Enquête exclusive : pourquoi autant de reportages “flic story” ?

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

“Ce soir, ne ratez pas le reportage sur les brigades d’élites ! Plongez au cœur de l’action et suivez les interventions des forces de l’ordre.” Pourquoi ? Parce qu’il est réalisé par le Dijonnais Benoît Lanet. (En savoir plus ici)

Les reportages sur les interventions des forces de l’ordre n’auront jamais été si nombreux. Les chaînes se ruent sur les brigades anti-criminelles et alimentent leurs programmations de ces documentaires. Pourquoi ces reportages sont-ils si prépondérant au petit écran ? Quel rôle jouent les journalistes dans cette diffusion et quel message sociétal font-ils passer ? Comment expliquer l’engouement des téléspectateurs ? Quels intérêts récoltent les brigades à ouvrir leurs portes aux journalistes ? Le Miroir s’est interrogé.

Le faux du vrai

Les bandes-annonces télévisées nous promettent généralement des reportages palpitants rapportant le quotidien des brigades d’élites au cœur des interventions les plus dangereuses. Et ils ne mentent jamais ! Toujours plus d’action, de risques, de suspense et de révélations sont offerts aux téléspectateurs. “Ces personnes [les gendarmes, ndlr] risquent souvent leurs vies pour sauver les nôtres.

Pour moi, il y a trop de reportages de ce type. Je cherche à faire de l’information” explique , réalisateur dijonnais d’un reportage sur le peloton d’intervention interrégionale de gendarmerie [PI2G], diffusé dimanche 16 novembre, dans sur M6.

Mais n’est-ce pas là le condensé des quelques grosses interventions des unités d’élites ? , membre de l’association Action critique des médias () dénonce une certaine “homogénéité dans les contenus de ces reportages. Il n’est question que des quartiers populaires, de drogue, de prostitution …”

Chacun trouve son compte

Les téléspectateurs se ravitaillent en action, et font grimper leur adrénaline. “C’est peut-être l’effet uniforme, les forces de l’ordre qui arrêtent les méchants, l’effet fiction-réalité et l’action qui expliquent l’attraction vers ces reportages”, avance Benoit Lanet. Julien Salingue a une explication plus simples : “Mn regarde ce qu’on nous offre”. Le taux d’audience pour ces reportages est donc bien là mais “regarder ne veut pas dire adhérer”, souligne le critique.

Olivier Marchal, ancien inspecteur de police devenu réalisateur et scénariste, s’exprime avec plus de radicalisme lors une interview dans Le Monde en avril 2014 : “Je ne supporte pas[les reportages sur les uniformes]. Ils me font penser au sketch des Inconnus sur les gardiens de la paix. Ça n’a aucun intérêt.” Aucun intérêt ? A priori peut-être. Pour Benoit Lanet, le but est de “faire connaitre une brigade inconnue”.

Julien Salingue y voit plutôt celui de “créer une proximité entre la population et les forces de l’ordre” et montrer que ces derniers sont des êtres humains même si “le rapprochement police-population n’est pas réel”.

Opération camouflage

Lorsque l’on pointe du doigt les polémiques actuelles autour des interventions policières, notamment, la mort de Rémi Fraisse, ce jeune militant tué par une grenade policière à la zone de Sivens, Julien Salingue ne rate pas de préciser que “depuis 2002, plus de 200 personnes sont mortes à causes d’interventions policières”. Et beaucoup de ces interventions ne sont pas dénoncées. Que reste-t-il alors dans les enquêtes télévisées ? Sont-elles vraiment transparentes sur actions des forces de l’ordre ?

Benoit Lanet affirme avoir eu carte blanche sur le contenu de son reportage. “Bien sûr, le service communication porte un droit de regard mais vous savez, le but n’est pas de faire des faux reportages, sinon il n’y en aurait plus”, explique le journaliste. En allant plus loin, Julien Salingue met en avant un “mécanisme de mise en scène, musique, voix grave, images inquiétantes, importé de la fiction et du cinéma” et n’oublie pas de souligner que “le journaliste a ses propres procédés”. Benoit Lanet affirme, lui, que ces reportages ne sont pas de la “télé-fiction”.

Dans ces reportages centrés sur l’action et les policiers, on dénonce la délinquance mais sans jamais chercher ses raisons, ses origines. Et finalement bien peu s’intéressent à la délinquance financière, à la fraude fiscale ou encore aux abus de pouvoir, peut-être parce qu’elles sont bien moins télégéniques.

Les commentaires sont clos.

  1. Pas mal la phrase d’O.Marchal… Merci à nouveau pour cet article !

    ducolf le mardi 18 novembre 2014 à 9h59

  2. Marchal n’aime pas.
    Il doit savoir que la majeure partie des policiers ou gendarmes sujets de ces reportages ne sont pas fanas.
    Ces reportages montrent une image différente de celle habituellement perçue.
    C’est le cas dans celui du PIIG où on voit les intervenants pratiquer le secourisme ou procéder à une immobilisation sans violence.

    Hirondelle le mardi 18 novembre 2014 à 11h45

  3. j’avais toujours cru que la confidentialité et l’effet de surprise étaient les meilleures armes de la police, avoir dans les jambes une équipe de télévision à qui on a programmé l’arrestation d’un voyou tel jour à telle heure me laisse penser que l’on me prend pour un âne et de ce fait que la police n’a aucune considération pour les citoyens lambda. Ensuite la salle d’audience et l’incarcération sous la caméra avec un animateur qui demande au délinquant: quelles sont vos premières impressions? Un peu de sérieux et de décence, et disons honnêtement aux téléspectateurs qu’ils assistent à un exercice de simulation, s’entraîner à cela fait aussi partie du travail de la police.

    RLMD le vendredi 21 novembre 2014 à 17h11