Encore une manif de jeunes ?

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Pourquoi la mort d’une jeune homme dans le Tarn mobilise-t-elle tant à… Dijon ? L’épisode “Rémi Fraisse” (Lire ici notre article), c’est manifestement la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. En effet, las de ne pas être entendus par les élus, les citoyens renouvellent leur mobilisation ce samedi 22 novembre 2014, dès 14h30, place Darcy. Mais pas d’affolement, cette fois tout est fait pour éviter les débordements contre lesquels la mairie avait porté plainte (Lire ici). Le but affirmé des associations organisatrices, en bonne entente avec la préfecture, est de ne pas réitérer l’expérience de casse dans le centre-ville.

L’objectif : faire passer un message citoyen de sensibilisation aux grands enjeux actuels. Mais quels sont-ils ?

Les élus préfèrent le maïs

Au moment où l’austérité paupérise doucement la population française, les citoyens commencent à se poser la question : pourquoi construire des projets pharaoniques… grâce à l’argent des contribuables ? Et surtout pour qui ? Prenons le cas du barrage de Sivens. Une analyse indépendante a estimé qu’il était surdimensionné (Voir ici notre article). Or, son financement est assuré à 54% par l’Agence de l’Eau qui gère une manne d’argent issue tout droit de la poche des Français consommateurs d’eau – selon le slogan “L’eau finance l’eau”. Le reste du grand projet est pris en charge par les collectivités territoriales du Tarn (un petit quart) et de l’Europe (20% environ).

Un point sensible que dénonce le Parti de Gauche de Côte -d’Or dans un communiqué récent, ciblant “le jusqu’au boutisme des élus et promoteurs” au détriment des “populations qui participent financièrement mais n’en tirent aucun profit.” Il dénonce des cas nombreux dans toutes nos régions et dépassent même le territoire national”. La bête noire du Parti de Gauche, ce sont ces fameux Grand projets inutiles (GPI).

Mais, inutiles, ils ne le sont pas forcément pour tout le monde. En l’occurrence, le barrage de Sivens doit aider des cultivateurs de maïs locaux.

Le barrage devait concerner 81 exploitations agricoles de la région et se révéler d’utilité publique. Mais un ouvrage de Jacque Caplat intitulé Sivens, un barrage à contre-temps, revient sur l’expertise du ministère de l’Écologie qui évalue le nombre de bénéficiaires à 20 voire 40 maximum. 8,5 millions pour 20 exploitations, le calcul est fait : une faveur de 400 000€ par exploitation. Sympathique. Mais le choix est “politique”, c’est à dire qu’il privilégie une stratégie plutôt qu’une autre.

C’est vrai que les écologistes auraient préféré une conversion en bio des fermes avec cet argent.

Ras-le-bol des “djihadistes”

Justement, les citoyens engagés dans la défense de l’écologie seront de la partie, ce 22 novembre 2014. Parmi eux, l’Alliance écologiste indépendante, les Amis de la Terre 21. Dans une communiqué, ils rapprochent le cas du barrage de Sivens d’un autre grand cas d’école, local cette fois-ci puisque le bras de fer a eu lieu dans le Morvan. Vous vous souvenez d’Erscia (Lire ici nos articles), cette scierie géante surfant sur des crédits européens et devant produire de l’énergie biomasse et des copeaux de bois ? Elle avait elle aussi suscité la rébellion d’une partie des riverains, installés dans une zone à défendre (ZAD) comme celle de Notre Dame-des-Landes. Tous ces projets ont été momentanément arrêtés devant l’opposition.

De sacrés empêcheurs de tourner en rond, ces zadistes. D’ailleurs, Xavier Beulin, le président du syndicat agricole majoritaire en France, la FNSEA ne s’y est pas trompé en les traitant fin octobre de “djihadistes verts”(voir ici sur l’Express.fr), voire d’ayatollah ou de khmers verts. Tout un panel de noms d’oiseaux qui ne plait guère au groupe départemental des Amis de la Terre. “Jusqu’où ira le vocabulaire destiné à vous discréditer ?”, réagissent-ils dans un communiqué rappelant leur statut de citoyen avant tout. Et de rappeler à tous que s’ils ont quelque exigence de santé et de qualité de vie, alors, ils sont eux-mêmes sur la même longueur d’onde que les écologistes.

Nous ne sommes pas contre le progrès ni les avancées techniques et/ou scientifiques à partir du moment ou cela est bénéfique pour tous et ne porte pas atteinte à l’intégrité des individus et à la biodiversité naturelle” (extrait du communiqué du Parti de Gauche)

Alors, tous djihadistes ? Peut-être pas. Mais c’est effectivement l’engagement sur le terrain qui dérange : “implication dans les enquêtes publiques et des propositions,  demande aux élus des projets moins consommateurs d’énergie et d’espaces ruraux, recherche d’une information indépendante sur les problèmes écologiques et sociaux, manifestations à destination des élus et décideurs, participation à des études environnementales et proposition d’alternatives, occupation de zones naturelles vouées à être détruite”. Décidément, ce sont des préoccupations de djihadistes.

La préfecture tiendra à l’œil les manifestants

Mais au vu des précédents événements du 26 octobre et du 1er novembre 2014, la préfecture de Côte-d’Or ne peut plus se permettre de nouveau débordement. Du coup l’hyper-centre sera évité. Mieux, “les forces de l’ordre encadreront ce rassemblement pour éviter tout risque de trouble à l’ordre public”, est-il précisé. Un dispositif spécial est également prévu : “le préfet a signé un arrêté interdisant le port et transport d’objets pouvant constituer une arme. Cette interdiction s’appliquera à l’ensemble des rues concernées par le parcours de la manifestation et aux rues avoisinantes 24 heures avant le début du rassemblement et jusqu’à sa dispersion.” La sanction sera pénale ainsi que pour tout visage couvert (cagoulé ou masqué).

Rendez-vous à 14h30 place Darcy, puis défilé jusque devant la préfecture et retour place Darcy ou seront présents des stands ouverts à tous (soupe, concert, échanges…). Un hommage à Rémi sera symbolisé par l’allumage de bougies à la tombée de la nuit. Le rassemblement se terminera vers 19h. L’objectif : informer les passants, discuter.

Les commentaires sont clos.

  1. Les fonds publics détournés en faveur des intérêts privés, il faut être sacrément bouché pour ne pas en comprendre la menace eten tirer les leçons. Que des préfets envoient la troupe, comme à nantes (NDdL) et à Sivens pour “mâter” les jeunes résistants, triste référence à des heures sombres de l’histoire. Ces grands projets inutiles, écocides, de vérfitables crimes contre la vbiodiversité et les générations futures ne se feront pas. Espèrons que les dijonnais auront davantage de vision globale que de vision dans les vitrines en vue de leur shopping ou de leur déambulation compulsive du samedi après-midi! Ceci dit, prenons garde à l’image détéestable et contre-productive donnée par les casseurs : ne jouons pas dans le même registre que l’impunie FNSEA !

    soleil vert le vendredi 21 novembre 2014 à 23h47

  2. C’est quand même pas bien normal d’être obligé de manifester ou de devenir des empêcheurs de tourner en rond ! Le ver est dans le fruit ! Le vert est sur le terrain !

    Dlareg le samedi 22 novembre 2014 à 13h53

  3. “Pourquoi la mort d’une jeune homme dans le Tarn mobilise-t-elle tant à… Dijon ?” : parce qu’à Dijon, on cumule 2 tares : les gauchistes menteurs, et les kmers verts. Tout cela au détriment de la défense des + faibles, qui sont ABANDONNES.

    straight le samedi 22 novembre 2014 à 15h38

  4. Quelle est donc la responsabilité de quelque Dijonnais du centre ville surtout ; dans la mort du regretté ET PASCIFISTE Rémi Fraisse? A combien de kilomètres de Dijon se situe Sivens? Les principaux responsables du décès ACCIDENTEL de Rémi Fraisse ne seraient t’ils pas précisément ces CASSEURS ET PROVOCATEURS que nous aurions vus a ” l’œuvre” à Dijon et surtout Nantes : avec le saccage par deux fois du centre ville aux frais des con-tribuables?
    On me parlera de défense de la nature contre une certaine vision du monde qui nous plongent tous dans des enchaînements sans suites de crises .. d’accord mais qui parle là? Les briseurs de vitrines et lanceurs de bouteilles d’acides ? Ramassent t’ils seulement leurs déchets qu’ils sèment partout dans les espaces publics par exemple ? Pourquoi ces opposants systématiques a toutes formes d’état s’accommodent t’ils fort bien des prestations sociales qui leur sont dispensées ;payées par ceux là même qui voient leurs biens saccagés? ( PROBABLEMENT PLUS RESPECTUEUX DE L’ENVIRONNEMENT ET DES AUTRES !)

    Cranach le dimanche 23 novembre 2014 à 12h08

  5. Réponse à Cranach réac : vous êtes toujours aussi agressif ? vous feriez mieux de relire cet article du Miroir mag, qui permet de prendre du recul.
    Certes Dijon est loin géographiquement de Sivens, vous avez raison, mais est-ce une raison pur rester dans le silence ? Que des jeunes et moins jeunes s’expriment sur la mort (que vous qualifier éhontément d’accident) de Rémi Fraisse vous dérange, et des manifestations vous ne retenez que les bris de vitrines et autres dégradations sans voir la mobilisation citoyenne massive. A Nantes, les manifestations depuis plusieurs années rassemblent des milliers de personnes, dont de très nombrex agriculteurs (plus de 500 tracteurs le 22 févrire 2014 !!!). Pourquoi, pour casser ??? Non, avant tout pour prostester contre des projets ultra consommateurs d’argent public (que vous voulez voir bien employé non ?… ), dévastateurs pour l’environnement et aux résultats souvent bien médiocres.

    Alexandre le dimanche 23 novembre 2014 à 23h06

  6. A Straight : merci d’argumenter votre propos, pour qu’il soit crédible.

    Alexandre le dimanche 23 novembre 2014 à 23h08

  7. Les manifestants devraient manifester contre les casseurs qui se joignent à eux et qui sont la vrai cause de ces accidents.

    En mettant en cause la police, ils cautionnent alors les délinquants.

    La manif des avocats nécessitait-elle des crs et hélicos? non, pourquoi?

    Il ne faut pas se tromper de cible.

    Gael le jeudi 27 novembre 2014 à 12h57

  8. A Gaël : la manifestation du 22 novembre portait sur les armes de la police, dites non léthales mais qui blessent fortement et parfois tuent.
    Qu’il y ait des casseurs dans un manif, ce n’est pas rare… et qu’il y en ait dans la manifestation contre la répression policière n’a rien d’anormal.

    Ces casseurs se fondent facilement dans une manifestation populaire, mélangée, beaucoup moins dans une manifestation corporatiste comme il en était avec les avocats.

    Ne vous trompez pas de cible !!…

    Alexandre le jeudi 27 novembre 2014 à 22h52