m de hauts dans le quartier Clémenceau.. à DIJON ; bien entendu. Gael : moi j’argumente !

    Cranach le jeudi 27 novembre 2014 à 18h55

  4. L’avenir n’est pas aux projets de “développement économique”, de “pôle de compétitivité” de “noyau démographique”. Toutes ces vieilles idées sont aujourd’hui dépassées (“on ne resoud pas un problème avec le même état d’eprit que celui qui l’a généré” Eisntein). Il faut déjà arrêter le millefeuillage administratif et le communautarisme régional ; on n’est pas neuneus comme les clubs sportifs quand même. Moi, fusionner Bgne et FC me convient parfaitement, d’ailleurs les scientifiques (biologistes de terrain) l’avaient déjà bien compris, puisqu’ils ont travaillé ensemble pendant des années pour publier un “atlas des papillons de jour de Bourgogne ET Franche-Comté” ; une première) http://conservatoire-botanique-fc.org/publications/mai-2014-atlas-des-papillons-de-jour-et-zygenes-de-bourgogne-et-franche-comte

    soleil vert le samedi 29 novembre 2014 à 17h38

  5. Cranach : vos raisonnements dépassent l’entendement. Vous pouvez allez tout de suite en Ile de France, les belles Bourgogne et Franche-Comté peuvent se passer de vous sans souci !

    Alexandre le dimanche 30 novembre 2014 à 21h12