Le bras de fer TER : régions versus SNCF

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Et si le train ne devait plus servir qu’aux “riches”, réservant les autocars aux plus modestes d’entre nous ? Aux yeux de la Constitution française, l’idée du ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, est une véritable hérésie. Et dans les faits, c’est un recul très fort dans le droit d’accès de tous aux services publics financés par la collectivité.

Deux lignes de train du Morvan (au départ d’Auxerre) sont actuellement remises en cause par des élus de Bourgogne. La décision a été vigoureusement débattue ces dernières semaines au sein du conseil régional de Bourgogne. En effet, au moment où les lignes à très grande vitesse fleurissent sur le territoire pour pulvériser les temps de trajet entre les métropoles françaises (voire européennes), l’intérêt de la SNCF et de RFF pour les petites lignes s’amenuise.

Et même si les régions, propriétaires du réseau, doivent garantir théoriquement leur fonction de service public, le service ferroviaire secondaire tend à disparaître. Question : doit-on sacrifier le service républicain à la rentabilité ?

La SNCF met la pression aux régions

La SNCF et la région Bourgogne sont bien plus proches l’une de l’autre que vous ne l’imaginez. Les transports sont en effet le budget numéro un de cette collectivité – depuis la décentralisation de 1996. La Bourgogne consacre par exemple, en 2014, 187 millions d’euros aux transports (contre 175 M€ pour les lycées et les établissements supérieurs, second poste de dépenses) et vote une enveloppe pluriannuelle exceptionnelle pour les , d’un montant de 180,62 M€ afin d’investir dans de nouvelles rames. D’ailleurs le poids de la SNCF dans les décisions des régions ainsi que son comportement semblent de plus en plus discutables.

Pour faire simple, la SNCF commande elle-même des rames TER à des industriels comme Bombardier, puis donne la facture à la région qui n’a plus qu’à les payer. Le problème, c’est que la relation n’est pas transparente (Lire ici l’Usine Nouvelle). Sur ce point, les élus régionaux de l’association des régions de France (ARF) sont montés au créneau à l’hiver 2014 pour dénoncer le mauvais comportement de la SNCF. Comme la suppression des guichets dans les gares de campagne sans en avertir les élus, par exemple. L’heure est bel et bien à la dégradation de ce qui devait être un service public (plus précisément sous le statut juridique EPIC).

Cette logique à l’œuvre depuis le lancement du en 1981, est celle d’une rationalisation des lignes : le but, se séparer des petites lignes moins rentables et leur préférer les gros nœuds desservant des centres urbains à fort pouvoir d’achat. Mécaniquement, le standing des prestations augmente, le coût du service avec. Vous l’aviez remarquée, vous aussi, la hausse du prix du billet ? Mais les régions accepteront-elles cet état de fait – contraire à leur devoir de préserver le service public ? En fait, avec l’entrée dans la phase d’austérité, elles sont contraintes de se plier à cette logique, car l’État a réduit drastiquement ce qu’on appelle “leur dotation” – l’argent qu’il leur redistribue pour gérer les territoires en direct.

EELV propose le service public renforcé

Les écologistes ont lancé ces dernières semaines un cri d’alerte depuis les bancs de l’assemblée de conseil régional bourguignon. Ils signalent le projet de suppression de deux lignes au départ d’Auxerre. Eux, ils se sont battus pour le renforcement des modes de transports plus écologiques.

Leur première inquiétude, c’est donc le retour pétaradant des voitures personnelles sur les routes. Si ces deux lignes morvandelles venaient à disparaître,  la qualité de l’air et des sols en pâtirait. Mieux vaut selon eux un train qu’un service d’autocars pour la simple raison que ces derniers ont tendance à vraiment décourager les utilisateurs. (Même si le service reste indispensable, la preuve avec ce récent article de Télérama.fr)

Au finale, signer le déclin des transports collectifs, c’est s’engager à la fois sur la question des déserts ruraux et l’accès de tous au service public. “La qualité de vie des Bourguignons, l’économie de la Région sont en cause”, dénonce EELV. C’est le raisonnement que reprend Alain Cordier, président de la commission Transports ferroviaires et infrastructures de communication (EELV) sur son blog en janvier 2014 et que nous avons retranscrit :

“Depuis 30 ans, la France ne conçoit son avenir ferroviaire qu’à travers un réseau TGV tracé en étoile entre la capitale et les grandes métropoles. Pendant ce temps sur le réseau existant, où passe la grande majorité des usagers, des lignes ont fermé, le confort s’est dégradé et les temps de parcours se sont allongés. J’ai cosigné, avec les élus écologistes de six régions, la proposition de Train à Haut Niveau de Service (THNS), une alternative durable au réseau de lignes à grande vitesse. C’est un projet interrégional mis en place avec des experts ferroviaires qui propose une approche nouvelle et efficace de l’aménagement du territoire en matière de desserte ferroviaire.”

Une alliance régionale, voilà qui copie l’initiative de l’union de neuf régions dont la volonté immédiate est de constituer une centrale d’achat pour concurrencer celle de la SNCF. Cette AEMR, ou association d’étude sur le matériel roulant étudie cette possibilité d’économiser plus en délégant moins au mastodonte SNCF. Elle a été lancée le 29 avril 2014 et la Bourgogne en fait partie (Michel Neugnot, vice-président du conseil régional de Bourgogne est son trésorier).

Mais à trop vouloir chercher des concurrences à la SNCF, ne précipite-t-on pas son ouverture justement à la concurrence  (prévue pour 2019) – et donc la fin de son intérêt public ?

Les commentaires sont clos.

  1. Les temps changent et ainsi va le monde.. Les populations se massent de plus en plus dans les grandes Métropoles qui se font toutes une concurrence acharnées entre elles pour se développées plus encore. On ne peut pas mettre autant de possibilités de transports sur l’ensemble de notre territoire qu’en Ile de France. Maintenant la substitution de certaines lignes SNCF par des autocars serait UNE SOLUTION plus économique justement; PUISQU’UN CAR ROULANT PRESQUE A VIDE COUTERA TOUJOURS MOINS CHER QU’UN TER PRESQUE VIDE. Maintenant il n’est interdit a personne de s’installer à Dijon : bien venue au contraire dans une grande ville presque banlieue de Paris !

    Cranach le dimanche 23 novembre 2014 à 13h25

  2. Ben, c’est pas la misère de faire un Dijon Chaumont à vélo Hein !

    BM.21 le mardi 9 décembre 2014 à 17h22